A quelques mois de l’élection présidentielle, il reste difficile d’esquisser une grille de lecture qui pourrait un tant soit peu éclairer un débat politique qui semble aller dans des sens multiples, brouillant davantage le paysage. La sortie de la patronne du PT lundi n’en comporte pas moins certaines indications sur une posture pas comme les autres, mais qui semble provenir d’une connaissance profonde du système politique actuel.

Une constituante est l’unique solution «positive et démocratique», pour mettre fin à «l’anarchie» et permettre au peuple d’exercer sa souveraineté, selon la secrétaire générale du Parti des travailleurs qui semble y croire dur comme fer. Pour elle la campagne de collecte des signatures de citoyens pour accompagner la lettre adressée au président de la République sollicitant l’élection d’une assemblée constituante est en bonne voie. La secrétaire générale du PT soulignera que sa démarche constitue une réussite avec la multiplication des signatures des citoyens mais aussi de militants d’autres partis, de cadres et de personnalités nationales. Attendu sur la fameuse proposition de «consensus national» de Abderrazak Makri, elle préférera botter en touche et inviter son monde à regarder ailleurs arguant que trop d’initiatives tue l’initiative. Et que le paysage politique actuel n’est autre qu’une foire annuelle et une vente aux enchères publiques en l’absence d’acheteurs et d’acquéreurs, «car on ne sait pas qui est l’acheteur et qui est l’acquéreur». Louisa Hanoune semble avoir voulu s’installer au-delà des postures actuelles des autres partis de l’opposition et même de la majorité. Consommant l’art de l’interrogation. «Comment un parti au pouvoir, qui soutient toutes les politiques et décisions impopulaires qui ont ruiné le pays et propagé la corruption, peut-il s’entendre avec un parti qui s’oppose à cette politique ? Comment un parti, arrivé au pouvoir en truquant les élections, peut-il s’entendre avec un parti d’opposition ? Comment un parti, qui milite pour le maintien du statu quo, peut-il adhérer à une initiative qui aspire à provoquer un changement, même limité et biaisé ?», s’est interrogée la patronne du PT. Cette dernière sait pertinemment que la partition est ailleurs, et qu’il faudrait, le moment venu, être au rendez-vous. Louisa Hanoune, qui a tenu à souligner que la démarche de son parti n’entre pas dans le cadre des initiatives lancées par certains dirigeants de parti mais qu’elle s’adressait à d’autres responsables de parti, de syndicats ou personnalités politiques, veut insinuer qu’il faudrait changer de biais. À une encablure du grand rendez-vous de l’élection présidentielle, Louisa Hanoune semble vouloir envoyer des messages et des signaux à qui de droit. En plaçant le curseur loin des «préoccupations» actuelles des autres acteurs, la patronne du PT est probablement celle qui a le plus avancé sur la question.