PAR NAZIM BRAHIMI
La décision prise jeudi dernier par le Conseil d’Etat portant sur la «suspension temporaire» des activités du Parti socialiste des travailleurs (PST) et la fermeture de ses locaux a fait réagir la formation de gauche qui a pointé «un grave précédent contre le multipartisme» qui intervient dans «un contexte de durcissement de la répression».
Le PST a indiqué qu’une délégation du parti se rendra, dès la confirmation écrite de la décision du Conseil de l’Etat, au ministère de l’Intérieur afin de «s’informer» sur les procédures à entreprendre pour «la levée de cette injuste suspension».
Pour le PST, il s’agit d’un «grave précédent contre le multipartisme et d’une atteinte supplémentaire intolérable aux libertés démocratiques dans notre pays», rappelant que «cette décision a été rendue suite à la plainte introduite le 26 avril 2021 par le ministre de l’Intérieur».
Dans sa déclaration qui fait office de première réaction, le PST a relevé que «prétextant le retard pris dans l’organisation de notre congrès, cette action judiciaire abusive est intervenue avant l’expiration du délai de 15 jours fixé par la mise en demeure qui nous a été adressée d’une part et, d’autre part, au lendemain de la tenue, justement, de notre congrès et la transmission des documents y afférents au ministre de l’Intérieur par le biais d’un huissier de justice». Considérant que c’est une décision qui «conforte l’accentuation de la répression», le PST rappelle que «plus de 300 détenus politiques et d’opinion croupissent dans les prisons et des centaines d’autres sont poursuivis», ajoutant à ce propos que «ce sont de jeunes militants du Hirak et des activistes des réseaux sociaux, des journalistes et des avocats, des universitaires et des militants associatifs, des dirigeants politiques de l’opposition comme Fethi Ghares et des syndicalistes comme Kaddour Chouicha, et bien d’autres».
Il s’agit aussi «de faire payer à notre parti ses positions politiques et ses engagements résolus dans le Hirak, contre la répression et aux côtés des luttes sociales des travailleurs et des masses populaires», a souligné le parti dirigé par Mahmoud Rechidi, lequel s’inquiète que «cette escalade répressive constitue aussi une grave dérive qui fragilise les capacités de résistance de notre pays face aux menaces extérieures et contredit le ronronnement du discours officiel sur l’impératif consolidation d’un front intérieur antisioniste et anti-impérialiste».
Le PST a mis en exergue quelques étapes de son parcours et combat «pour les libertés démocratiques, l’égalité et la justice sociale, entamé dans la clandestinité depuis 1974, et poursuivi à partir de 1989 dans le cadre du PST», soulignant que «c’est un combat historique que plusieurs générations de militants de notre courant ont incarné et payé parfois de leur vie».
La décision de suspension des activités du PST a été accompagnée par une série des messages de solidarité au niveau national. Cette décision est une «dérive dangereuse de l’autorité dans une série de restrictions affectant les organisations politiques de manière inédite et croissante, avec l’utilisation flagrante de l’administration et de la justice, dans le but d’hypothéquer l’action politique et d’achever le pluralisme que les Algériens ont arraché après des décennies de lutte», a considéré le FFS dans un communiqué. Exprimant sa solidarité avec le PST, le FFS a exigé «l’arrêt de ces pratiques arbitraires et répressives, qui ne constituent en aucun cas une solution à la crise nationale, mais au contraire, elles vont la compliquer», estimant que «ces pratiques contredisent le discours du pouvoir».
De son côté, le Parti des travailleurs (PT) a dénoncé vendredi la suspension des activités du PST par le Conseil d’Etat, estimant que la mesure est «d’une gravité sans précédent considérant les motifs invoqués inconsistants et étranges», ajoutant que cette décision marque «un tournant politique qualitatif sur le terrain des atteintes aux acquis démocratiques».
A souligner que concernant l’Union pour le changement et le progrès (UCP), Zoubida Assoul a fait savoir que le Conseil d’État a «temporairement rejeté» la demande d’urgence du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, de dissoudre le parti, déclarant «l’action infondée». Le ministère de l’Intérieur avait annoncé, jeudi 23 avril 2021, des poursuites judiciaires contre l’UCP. <