Le nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Hattab, a indiqué jeudi dernier que « les aides attribuées par l’Etat aux clubs professionnels de football doivent être utilisées pour la promotion de ce sport, la création d’écoles et centres de formation, l’hébergement et le transport des joueurs », selon les dispositions de la loi sur le sport 13-05 et la convention signée entre la tutelle et les clubs concernés. Est-ce à dire que le ministère de la Jeunesse et des Sports va donc sévir contre les responsables réfractaires ou est-ce simplement un avertissement pour une future application stricte de la réglementation et particulièrement la loi 13-05 du 23 juillet 2013 relative à l’organisation et au développement des activités physiques et sportives ?

En tous les cas, dans la pratique, les présidents de club donnent aux aides dégagées par l’Etat une autre destination que celle « réglementaire » sans qu’ils ne soient inquiétés pour rendre des comptes. D’ailleurs, l’aveu est même celui du ministre Hattab qui a précisé que l’Etat contribuera chaque saison à hauteur de 3 à 4 millions de dinars pour la prise en charge des jeunes catégories. Depuis le lancement du professionnalisme, en 2010, des sommes colossales ont été dégagées par l’Etat en faveur des clubs dans le cadre du processus de lancement du professionnalisme. Cet argent a été détourné dans l’impunité totale par la quasi-totalité des clubs.   Il serait donc bien temps de rendre des comptes. Mais, est-ce que le ministère enclenchera cette opération pour « sanctionner » les auteurs de ces « détournements » ? Et ce, au moment où l’on s’achemine vers la fin de la saison et tout ce que le mercato nécessiterait comme sommes « colossales »  pour les opérations des transferts des joueurs ? D’autre part, et c’est plus grave encore, depuis le lancement du professionnalisme en 2010 les clubs de football, qui devraient s’autofinancer et donc ne plus se contenter des aides de l’Etat, ne sont pas encore parvenus à le faire. Et la raison est toute simple : la non-application stricte des lois et règlements y compris par le MJS. La preuve. Aucun président de club n’a véritablement ouvert le capital pour l’entrée d’autres investisseurs dans la perspective d’améliorer leur compétitivité financière au moment où le MJS observe un mutisme total sur le sujet.
La réglementation est bien claire pour des sanctions
Pourtant, le MJS a vraiment les moyens d’intervenir pour obliger justement les clubs à ouvrir leur capital. Il se trouve que l’article 217 de cette loi 13-05 stipule qu’ « outre les dispositions prévues par la législation et la réglementation en vigueur, en cas de dysfonctionnements graves, de non-respect de la législation et de la réglementation en matière contractuelle, de gestion et de contrôle de l’utilisation des aides et subventions publiques, ou de fautes graves engageant la responsabilité du ou des dirigeants des instances de la Fédération sportive nationale ainsi que des structures qui lui sont affiliées, ou lorsque des impératifs d’ordre public et d’intérêt général le requièrent, le ministre des Sports, après avis du Comité national olympique ou du Comité national paralympique et de l’Observatoire national des sports, peut prononcer les mesures disciplinaires et/ou conservatoires  ».

2018 comme deadline pour l’autofinancement

En principe, et selon la feuille de route émise lors du lancement du professionnalisme en 2010, l’année 2018 devrait être celle où chaque club professionnel de football devra désormais compter sur ses propres finances. On se rappelle que l’ancien ministre des Sports, Mohamed Tahmi, avait rappelé, il y a deux ans, en présidant l’ouverture de la Journée d’information sur le football professionnel, organisée au stade 5-Juillet, qu’à partir de 2018 « chaque club est appelé à fonctionner selon ses moyens et ressources. L’Etat continuera à accompagner le football professionnel mais pas pour longtemps ». Les dispositions du décret 14-368 du 15 décembre 2014, fixant les conditions et les modalités de l’octroi de l’aide et de la contribution de l’Etat et des collectivités locales au club sportif professionnel, ont consacré le soutien financier étatique à travers un compte d’affectation spécial. « Mais les clubs doivent renforcer leurs capacités managériales et s’inscrire dans une logique d’autofinancement vu qu’ils sont des sociétés commerciales», avait alors ajouté Tahmi. Les clubs devraient donc chercher de nouveaux sponsors, investisseurs et partenaires économiques pour garantir leur équilibre budgétaire, garant de la pérennité. Espérons donc qu’avec cette première sortie du nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Hattab, les choses vont changer en matière de gestion financière des clubs professionnels algériens.