L’idée de l’instauration d’un pass sanitaire fait son petit bonhomme de chemin. S’il est clair que, pour le moment, la vaccination obligatoire et le pass sanitaire ne sont pas des mesures en vigueur en Algérie, il reste, toutefois, que les professionnels de la santé y voient un moyen pour une sortie de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 ou, du moins, son atténuement.

PAR INES DALI
En attendant que des décisions soient prises – ou pas – dans ce sens, le pays mise sur la vaccination de masse contre le coronavirus, notamment en déployant d’importants moyens humains et matériels dans l’ensemble des wilayas afin de vacciner le maximum de personnes. La période actuelle de relative accalmie de la pandémie avec une décrue des contaminations favorise cette opération.
A ce propos, le Pr Riyad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus, a affirmé que «cette campagne nationale de vaccination, ce Big Day, est là justement pour augmenter la cadence de vaccination et, par là même, le nombre de personnes vaccinées, pour pouvoir se préparer à la rentrée sociale, la rentrée scolaire et universitaire…». Mais pas seulement puisqu’il s’agit, aussi, d’éviter le scénario catastrophe de l’été 2021.
La campagne nationale de vaccination est mise en place «pour pouvoir se préparer, éventuellement, à une quatrième vague de la pandémie en étant vaccinés au maximum, et ce, afin de pouvoir éviter les désagréments et les difficultés qu’on a eus lors de la troisième vague», a encore dit le Pr Mehyaoui, laissant penser, ensuite, que l’instauration d’un pass sanitaire sera une suite logique à cette campagne vaccinale de masse, après avoir annoncé que la reprise des activités sportives et l’accès aux salles de sport, lieux propices à une forte circulation du virus, se fera désormais sur présentation d’un certificat de vaccination, sous recommandation du Comité scientifique.
Il estime que cette opération pourrait être élargie, d’autant plus que le déconfinement progressif se poursuit et que de nombreux espaces publics sont ouverts progressivement. «La personne vaccinée aura un certificat de vaccination avec un QR Code qui est imprimé à l’endroit où elle a reçu son antidote», a-t-il déclaré, ajoutant qu’«avec l’ouverture de tous les espaces, l’idéal serait, éventuellement, de proposer une espèce d’autorisation qui s’appelle le pass sanitaire pour accéder à des espaces clos».
Le mot est, enfin lâché par le Pr Mehyaoui. Il s’agit du pass sanitaire. Ce dernier pourrait être élargi et de nombreux détails le démontent. Il semble que les choses sont bien en cours puisque le Comité scientifique étudie la question, selon le professeur. «Actuellement, le ministère de la Santé a envoyé à tous les hôpitaux une application pour pouvoir imprimer les certificats de vaccination à QR Code», a révélé le membre dudit Comité, qui n’écarte pas que cette mesure puisse être généralisée.
Ainsi, même si, pour l’heure, l’instauration de la vaccination obligatoire et du pass sanitaire n’est pas effective, plusieurs indications laissent penser qu’elles seraient applicables en Algérie comme dans de nombreux pays du monde. D’ailleurs, le ministre de la Santé, lorsque la question lui a été posée au sujet de la vaccination obligatoire avant-hier, avait répondu que cette question n’était pas à l’ordre du jour «actuellement». Ce qui veut dire qu’elle pourrait l’être ultérieurement.

«Cela va faire réagir beaucoup de gens», selon Dr Merabet
La vaccination de masse est préconisée par d’autres professionnels de la santé car il s’agit de «la préservation de la vie de soi et d’autrui», selon le Dr Lyès Merabet, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP). Il estime qu’on devrait «faire plus» pour que les citoyens aillent se faire vacciner et qu’il manque «l’aspect coercitif pour ne pas dire vaccination obligatoire». Il en veut pour preuve que c’est ainsi que d’autres pays ont fait pour atténuer la crise sanitaire due à la pandémie de coronavirus. «Directement ou indirectement, on devrait inciter les gens à aller vers la vaccination, c’est ce qui s’est fait même à l’étranger, en Europe… Beaucoup de pays sont allés dans ce sens en mettant en place le pass sanitaire, comme l’Italie, l’Espagne, la France, l’Allemagne…», a indiqué Dr Merabet.
«Nous pouvons faire comme eux, on n’est pas meilleurs, car je pense que nous allons avoir beaucoup de difficultés en essayant encore de convaincre les uns et les autres pour qu’ils aillent de manière volontaire vers les unités de vaccination. L’intérêt, aujourd’hui, est dans le fait que la situation sanitaire s’est calmée et il n’y a pas mieux que cette période pour augmenter la cadence et ramener la campagne vaccinale au niveau requis». Il ne faut donc pas perdre de temps, mais plutôt vacciner au maximum car «de la manière dont nous procédons maintenant, en essayant seulement de convaincre les gens, on va s’éterniser à raconter la même histoire, toujours, à tout le monde. D’autres sociétés l’ont compris avant nous». Telle est la réponse tranchante du Dr Merabet à propos de la vaccination obligatoire et du pass sanitaire.
«Bien sûr que cela va faire réagir beaucoup de gens qui vont parler de liberté et de beaucoup d’autres choses, mais qui ne vont jamais parler de la responsabilité qui doit accompagner cette liberté, car cette dernière n’est pas absolue et n’est pas ouverte dans tous les sens. Elle doit être cadrée et encadrée et là, nous sommes dans une situation générale qui concerne toute la société et nous devons, donc, nous organiser en conséquence et avoir de la responsabilité dans nos actes, car nous ne vaccinons pas pour le plaisir de le faire seulement. Nous devons atteindre cette immunité collective», a souligné le président du SNPSP. Il argumente en donnant l’exemple d’autres pays, déclarant que «les résultats sont là, ils ont pu diminuer le nombre de décès grâce à la vaccination» outre le fait que «la quasi-majorité des malades de Covid-19 ne finissent pas dans les hôpitaux. «C’est un fait dans beaucoup de pays qui ont avancé dans la vaccination. Les résultats sont là, le reste n’est que supputations et philosophie», a conclu Dr Merabet.

Arrivée de 2 millions de doses de vaccins
Quoi qu’il en soit, la sensibilisation pour une vaccination de masse à travers tous les canaux possibles se poursuit et ne se limitera pas durant la semaine allant du 4 au 11 septembre, mais devra être menée bien au-delà pour atteindre l’objectif assigné de vacciner 70% de la population adulte. Il s’agit, en effet, de tenter de convaincre les récalcitrants en les sensibilisant sur les risques qu’ils encourent, eux leur entourage, lorsqu’ils sont atteints, à savoir les complications de la maladie qui peuvent les mener à une hospitalisation, à un besoin accru en oxygène, voire carrément à la salle de réanimation et aux soins intensifs, si ce n’est passer de vie à trépas.
Pour le moment, la conviction est en train de se faire par des arguments scientifiques persuasifs et par des exemples qui démontrent que «la vaccination est la seule solution à cette crise sanitaire», cela d’autant que la disponibilité des vaccins ne fait plus défaut. Dans ce sens, il faut savoir que de l’Algérie a réceptionné, hier, 2 millions de doses de vaccins. Elle devrait encore recevoir, d’ici vendredi prochain, 3 autres millions de doses.