La finance islamique, d’après l’expert de l’université de Strasbourg, Mohamidi el Bachir, n’est pas un produit purement religieux mais une industrie basée sur une logique professionnelle et contractualisée.

Ce qui appelle à un mode d’emploi et à un système de gouvernance spécifique à ce type de finance. Dans un colloque international parrainé par le Haut Conseil islamique, hier au Centre international des conventions, sur les modes opératoires de la finance islamique, il a indiqué que ce système de gouvernance garantit aux clients la conformité des contrats et des cahiers des charges. Ce système consiste, poursuit-il, en la mise en place d’un organe chargé de la supervision et de la conformité des contrats qui soit indépendant et externe aux banques pour ne pas tomber dans des situations de conflit d’intérêts. «Il faut savoir aussi que l’établissement de contrats entre les différents acteurs concernés par la finance islamique est essentiel. Nous avons identifié trois types de contrats pour la finance islamique, celui de la solidarité, le contrat participatif basé sur le partage des risques, et celui des échanges basé sur le transfert des propriétés de biens», explique-t-il. Maintenant que la réglementation 02-18 relative à la finance islamique est publiée au Journal Officiel, il faut passer aux mécanismes d’application et de mise en œuvre, estime le président du Haut Conseil islamique (HCI), Bouabdallah Ghllamallah. «Ces mécanismes sont nécessaires pour les banques qui sont en train d’ouvrir des fenêtres de la finance islamique. Ils leur permettront de prendre en charge la demande, en croissance, sur les produits de la finance islamique», dit-il, signalant que le projet du comité charéatique de la finance islamique a été soumis récemment à la Banque d’Algérie. Un projet, rappelle-t-on, qui est stipulé dans la réglementation 02-18. L’économiste Kamed Rezig a jugé, quant à lui, nécessaire de former les commissaires aux comptes sur la finance islamique afin qu’ils puissent prendre en charge et certifier la comptabilité établie selon les principes de cette dernière. «La réglementation 02-18 stipule que les banques sont obligées de prendre en charge deux comptabilités distinctes. Celle de la finance conventionnelle et celle de la finance islamique. Le HCI ou le Conseil national de la comptabilité (CNI) sont habilités à proposer des formations spécifiques pour les commissaires aux comptes», estime-t-il, assurant que le nombre de cadres dans la finance islamique est en hausse. Surtout, rapporte-t-il, que durant l’année universitaire 2019-2020, l’université de Blida compte ouvrir deux licences, une spécifique à la finance islamique et une autre à l’assurance takaful. Par ailleurs, il a fait part de la nécessité d’amender l’article du code de commerce relatif aux sukuk. «Si les entreprises publiques ont le droit d’émettre des sukuk, ce n’est pas le cas des entreprises privées. Or, si on veut aller vers une véritable inclusion financière, il est impératif d’amender cet article», conclut-il. n