A quelques semaines de la rentrée scolaire, le ministère de l’Education nationale a publié la liste officielle des fournitures scolaires des trois cycles de l’enseignement pour l’année 2022-23 dans le cadre de la mise en œuvre des mesures visant à alléger le poids des cartables et de la rationalisation des achats des fournitures scolaires», a souligné le communiqué du ministère.

Par Sihem Bounabi
Il est également précisé que cette liste est établie selon «les exigences des programmes d’enseignement de chaque niveau et filière pour le cycle secondaire, en tenant compte des dimensions pédagogique et sociale», d’une part, et «de la dimension sanitaire de prévention des dommages pouvant affecter la santé des élèves», d’autre part.
Il s’agit ainsi de «rationaliser l’utilisation des fournitures scolaires, notamment des cahiers, dont une grande partie reste inutilisée à la fin de l’année», et «à réduire le coût de ces fournitures», souligne également le communiqué.
La question de la flambée des prix des fournitures scolaires a, en effet, fait couler beaucoup d’encre ces dernières semaines suite à l’augmentation de près de 10% pour la plupart des fournitures qui a quasiment doublé la facture.
Ceux qui tirent leur épingle du jeu, ce sont les parents d’élèves de première année primaire. La liste a été réduite à 2 cahiers de 64 pages, 1 cahier de dessin, 3 protège-cahiers et les incontournables ardoise, trousse avec stylos, crayons et gomme…
Mais le nombre de cahiers et autres fournitures augmentent au fil des classes du primaire pour atteindre pour un élève de 5e Année Primaire, 8 cahiers de 64 pages, 3 cahiers de travaux pratiques de petit format et 11 protège-cahiers.
Ainsi, si pour un élève de première année primaire, le budget des fournitures tournent autour de 700 DA et peut facilement grimper à 3 000 DA en 5e Année primaire.
Pour les collégiens, même si le ministère a banni les fameux cahiers de 288 pages pour les matière principales et opter pour les cahiers de 120 pages et 96 et 32 pages pour les autres matières, la facture tourne en moyenne autour de 3 500 DA en comptant stylos, crayons et autres… sans compter la fameuse calculette électronique exigée au CEM.
Pour les lycéens, les listes diffèrent selon les filières mais les cahiers de 288 pages s’imposent pour les matières principales sachant qu’ils sont passés de 160 à 280 DA, ajouter à cela plusieurs autres cahiers de 120 et de 96 pages, la facture peut facilement monter autour de 5 000 DA.
Même munis de la liste publiée par le ministère de l’Education nationale, les parents aux revenus moyens ou modestes mènent un véritable travail de prospection pour dénicher les fournitures scolaires aux meilleurs prix.
En effet, si au cœur d’Alger toutes les dimensions des cahiers existent dont les prix ont doublé, dans la périphérie d’Alger, il faut faire plusieurs librairies pour enfin trouver des cahiers de 96 et 120 pages, car les nouveaux stocks ne sont pas arrivés pour tout le monde.
Ainsi dans une boutique spécialisée dans les fournitures scolaires, le gérant attend toujours la nouvelle commande pour la rentrée scolaire, et tente de rassurer les clients que les cahiers seront bien là pour la rentrée. Il n’y a pas de pénuries mais les fournisseurs les ont déjà avertis d’une forte augmentation des prix.
Qu’à cela ne tienne, un père de famille, avec deux enfants scolarisés, l’un au collège et l’autre au lycée, se rabat sur les cahiers de 288 et 192 pages disponibles ainsi que les registres à 3 mains disponibles avec les anciens prix. Interrogés que ces achat ne correspondent pas au listes établies par le ministère de l’Education nationale, il réplique : «Je ne fais pas trop confiance à cette liste car l’année passée, je m’étais basé sur cette liste et finalement les enseignants ont gardé les anciennes habitudes des gros cahiers et des registres, car c’est plus pratique d’avoir un seul cahier pour toute l’année qu’un cahier par trimestre». Il ajoute également : «Je viens de dépenser 7 000 DA rien que pour les cahiers parce que le vendeur est honnête et a gardé les anciens prix car c’est son ancien stock. Dans un autre magasin, j’ai failli dépenser le double, le gérant ayant augmenté les prix alors que c’était son ancien stock, sans compter qu’il lui manquait des modèles de cahiers. Je préfère anticiper car mes finances ne me permettent pas de débourser 14 000 DA rien qu’en cahiers.»
Une mère accompagnée de deux collégiennes a également opté pour l’achat des cahiers et registres. «J’avais un budget pour l’ancien stock avant l’arrivée du nouveau stock dont les prix ont doublé. Je viens dépenser 5 000 DA pour les cahiers et autres fournitures, même si c’est cher et que j’ai remplacé les cahiers de 120 pages par ceux de 192 pages, je suis plus tranquille. Dans l’autre magasin, ma facture aurait rapidement doublé et j’aurais certainement dû payer plus de 10 000 dinars pour les deux.» Elle se désole également de l’augmentation des prix des tabliers et des cartables : «Sincèrement, je plains les parents qui ont trois ou quatre enfants scolarisés avec les nouveaux prix qui ont doublé. C’est impossible d’assurer une bonne rentrée à ses enfants avec une telle cherté».
Pour rappel, l’Organisation algérienne du protection et d’orientation du consommateur et son environnement (APOCE) avait déjà tiré la sonnette d’alarme dans un post sur sa page officielle sur la flambée des prix des fournitures scolaires qui ont atteint un taux de 150% à 250%, citant notamment l’exemple du prix d’un cahier de 96 pages, passé de 95 à 145 DA. L’APOCE avait ainsi lancé un appel aux pouvoirs publics afin d’intervenir rapidement pour trouver des solutions à cette flambée des prix qui ne touche pas au pouvoir d’achat des seuls citoyens aux revenus.
Face à cette situation désastreuse, le ministère du Commerce et de la Promotion des exportations avait annoncé, la semaine dernière dans un communiqué publié sur sa page Facebook, la création de marchés Rahma dans toutes les wilayas en prévision de la prochaine rentrée scolaire. Ainsi depuis le 15 août a débuté le lancement de 58 marchés «Rahma» dédiés aux fournitures scolaires, proposant une large gamme de produits scolaires à bas prix, selon les instructions du ministre du Commerce, qui a souligné la nécessité de redoubler d’efforts pour assurer la mise à disposition des fournitures scolaires à des prix abordables.