La rupture des relations diplomatiques entre l’Algérie et le Maroc, annoncée mardi par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, au-delà du fait qu’elle permet de clarifier davantage les relations qu’entretiennent les deux pays, sonne un véritable malaise au sein de l’Union africaine (UA).

PAR NAZIM BRAHIMI
Conséquemment à ce développement de taille à tout point de vue, et s’il n’y aura pas dici là des initiatives d’apaisement ou de recherche de réconciliation, le prochain Sommet des chefs d’Etat de l’UA, prévu début 2022, s’annonce d’ores et déjà comme un rendez-vous crucial pour l’organisation panafricaine. Cette organisation avait déjà vécu, faut-il le souligner, une situation embarrassante au mois de juillet, quand le président de la commission de l’UA, Moussa Faki, recevait les lettres de créance de l’ambassadeur d’Israël à Addis-Abeba, Aleli Admasu, en tant que représentant d’un pays membre observateur à l’UA.
Une démarche que l’Algérie a critiquée, estimant qu’il s’agit d’une décision «prise sans le bénéfice de larges consultations préalables avec tous les Etats membres». De son côté, l’Afrique du Sud, poids lourd dans l’UA, avait indiqué qu’il s’agissait d’une décision «choquante» appelant le président de la Commission de l’UA à s’expliquer sur une décision «unilatérale» et «sans consultations».
Pretoria avait appelé alors à la tenue d’un sommet de chefs d’Etat et de gouvernements pour statuer sur une affaire, dont les premières conséquences sont de déstabiliser une organisation panafricaine en mal de cohésion et qui risque de connaître de nombreuses divergences internes, selon les enjeux et les intérêts des uns et des autres. Désormais, la présidence de l’UA comme ses membres sont devant une nouvelle donne, la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat.
A cet égard, le chef de la diplomatie, Ramtane Lamamra, a usé, avant-hier, d’un ton ferme et tranchant. «L’attitude marocaine condamne les peuples de la région à la mésentente et à la confrontation. Cette attitude hypothèque dangereusement le présent et l’avenir de nos peuples», a-t-il mis en garde. Il a ajouté, par la même occasion, que «la mise en cause publique et solennelle de ladite attitude par l’Algérie met en évidence la nécessité urgente de la prévalence de la raison en lieu et place du pari sur le pire, qui semble animer la posture du royaume du Maroc envers l’Algérie».
Sur le terrain, le contentieux désormais acté par la rupture de tous les canaux diplomatiques qui fonctionnaient encore entre Alger et Rabat devrait connaitre des prolongements sur un théâtre africain déjà partagé sur l’attitude à adopter vis-à-vis des deux grandes capitales maghrébines. On peut penser ici aux clivages ou aux positions tranchées qu’ont les membres de l’Union Africaine (UA) sur le vieux et plus que jamais compliqué dossier du Sahara occidental – des différenciations qu’on peut situer géographiquement et à quelques nuances près entre les pays de la Cédéao en Afrique de l’Ouest et de la SADC en Afrique australe. Mais il existe d’autres points d’achoppement qui vont raviver les divisions secrètes ou assumées des uns et des autres comme vient de le montrer, comme on l’a dit, la question du statut d’observateur de l’Etat hébreu au sein de l’organisation panafricaine (la question du statut d’Israël sera débattue prochainement).
Et si la commission de l’UA n’a pas encore réagi au développement négatif des relations diplomatiques entre notre pays et le Maroc, c’est sans doute à cause de l’embarras que provoque en elle cette nouvelle donne maghrébine, ainsi que la difficulté, pour elle, de vite surmonter le malaise provoqué par l’avis favorable du président de la commission, le tchadien Moussa Faki, à la lettre de créance de l’ambassadeur d’Israël à Addis-Abeba, Aleiggn Admasu.
Les conséquences sont déjà désastreuses. La commission de l’UA, censée répondre aux besoins de ses membres en temps de paix comme en temps de crise, se voit dépassée par les évènements et débordée par d’autres acteurs non-africains, mais dont les intérêts et les enjeux au niveau de l’arc nord-africain ne sont plus à démontrer.
Ainsi, Paris a appelé, hier, l’Algérie et le Maroc à revenir à une logique de «dialogue» dans l’intérêt de la «stabilité» au Maghreb. «La France reste naturellement attachée à l’approfondissement des liens et au dialogue entre les pays de la région, pour en consolider la stabilité et la prospérité», a déclaré le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, dans un communiqué. Pour sa part, Israël, qui surgit aujourd’hui comme un nouvel acteur régional en raison de la normalisation de ses relations avec le Maroc, a estimé que ce qu’elles considèrent comme des «accusations» sont «infondées et sans intérêt», selon une source diplomatique israélienne reprise par l’AFP, appelant Alger à «se focaliser» sur ses «problèmes économiques».
De telles déclarations incitent à penser qu’il y en aura d’autres du même registre et de la même tonalité. Il s’agira de les analyser au plus près et en comparaison avec ce que dira, via l’UA, la communauté des Etats africains. D’ici là, il y a lieu de rappeler que, juste après la conférence de presse du chef de la diplomatie, M. Lamamra, dans laquelle il a annoncé la décision de l’Algérie de rompre ses relations diplomatiques avec son voisin de l’ouest, «le royaume du Maroc a pris note de la décision unilatérale des autorités algériennes, de rompre, à partir de ce jour, les relations diplomatiques avec le Maroc», selon son ministère marocain des Affaires étrangères.