C’est par des prix à la hausse que le marché pétrolier a réagi, hier, à la décision de l’Opep+ de maintenir à 2 millions de barils par jour la réduction de sa production et à l’entrée en vigueur de l’embargo européen et du plafonnement du prix du brut russe par l’UE, le G7 et l’Australie.

Par Feriel Nourine
Après avoir entamé la semaine avec des gains assez conséquents par rapport à la fermeture de vendredi, l’or noir a poursuivi son ascension, améliorant sa prestation sur les deux marchés européen et américain.
Vers 13H GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en février s’échangeait à 88,13 dollars à Londres, glanant 2,99%. Au même moment, le West Texas Intermediate (WTI) pour livraison en janvier montait de 3,04%, à 82,41 dollars.
Pour rappel, dimanche, lors de sa 34e réunion ministérielle, l’alliance composée des pays de l’Opep et leurs alliés, dont la Russie, a maintenu sa stratégie à l’égard du marché et décidé de ne pas toucher aux restrictions de 2 millions de barils par jour, décidé le 5 octobre dernier.
Ces coupes vont de novembre dernier jusqu’à fin 2023, mais l’Opep+ a précisé, dans un communiqué de presse, qu’elle était prête à se réunir «à tout moment» d’ici là pour prendre des «mesures supplémentaires immédiates» si besoin.
En agissant de la sorte, l’Opep+ fait valoir de nouveau le principe de la vigilance et de la prudence auquel elle recourt depuis l’entrée en vigueur du programme d’assouplissement de son programme de réduction en août 2021. Le ministre de l’Energie et des Mines, Mohamed Arkab a de nouveau réagi, hier à Alger, à la décision de l’Opep+ de maintenir son offre. Dans une déclaration à la presse, en marge des travaux du Forum africain des startups, il a affirmé que la démarche et la stratégie de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole OPEP et de l’Alliance OPEP+ se poursuivent en vue d’assurer l’équilibre du marché national et de ses fondamentaux. «L’équilibre du marché est l’objectif suprême escompté à travers les décisions de l’OPEP et de l’OPEP+. Nous œuvrons toujours à atteindre cet équilibre. Tous nos rapports au sein de l’OPEP et de l’OPEP+, appuient cette vision et cette stratégie. Notre objectif est d’assurer des approvisionnements sains pour que les fondamentaux du marché mondial soient aussi sains», a indiqué le ministre. L’objectif consiste à accompagner tous les développements économiques à travers le monde et à assurer cette matière (pétrole) pour le monde, a précisé le ministre, pour qui la décision de l’OPEP+, prise dimanche et portant sur la poursuite du plan de production pétrolière de l’Alliance, décidé en octobre passé, intervient après le constat de «certains dysfonctionnements sur le marché» pétrolier mondial. «Nous avons constaté certains dysfonctionnements sur le marché et décidé de poursuivre nos efforts communs entre les pays de l’OPEP et non OPEP, en vue d’appuyer notre décision du mois d’octobre passé et poursuivre le plan jusqu’à fin 2023», a souligné le ministre, ajoutant que le Comité interministériel de suivi de ces décisions se réunira le 1er février 2023, en vue d’examiner le marché mondial du pétrole, pour prendre des décisions opportunes pour la conjoncture.
La réunion de dimanche intervenait à la veille de l’entrée en vigueur du mécanisme de plafonnement du prix de pétrole russe à 60 dollars, conformément à l’accord dégagé dans ce sens, vendredi, par les 27 de l’UE, le G7 et l’Australie.
Mais Moscou ne compte pas accepter ce mécanisme et n’a pas tardé à menacer les pays qui l’adopteront de rupture de livraisons de brut. Hier, le Kremlin est revenu à la charge, assurant que le plafonnement n’aurait pas d’impact sur l’offensive de Moscou en Ukraine, et mettant en garde contre une «déstabilisation» du marché mondial de l’énergie.
Le vice-Premier ministre russe, Alexander Novak, a qualifié le plafonnement d’«ingérence grossière qui contredit les règles du libre-échange et déstabiliserait davantage le marché». «Nous ne vendrons du pétrole et des produits pétroliers qu’aux pays qui travailleront avec nous aux conditions du marché, même si nous devons réduire un peu la production», a déclaré Novak, le responsable du gouvernement russe chargé de son pétrole, gaz, énergie atomique et charbon. «Nous n’accepterons pas ce plafond», a-t-il déclaré à l’agence de presse RIA, ajoutant que la Russie procéderait à une analyse rapide de l’accord et répondrait ensuite.
La réaction de Moscou a été, en outre, exprimée par l’ambassadeur de Moscou auprès des organisations internationales à Vienne, Mikhail Ulyanov. «A partir de cette année, l’Europe vivra sans pétrole russe», a-t-il averti. Le plafonnement décidé par l’UE et ses alliés va donc être mis à rude épreuve par la Russie, en sa qualité de deuxième exportateur mondial de brut qui pourrait trouver de nouveaux acheteurs aux prix du marché.
Le mécanisme adopté prévoit donc que seul le pétrole vendu à un prix égal ou inférieur à 60 dollars le baril pourra continuer à être livré et qu’au-delà, il sera interdit pour les entreprises basées dans les pays de l’UE, du G7 et en Australie de fournir les services permettant le transport maritime (négoce, fret, assurance, armateurs, etc.). n