Qualifiée in extremis pour les quarts de finale, l’Italie a longtemps galéré samedi à Wembley face à une valeureuse équipe autrichienne (2-1, a.p). Lors d’une partie cadenassée, Roberto Mancini a fini par trouver la clé grâce à son coaching gagnant, symbolisé par Federico Chiesa et Matteo Pessina. Le voilà à la tête d’un nouveau record impressionnant mais les pieds sur terre.
Vous aviez adoré les aller-retours survitaminés d’Antonio Conte en 2016 dans sa zone technique ? Vous risquez d’être un peu déçu par le flegme de Roberto Mancini. Ce samedi, on imagine parfaitement la folie furieuse qui aurait pris possession du corps de l’ancien entraîneur de l’Inter au moment de l’ouverture du score de Federico Chiesa, en forme de libération (1-0, 95e). «Mancio», lui, a simplement serré le poing, s’est retourné vers ses adjoints extatiques avant d’exulter de manière mesurée.
TIMING PARFAIT
Convaincu, il fallait l’être dans les derniers hectomètres d’une rencontre qui devenait de plus en plus irrespirable pour la Squadra Azzurra à Wembley. Face aux guerriers autrichiens, de plus en plus menaçants, Mancini a gardé sa ligne de conduite. Pas d’improvisation mais une partition jouée juste, jusqu’au coup fatal. « On savait que c’était un match qui réserverait beaucoup de pièges, et j’avais même dit avant le match qu’il serait presque plus difficile que le quart, car l’Autriche est peut-être une équipe moins bonne (que la Belgique ou le Portugal), mais elle est extrêmement difficile à faire plier, a-t-il analysé après coup. Si on avait marqué en première période, cela aurait donné un autre match. Mais on a dû puiser dans nos réserves ».
Dans sa réserve plutôt. Car c’est du banc de touche que cette qualification a fini par arriver. « Verratti et Nicolo Barella étaient fatigués, ils baissaient de régime parce qu’ils ont beaucoup couru, a-t-il encore détaillé. Ils ont été très bons en première période en courant partout pour faire le pressing, c’était normal qu’ils en ressentent les effets ». Comme aux échecs, Mancini a tout préparé minutieusement.

31E MATCH SANS DÉFAITE
« Il n’est jamais trop tard pour entrer, a d’ailleurs remarqué Chiesa après coup, pas rancunier malgré son statut de joker discuté. Le mérite en revient au coach car nous sommes toujours prêts, il s’agit d’un groupe de 26 professionnels ». « Les joueurs qui sont rentrés ont été brillants et nous ont aidés à changer le cours du match », lui a répondu Mancio qui s’inscrit au passage un peu plus dans l’histoire de la Nazionale.
Avec un 31e match de rang sans défaite à la tête de l’équipe italienne, l’ancien coach de Manchester City a battu le record d’invincibilité national, datant de plus de 80 ans, avec les 30 matches sans défaite sous les ordres de Vittorio Pozzo, entre 1935 et 1939. Oui, le même Pozzo qui avait guidé la Squadra sur le toit du monde en 1934 et 1938. Forcément, l’héritage est un peu lourd à porter.
Mais, bien aidé par un statut d’outsider qui sied parfaitement à ses troupes, Mancio refuse de s’enflammer. « Un match aussi difficile peut nous faire du bien », a-t-il seulement admis, avant de se projeter sur le choc attendu contre la Belgique ou le Portugal, « deux équipes extraordinaires, difficiles… ».
Au fond, l’essentiel est ailleurs. L’Italie a réussi son Euro, dans les faits et dans les objectifs fixés au départ. La Botte est réunifiée par l’amour portée à cette équipe mais tout le monde refuse de succomber à une forme d’euphorie. Mancini en est le parfait symbole. Sa dernière défaite remonte désormais à septembre 2018.
A l’échelle mondiale, le record d’invincibilité est de 35 matches, codétenu par l’Espagne (2006-09) et le Brésil (1993-96). Il reste 4 matches pour y parvenir. Seulement deux pour arriver en jusqu’en finale. Et trois pour grimper sur le toit de l’Europe. Ce serait bête de s’arrêter en si bon chemin… n