Le président des Etats-Unis a mis à exécution sa menace de couper les ponts avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il a annoncé vendredi «mettre fin à la relation» entre son pays et l’Organisation, qu’il accuse depuis le début de la pandémie de complaisance envers la Chine qu’il soupçonne aussi d’avoir caché des données sur le nouveau coronavirus apparu en décembre dernier dans la région de Wuhan avant de se répandre sur la planète.

«Nous avons détaillé les réformes qu’elle (l’OMS) doit faire et nous nous sommes engagés directement avec eux, mais ils ont refusé d’agir. Parce qu’ils n’ont pas mené les réformes exigées et nécessaires, nous mettrons aujourd’hui un terme à nos relations avec l’OMS (…) Le monde a besoin de réponses de la part de la Chine sur le virus. Nous avons besoin de transparence», a déclaré le président Donald Trump. Les Etats-Unis vont «rediriger ces fonds vers d’autres besoins de santé publique urgents et mondiaux qui le méritent», a-t-il ajouté. Il s’agit de plusieurs centaines de millions de dollars qui n’iront plus dans les fonds de l’Organisation, alors qu’elle souffre d’un manque de financement pour ses programmes de santé dans les pays les plus pauvres notamment. Dotée de 2,8 milliards de dollars par an (5,6 milliards sur l’exercice biennal 2018/2019), l’OMS a «le budget d’un hôpital de taille moyenne dans un pays développé», a récemment déploré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. Avec 893 millions de dollars apportés sur la période 2018/2019, soit environ 15% du budget de l’OMS, les Etats-Unis en sont le premier bailleur de fonds, devant la fondation Bill et Melinda Gates, premier contributeur privé, l’Alliance du vaccin Gavi, le Royaume-Uni et l’Allemagne, et loin devant la Chine et ses 86 millions. La contribution américaine va essentiellement en Afrique et au Moyen-Orient. Environ un tiers de ces contributions co-finance les opérations de lutte contre les urgences sanitaires, le reste étant d’abord consacré aux programmes d’éradication de la poliomyélite, à l’amélioration de l’accès aux services de santé et à la prévention et la lutte contre les épidémies. L’annonce de sa suppression a stupéfié la communauté scientifique. Richard Horton, rédacteur en chef de la prestigieuse revue médicale britannique The Lancet, l’a qualifiée de «folle et terrifiante». «Le gouvernement américain joue au voyou en pleine urgence humanitaire», a-t-il écrit sur son compte Twitter. Dans un tweet publié vendredi, Lawrence Gostin, professeur au O’Neill Institute for National and Global Health Law à l’université de Georgetown et collaborateur de l’OMS, a jugé la décision du président américain «illégale» à deux titres : les Etats-Unis ont signé et ratifié un traité d’adhésion à l’OMS et les crédits sont votés par le Congrès américain.

Promesse chinoise de deux milliards
En attendant que l’annonce d’arrêter la contribution des Etats-Unis devienne effective, l’OMS a appelé ses partenaires à compenser le retrait américain. La Chine, accusant Washington de «se soustraire à ses obligations», a fait savoir qu’elle prendrait ses responsabilités, directement ou indirectement, pour soutenir l’Organisation. A l’occasion d’une levée de fonds organisée début mai par la Commission européenne au profit de la recherche et le développement d’un vaccin contre le nouveau coronavirus, Pékin s’est engagé à hauteur de 1,1 milliard de dollars. Et le 18 mai dans un message à l’Assemblée mondiale de la santé, réunion annuelle des Etats membres de l’OMS, le président Xi Jinping a promis deux milliards. Deux jours avant l’annonce de Donald Trump, l’OMS a lancé une fondation destinée à accueillir des fonds privés et de citoyens du monde entier. Tedros Adhanom Ghebreyesus s’est toutefois défendu de vouloir remplacer les Etats-Unis par cette fondation, expliquant que l’organisation planchait sur ce projet depuis 2018. Ce projet «n’a rien à voir avec les récents problèmes de financement», a-t-il assuré. La nouvelle fondation, juridiquement distincte de l’agence de l’ONU, acceptera les «contributions du grand public, d’importants bailleurs de fonds privés, d’entreprises partenaires et de partenaires de confiance». Estimant hier samedi que la décision du locataire de la Maison-Blanche constituait «un sérieux revers pour la santé mondiale», le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, a appelé l’Union européenne à «s’engager plus» financièrement pour soutenir l’OMS.
L’annonce américaine intervient, alors que la pandémie continue de faire des ravages aux Etats-Unis, en Amérique latine et en Russie, de plomber l’économie mondiale et menace de reprendre de l’élan en Corée du Sud. Au dernier bilan, plus de 362.028 personnes sont mortes dans le monde depuis son apparition en décembre en Chine.
Plus de 5.862.890 cas ont été diagnostiqués dans 196 pays et territoires. n