Continuer ou non la vaccination avec le vaccin AstraZeneca-Oxford, telle est la question qui se pose avec acuité au vu de l’ampleur que prend la suspension «par précaution» de la vaccination avec cet antidote dans les pays européens inquiets de «possibles effets secondaires». Les spécialistes algériens recommandent «la vigilance» et des «mesures conservatoires» en attendant qu’il y ait plus de données sur ce sujet, puisque des livraisons de cet anticoronavirus devraient avoir lieu prochainement.

PAR INES DALI
Hier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Agence européenne des médicaments (EMA) ont recommandé de continuer à administrer le vaccin AstraZeneca. L’EMA estime que «les avantages l’emportent sur les risques», et l’OMS qu’il n’y a «pas de rapport avéré à ce stade» entre le vaccin et de graves problèmes sanguins observés chez des personnes vaccinées. Les deux instances poursuivent néanmoins leurs investigations.
En Algérie, la question ne se pose donc pas avec moins d’acuité que dans les autres pays étant donné qu’il est attendu la livraison de «700.000 à 800.000 doses» du vaccin AstraZeneca au cours de ce mois, selon les chiffres annoncés précédemment par le ministère de la Santé. Jusqu’à présent, le pays a vacciné 25.000 personnes avec cet anticoronavirus (deux doses par personnes) et les 50.000 doses qu’il avait achetées le 1er février sont «épuisées», a déjà fait savoir le Dr Djamel Fourar, porte-parole du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Actuellement, l’Algérie ne vaccine qu’avec le vaccin chinois Sinopharm, celui-ci étant le seul disponible après l’épuisement des doses de Spoutnik V et d’AstraZeneca.
Il s’agit maintenant de rester attentif aux recommandations de l’OMS qui a réuni hier son Groupe consultatif d’experts sur la vaccination et celles de l’EMA qui se réunira jeudi pour connaitre les conclusions sur les possibles effets secondaires graves, à savoir la thrombose veineuse (formation de caillots de sang), selon les professionnels de la santé.
Intervenant à ce sujet, le Pr Ryad Mehyaoui, membre du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie, a déclaré qu’il n’y a «pas la preuve de causalité des effets secondaires du vaccin sur la thrombose veineuse» et les pays qui en ont fait état «n’ont pas prouvé réellement le lien avec le vaccin» AstraZeneca. «Les études sont en cours et on doit rester vigilant en suivant de très près tout ce qui a trait à ce sujet. Mais pour le moment, il n’y pas eu d’indication ou de retrait» du vaccin, mais seulement la suspension de l’AstraZeneca qui est «l’un des deux seuls vaccins homologués par l’OMS», a-t-il fait remarquer dans une déclaration à TSA. Le Dr Lyès Merabat, président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), a développé le même avis, affirmant que «pour le moment, aucun lien de causalité n’a été établi entre les effets secondaires annoncés et le vaccin» anglo-suédois. «Il faut également connaitre quel est le nombre de cas d’effets secondaires déclarés ainsi que le nombre de personnes vaccinées pour savoir si on est dans une situation de risque acceptable, car le risque vaccinal existe toujours et il faut connaitre le bénéfice-risque de chaque vaccin», a-t-il ajouté, non sans avertir qu’il faut rester vigilant par rapport aux prochains arrivages de cet antidote.
De son côté, le Pr Kamel Senhadji, président de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), a affirmé que «ce qu’on doit savoir, c’est que la thrombose est une pathologie qui existe dans la population générale» et que «les personnes vaccinées font aussi partie de la population générale» pour expliquer que l’effet secondaire dont il est fait cas est une maladie qui existe déjà dans la population en dehors de la pandémie et de la vaccination. «L’étude est en train d’être menée pour voir. Le résultat tend vers cette conclusion qui dit que le même taux de thrombose existe dans la population générale», a-t-il conclu.
Relevant tout d’abord que la suspension de la vaccination avec l’antidote AstraZeneca est «conservatoire et de précaution», le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, a également soutenu que «l’Algérie devrait être à l’écoute des conclusions, à la fois du fabricant AstraZeneca mais aussi des pays qui utilisent le sérum à plus large échelle», citant l’exemple de «la Grande-Bretagne qui n’utilise pratiquement que le vaccin AstraZeneca». Il se demande alors si les effets secondaires sont très étendus dans ce pays avant de préconiser que «le principe de précaution devrait être adopté». «Et là aussi, c’est le rôle de l’OMS de donner son opinion sur ce principe de suspension tout à fait provisoire puisqu’on parle de quelques jours. Nous devrions probablement prendre des mesures conservatoires à notre tour», a-t-il recommandé.
Hier, la liste des pays qui ont annoncé la suspension de la vaccination avec d’AstraZeneca «par précaution» s’est encore allongée en Europe. La Suède, le Luxembourg et Chypre ont rejoint les autres pays que sont l’Allemagne, la France, l’Italie, la Slovénie, l’Espagne, le Portugal, la Lettonie, etc., en attendant l’avis de l’agence européenne du médicament et de l’OMS, dont le directeur général a affirmé ne pas vouloir que les gens paniquent. La même réflexion est émise par la cheffe scientifique de l’OMS qui a ajouté que «pour le moment, nous recommandons que les pays continuent de vacciner avec AstraZeneca car, jusqu’à présent, nous n’avons pas trouvé de rapport entre ces événements (effets secondaires, ndlr) et le vaccin». Même ton d’assurance chez l’EMA qui a également affirmé que «les avantages (du vaccin) l’emportent toujours sur les risques».
En attendant que soit démêlée cette épineuse question sur le vaccin AstraZeneca, les professionnels de la santé continuent de recommander la vaccination et, pour reprendre les termes du Pr Senhadji, «l’idéal, c’est de vacciner vite» et «il n’y a pas pire que de vacciner à petites fractions, car (…) ça risque de faire émerger des mutants». Il explique que lorsqu’un virus sent qu’il est contré par un vaccin, il essaye de résister et finit par muter. C’est pour cela qu’il faut «vacciner vite» et à «grande échelle», a-t-il préconisé, sans omettre de relever qu’on dépend de la disponibilité des vaccins. <