Quelques jours après l’annonce du ministère de l’Industrie pharmaceutique d’une baisse de prix des tests PCR à 8.900 DA, et ce, par un groupe de 9 laboratoires d’analyses médicales privés, avec le soutien de IMD, la polémique sur la cherté des tests PCR se poursuit.
En effet, cette annonce qui a créé un tollé sur les réseaux sociaux de la part de particuliers qui soulignent que ce tarif reste élevé et représente la moitié d’un Smig pour les Algériens qui sont en pleine crise économique, le Syndicat algérien des laboratoires d’analyses médicales s’interroge (Salam) lui sur le choix porté sur une seule entreprise, alors qu’il y en a une dizaine qui active dans le domaine, en relevant que même à 9 000 DA, ce prix reste inaccessible à la majorité des Algériens. Il affirme que suite à la liste des laboratoires publiée sur la page officielle du ministère de l’Industrie pharmaceutique, de nombreux patients se sont présentés au niveau de ces laboratoires réclamant des tests au prix de 8900 DA. Le vice-président du syndicat Salam, Dr Belkacem, nous a affirmé, hier, que ces laboratoires n’ont à ce jour reçu aucune note officielle les incitant à baisser les prix et qu’ils réfutent l’existence d’une convention sur la baisse des prix tels que cela a été annoncé. Il ajoute que le syndicat Salam «a contacté le service commercial d’IMD et qu’il ne dispose d’aucune information à ce sujet».
Par ailleurs, tel qu’il a été souligné dans un nouveau communiqué publié par le syndicat Salam, il est souligné qu’au moment où les tests de la Covid monopolisent toutes les attentions, «de nombreux laboratoires commencent à souffrir d’une grave pénurie et d’une interruption de nombreuses matières premières et réactifs d’analyse, non moins importants».

Il s’agit notamment des réactifs pour groupage sanguin, la chimie des urines, le diagnostic et le suivi des diabétiques. Soulignant que les laboratoires privés assurent plus de 70% des prestations liées à l’analyse médicale, le Syndicat algérien des laboratoires d’analyses médicales appelle «les autorités à assurer la fourniture et la disponibilité desdits réactifs qui sont très importants pour les patients que les laboratoires utilisent dans leurs activités quotidiennes», car il y a de forts risques que «le problème ne s’aggrave et que l’interruption ne s’étende au reste des réactifs».
Pour sa part et face à ces nombreuses critiques, Youcef Boudejal, secrétaire général du Syndicat autonome des biologistes de santé publique, estime qu’en tant que professionnel du domaine «9 000 DA reste un prix raisonnable par rapport au coût des réactifs et de la procédure du test et qu’il est difficile de baisser plus le prix. D’autant qu’avec ce prix, il serait difficile d’inclure la main-d’œuvre, les consommables et la rentabilité de la machine. On peut dire qu’à ce prix, la marge bénéficiaire et très minime et que c’est plus un effort de la part de ces laboratoires d’analyses en ces temps de crise sanitaire». Youcef Boudejal explique l’intérêt accru pour les tests PCR, car ce sont les seuls qui ont une grande fiabilité d’analyse. En tant que biologiste, il affirme que «les tests sérologiques et les scanners ont un grand taux d’erreurs. Surtout en cette saison hivernale qui coïncide avec la période de la grippe saisonnière et la circulation de beaucoup de virus respiratoires. Il nous précise que même concernant les tests antigéniques annoncés, «il y a une marge d’erreur de 40%, c’est-à-dire que sur 1 000 personnes nous aurons 400 résultats erronés. Cette marge d’erreur peut causer d’énormes dégâts dans le contexte sanitaire actuel». Le secrétaire général du Syndicat autonome des biologistes de santé publique explique aussi la différence des prix des tests PCR, qui varient au niveau du laboratoire privé de 10 000,12000, 18 000 à 20 000 dinars, qu’au-delà de la spéculation, c’est aussi une question de différence des prix des réactifs. Il déclare à ce sujet que «cette différence de prix s’explique par le modèle de l’appareil et par le type de marque des réactifs utilisés».
Il s’avère que selon les marques – chinoises, allemandes ou américaines – et donc de la fiabilité et de la qualité des réactifs, les prix peuvent varier du simple au double. Il reconnaît toutefois que même à 9 000 DA, le prix des tests PCR reste cher pour la majorité des Algériens. Il estime que la solution réside dans l’intervention de l’Etat à travers un fonds de soutien exceptionnel, soulignant que «même s’il y a une mesure exceptionnelle pour que la Cnas rembourse les tests, selon certaines personnes du domaine, elle n’a pas les moyens d’assurer ce remboursement, surtout si l’assuré social doit faire le test pour deux à cinq membres de sa famille étant donné que les cotisations salariales ne couvrent pas ce genre de prestation onéreuse». Pour notre interlocuteur, la solution à cette situation est un double engagement de l’Etat. Soit, d’une part, la création d’un fonds de soutien en partenariat avec la Cnas et la Casnos pour alléger la facture du citoyen et, d’autre part, trouver le moyen de baisser les prix des réactifs importés en négociant avec les producteurs des réactifs ou en revoyant les taxes d’importation.
De son côté, le président de l’Association nationale des laboratoires d’analyses médicales (Alma), Dr Abdelhalim Chachou, propose également que l’Etat prenne en charge à travers les organismes sociaux, les tests PCR et sérologiques effectués dans les laboratoires privés pour le dépistage de la Covid-19. Dans un entretien accordé au site TSA, le président d’Alma a souligné que depuis 2006, l’Alma réclame la révision de «la nomenclature et la tarification des actes médicaux, mais aucun retour des autorités». Il souligne à cet effet que dans le monde entier, «tout acte médical est onéreux quel que soit le pays, mais il y a ceux qui ont une bonne couverture sociale» déclarant que «la santé n’a pas de prix certes, mais elle a un coût».
Le président d’Alma a également tenu à dédouaner les laboratoires privés en affirmant que «l’Institut Pasteur d’Algérie facture les tests aux hôpitaux à 15 500 DA, l’antenne d’Oran les facture à 15 900 DA. Les prix de 90 % des laboratoires de biologistes médicaux sont inférieurs à ceux de l’Institut Pasteur d’Algérie. Les tarifs dans la majorité des laboratoires privés tournent autour de 12 500 DA. Il y a parmi nous des laboratoires qui ont adopté la politique du prix coûtant, c’est-à-dire qu’ils ne prennent pas de marge et effectuent les tests à 9 500 DA».