Par Sihem Bounabi
Le Syndicat nationale des pharmaciens d’officine (Snapo) tire la sonnette d’alarme et lance «un appel pressant au Président de la République et au Premier ministre» pour donner des instructions à «tous les ministères concernés, afin que chacun en ce qui le concerne prenne les mesures qu’il faut, et mettre fin à tous les problèmes rencontrés perpétuellement et de manière répétée, dans le domaine des psychotropes». Un appel qui fait suite à l’agression violente d’une pharmacienne à Tébessa. Dans un communiqué parvenu à la rédaction, le Snapo dénonce l’insécurité au niveau des pharmacies liée à la vente des psychotropes tout en soulignant que «la situation est grave, les pharmaciens d’officine exercent sous la menace et craignent réellement pour leur vie. Il est indispensable que les responsables et les ministères concernés par ce dossier réagissent». Pour rappel, les faits remontent à la soirée de mardi dernier, où un délinquant s’est présenté dans une pharmacie d’Ouenza à Tébessa pour réclamer des psychotropes avec une fausse ordonnance. La pharmacienne a refusé de le servir. Le délinquant est allé chercher un bidon d’essence et a aspergé la devanture et le comptoir de la pharmacie avant d’y mettre le feu. La scène terrifiante, filmée par la vidéo surveillance, a été diffusée sur les réseaux sociaux suscitant une vague d’indignation et des appels aux autorités concernées afin de sévir contre ce genre d’agression récurrente, dont des cas tragiques où les pharmaciens agressés ont succombé à leurs blessures. Selon Messaoud Belambri, président du Snapo, la pharmacienne agressée à Tébbesa a eu les jambes brûlées, alors que l’individu est toujours recherché. Tout en exprimant le choc des pharmaciens suite à «cet acte odieux», où «cette pharmacienne a failli être brûlée vive au sein même de son officine», le Snapo a tenu à souligner son intention «de lui venir en aide sur tous les plans pour qu’elle retrouve la quiétude et les capacités morales et physiques afin de continuer à exercer et revenir à une vie normale». Le Syndicat des pharmaciens d’officine rappelle que cette agression illustre la triste réalité dans laquelle exercent les pharmaciens. Ainsi, ces agressions quotidiennes de différents degrés, qui vont du verbal au physique à l’arme blanche et jusqu’à la destruction des biens et des aménagements, et pouvant arriver jusqu’au meurtre «ne doivent plus bénéficier de l’impunité ni de la passivité que nous constatons avec regret et amertume», s’insurgent les pharmaciens. Le Snapo dénonce également que «malheureusement, et jusqu’à aujourd’hui, aucun geste, aucune réaction ni condamnation de cet acte, n’est venu de la part de nos responsables du secteur de la santé. C’est à croire que la vie d’un professionnel de la santé exerçant au service des citoyens n’a aucune valeur». Le Snapo et l’ensemble des pharmaciens réclament qu’«aujourd’hui, des mesures concrètes et particulières soient prises de toute urgence, pour protéger les pharmaciens et garantir leur sécurité». Parmi ces mesures concrètes, suite au nouveau décret, portant organisation de la gestion des produits psychotropes, adopté par le Conseil du gouvernement et publié au Journal Officiel n° 36 du 16 mai 2021, que «les arrêtés ministériels soient élaborés et publiés en urgence», notamment les arrêtés portant classifications des psychotropes et de leurs assimilés. n