Alors que l’Europe et les Etats-Unis vivent une situation sanitaire très grave, avec un niveau de contaminations à la Covid-19 très élevé, l’offre mondiale en vaccins semble battre de l’aile. En effet, les laboratoires Pfizer et Astrazeneca, dans des communiqués, ont avisé les pays clients qu’en raison de capacités de production de vaccin insuffisantes face à la forte demande actuelle, ils ne livreront pas à temps les vaccins pendant le mois de janvier pour le premier et février pour le second. Ces informations ont fait réagir l’Union européenne qui, en interpellant le premier laboratoire, a obtenu que le vaccin Pfizer soit disponible à partir du 25 janvier. Astrazeneca a affirmé qu’elle ne sera pas au rendez-vous en février.

L’Algérie, qui a choisi le vaccin Astrazeneca et a précommandé ce genre de vaccin et qui s’attend à une réception des premières doses du laboratoire anglo-suédois en février, sera-t-elle touchée par ces glissements dans les délais de fourniture du vaccin ? Une grande incertitude est née dans le monde portant sur la capacité des laboratoires à livrer les vaccins et à répondre aux besoins urgents des catégories de populations les plus vulnérables au cours du premier trimestre. En France, Olivier Véran, le ministre de la Santé, a conditionné la vaccination de 70 millions de français d’ici au mois d’août à la disponibilité de ces vaccins, c’est-à-dire si les laboratoires sont en mesure d’honorer leurs carnets de commandes. Même les pays les plus développés se plaignent du manque de vaccins. Tous ces pays ne savent pas avec précision quand ils recevront les vaccins et en quelle quantité. L’Algérie, elle, contrairement au discours des autorités sanitaires, n’a pas été parmi les premiers à recevoir le vaccin. Une quarantaine de pays ont déjà commencé leur campagne de vaccination contre la Covid-19.
Alors que jusqu’ici, notre pays n’a pas encore réceptionné sa première dose ni du vaccin Sputnik ni du vaccin chinois. Selon les déclarations des membres du comité scientifique de suivi de la pandémie, à leur tête le ministre de la Santé, avec la réception de ces deux vaccins prévue ces jours-ci, l’Algérie commencerait sa vaccination vers fin janvier. Elle devrait recevoir 500 000 doses du vaccin Sputnik au titre de sa première commande. Pour le vaccin chinois devant arriver lui aussi fin janvier, point d’information sur les quantités qui seront livrées. Tout comme pour Astrazeneca. Face à cette incertitude sur les délais de livraison et les quantités, il est hasardeux de planifier une sortie de la pandémie concernant l’Algérie pendant l’été 2021, fruit d’une campagne massive de vaccination. Cela n’a pas empêché le Comité scientifique de fixer les priorités en matière de vaccination. Les premiers concernés sont les personnes âgées, les personnes présentant des facteurs de comorbidité, le personnel soignant et les personnes les plus exposées au coronavirus.

Là aussi, personne ne peut prévoir quand toute cette catégorie de population sera immunisée et quand toute la population algérienne sera vaccinée.
L’Algérie compte acquérir, rappelons-le, 40 millions de doses. Elle mise également sur l’initiative Covax pour acquérir au moins 10 millions de doses. Le responsable Afrique de l’OMS a indiqué, récemment, en ce sens que dans le cadre de cette initiative, il a été commandé 140 millions de vaccins pour le continent et les livraisons devront commencer au plus tard fin mars. Là aussi, on peut s’attendre à des glissements dans les délais de livraison. Dans cette course aux vaccins qui ne dit pas son nom, l’Algérie est-elle, au demeurant, bien placée pour acquérir les vaccins dans les meilleurs délais ? Eu égard au fait qu’elle n’a pas encore réceptionné ses premières doses alors que des pays à revenu modeste comme Cuba ont déjà commencé leur campagne de vaccination, on peut se poser des questions sur cette capacité algérienne à s’approvisionner rapidement en vaccins. On peut se demander si cette situation ne montre pas les limites du pays dans le lobbying et l’utilisation des réseaux ainsi que des liens politiques dits privilégiés avec des pays amis comme la Russie et la Chine.

De quelles cartes dispose l’Algérie dans la course actuelle aux vaccins ?
En tout état de cause, ce retard dans les livraisons de vaccins aura sans aucun doute des répercussions sur l’économie nationale. S’il perdure, la facture sera plus salée en termes de pertes d’emplois et de faillites d’entreprises au cours du premier semestre 2021. Le lien entre l’économie et la vaccination devient ainsi plus serré. Plus le temps mis pour vacciner les populations vulnérables, le personnel soignant et les personnes exposées sera court plus le nombre de contaminations diminue. Et plus le nombre de personnes touchées par la vaccination s’étend aux autres catégories de la population moins vulnérables, plus les chances de sortir de la pandémie s’accroissent. Le facteur psychologique va alors jouer. Les entrepreneurs seront plus enclins alors à envisager l’avenir sous de meilleurs auspices et donc à imprimer une dynamique à leurs affaires pour peu que le climat des affaires s’améliore et que l’Etat favorise ce mouvement vers un rebond économique, le redressement de l’activité économique sans doute au second semestre 2021. Tout cela explique pourquoi plusieurs pays tentent d’avoir les quantités de vaccins avant les autres créant une surenchère, la croissance économique, l’emploi étant en jeu. L’exemple frappant est celui de l’Afrique du Sud qui a dû payer le vaccin anti-Covid deux fois et demie plus cher. La carte que pourrait jouer l’Algérie dans cette course, outre son chéquier, est un partenariat avec la Russie, la Chine ou un autre pays détenant le vaccin pour conditionner le vaccin en Algérie. L’Inde le fait à très grande échelle. Des discussions à cet égard sont en cours pour conditionner le vaccin Sputnik en Algérie. Espérons que ce sera le cas avec d’autres laboratoires. La crise sanitaire actuelle invite en tout état de cause également à une réflexion sur les voies et moyens de réduire notre dépendance en matière de vaccins.