Les bouleversements intervenus sur le marché international invitent Sonatrach à des efforts pour rendre plus compétitif
le GNL sur le marché européen et un plus grand dynamisme pour trouver d’autres débouchés au gaz algérien.

Dans un contexte difficile marqué par la baisse des prix du gaz naturel liquéfié (GNL) et la concurrence féroce que se livrent les grands fournisseurs de gaz sur le marché européen ainsi que le contentieux avec Naturgy, Sonatrach vient de conclure un accord très important qui consolide sa position comme principal fournisseur de gaz de l’Union européenne. Sonatrach restera avec cet arrangement un fournisseur important de la France. L’Hexagone constituera l’un des principaux clients de l’Algérie dans le domaine du GNL avec un volume d’environ 5 milliards de mètres cubes/an de gaz naturel liquéfié. L’accord portant renouvellement du contrat d’achat et de vente porte sur un volume de 2 millions de tonnes/an, soit près de 3 milliards de mètres cubes de gaz par an pour une durée de trois ans. Sonatrach avait signé auparavant un accord de renouvellement de contrat avec le français Engie pour un volume de 1,7 milliard de mètres cubes/an et 0,5 milliard de mètres/an de gaz naturel. Commentant cet accord, le PDG de Sonatrach a affirmé que par cet arrangement la compagnie pétrolière nationale confirme son statut de partenaire fiable respectant ses engagements contractuels et jouissant d’une crédibilité sur le marché international de l’énergie. Politiquement, cet accord participe à la détente dans les relations entre l’Algérie et la France et consacre la poursuite de la coopération entre Sonatrach et Total brouillée par le refus de la compagnie nationale de céder une partie des actifs des gisements pétroliers importants HBNS, El Merk et Ourhoud à la compagnie française. Elément parmi les plus importants de ce dossier, cet accord montre que le GNL algérien reste concurrentiel.
C’est ce que soutient, en tout cas, Noureddine Legheliel, spécialiste pétrolier. « Le GNL algérien reste concurrentiel. Le gaz américain est à 1,60-1,80 dollar le million de BTU, mais il faut le liquéfier, le transporter et le re-gazéifier en Europe pour qu’il puisse être commercialisé. Il faut y ajouter 3 dollars le million de BTU qui correspondent au coût de ces trois opérations. Il arrive donc en Europe à près de 5 dollars et non à 1,80 dollars le million de BTU. Sonatrach peut donc placer des quantités sous le prix proposé par les compagnies américaines sur le marché européen et qui sont en baisse ».

« Le GNL algérien reste concurrentiel »
Au tableau gris, il convient de noter une baisse des ventes de GNL algérien à la France. Elles étaient de 10 milliards de mètres cubes/an avant 2000, puis elles sont passées à 8 milliards de mètres cubes/an, avant d’atteindre 5 milliards de mètres cubes/an de GNL ces dernières années. Tout comme l’avenant conclu avec une compagnies turque pour porter les livraisons de GNL à ce pays à 5,4 milliards de mètres cubes/an, les contrats sont de courte durée. Le contrat avec la Turquie court jusqu’en 2024. Il s’agit d’une adaptation des contrats long terme qui constituaient l’essentiel des ventes de gaz de Sonatrach et qui portaient sur des durées de 20 à 25 ans. L’autre changement sur le marché international du gaz concernant les contrats long terme est cette tendance à fixer les prix du gaz en référence aux prix spots et non comme auparavant, où ils étaient indexés sur les prix du pétrole. Le géant russe Gazprom a été le premier à se résoudre à consentir des changements en ce sens dans ses contrats long terme. Tous ces bouleversements dans le marché international du gaz exercent de la pression sur Sonatrach pour, d’une part, effectuer de gros efforts dans la réduction des coûts de production de son GNL. Le GNL américain joue sur l’efficience pour être compétitif sur le marché européen. D’autre part, cette situation invite Sonatrach à trouver d’autres débouchés pour son gaz. Le marché européen reste cependant le marché le plus important puisqu’il constitue l’essentiel de ses ventes. Pour le GNL, la France et la Turquie sont ses principaux clients. Selon un spécialiste algérien, rappelons-le, les nouveaux complexes de GNL d’Arzew et de Skikda et la nouvelle flotte de méthaniers qui s’est constituée étaient destinés au marché asiatique. Avec l’émergence de l’Australie comme l’un des principaux producteurs de GNL dans le monde, les grosses capacités de liquéfaction du Qatar et la montée en puissance du GNL russe, l’Algérie a perdu le marché asiatique. Tout ou en partie ? L’avenir le dira. Durant cette période de 2020-2024, on saura si l’Algérie peut placer des quantités plus importantes sur le marché international du GNL et donc assurer une flexibilité dans ses ventes de gaz.
A noter qu’une partie de la bataille dans cette conquête des marchés ou de consolidation des parts de marché de Sonatrach se joue en Algérie.

Urgence d’un modèle de consommation plus rationnel
Notre pays devrait en urgence appliquer un modèle de consommation énergétique plus rationnel, c’est-à-dire maîtriser la forte demande en gaz, éviter les grands gaspillages d’énergie enregistrés ces dernières années pour ainsi réserver plus de quantités de gaz à l’exportation pendant la période 2020-2024. Au-delà, comme le fixe la stratégie de Sonatrach, il faudra valoriser en bonne partie ce gaz et l’exporter sous forme de produits pétrochimiques. Une perspective problématique aujourd’hui. A cet égard, il faut savoir que le programme de développement de la pétrochimie de Sonatrach connait un grand retard. Le seul projet en cours de réalisation est celui du complexe de polypropylène d’Arzew en partenariat avec Total. Sonatrach devait, au cours de ces dernières années, lancer au moins cinq projets. Avec la conjoncture actuelle où les prix pétroliers sont en baisse, la question est de savoir s’il existe un marché pour ces produits. Pour le même spécialiste en énergie, le marché n’est pas prêt. Sonatrach a raté le virage de la pétrochimie en 2007-2008 : ils étaient près de conclure des contrats avec de grandes compagnies étrangères pour l’exploitation, notamment d’un complexe de vapocraquage d’éthane -le contrat était déjà signé avec Total, des changements après ont fait capoter l’accord-, et d’un complexe de Methanol. Ils n’ont pas été conclus en raison des changements intervenus. Si elles ratent le second virage de la pétrochime au cours des trois à cinq années à venir, il est clair que Sonatrach et l’Algérie risquent de perdre gros en termes de revenus financiers et d’intégration de l’industrie nationale. n