Deux jours après la mort de trois routiers algériens assurant la liaison entre la Mauritanie et l’Algérie, la présidence de la République a réagi par un communiqué affirmant qu’il s’est agi d’un «lâche assassinat» perpétré par une «arme sophistiquée» utilisée par des forces militaires marocaines. El Mouradia accuse les «forces d’occupation marocaines» au Sahara occidental et affirme que l’acte «ne restera pas impuni». Alger a rompu ses relations diplomatiques avec Rabat en août dernier en réaction à ses «actes hostiles» à l’Algérie. Les relations entre les deux parties ne cessent de se dégrader.

PAR NAZIM BRAHIMI
Entre l’Algérie et le Maroc, c’est l’escalade. Une ligne vient d’être franchie avec l’assassinat de trois ressortissants algériens sur la liaison Nouakchott-Ouargla, un crime qui porte la signature des forces d’occupation marocaines au Sahara Occidental, a accusé hier la Présidence de la République dans un communiqué.
Cette évolution douloureuse et violente intervient plus de deux mois après la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat.
Les rapports «belliqueux» entre les deux pays gagnent ainsi en intensité qui risquent d’élargir, pour les prochains mois, le champ de la crise. Surtout que le palais d’El Mouradia promet une riposte. L’assassinat «ne sera pas impuni», annonce la présidence de la République, qui pointe la responsabilité du Maroc.
La confirmation par Alger de ce «crime» intervient, faut-il le souligner, deux jours après les faits survenus le 1er novembre 2021 et qui ont fait couler, depuis, beaucoup d’encre sur les réseaux sociaux et susciter des réactions contrastées, alors que l’armée mauritanienne a démenti dans un communiqué qu’une telle attaque se soit produite en territoire mauritanien.
Après donc deux jours de supputations quant aux auteurs de cet acte criminel, Alger a affirmé, hier mercredi 3 novembre, que «trois ressortissants algériens ont été lâchement assassinés par un bombardement barbare de leurs camions alors qu’ils faisaient la liaison Nouakchott-Ouargla», soulignant que «plusieurs facteurs désignant les forces d’occupation marocaines au Sahara Occidental comme ayant commis, avec un armement sophistiqué, ce lâche assassinat».
«Le 1er novembre 2021, alors que le peuple algérien célèbre dans la joie et la sérénité le 67e anniversaire du déclenchement de la glorieuse Révolution de libération nationale, trois ressortissants algériens ont été lâchement assassinés par un bombardement barbare de leurs camions, alors qu’ils faisaient la liaison Nouakchott-Ouargla, dans un mouvement naturel d’échanges commerciaux entre les peuples de la région», s’est indignée la Présidence de la République.
Et de relever que «les autorités algériennes ont aussitôt pris les dispositions nécessaires pour enquêter sur cet acte ignoble en vue d’élucider les circonstances qui l’ont entouré» pour conclure que «plusieurs facteurs désignent les forces d’occupation marocaines au Sahara Occidental comme ayant commis avec un armement sophistiqué ce lâche assassinat à travers cette nouvelle manifestation d’agressivité brutale qui est caractéristique d’une politique connue d’expansion territoriale et de terreur».
Après avoir retracé les faits et salué la mémoire des victimes, la présidence n’a pas hésité à promettre des représailles.
«Les trois victimes innocentes de cet acte de terrorisme d’Etat rejoignent, en ce glorieux jour du 1er Novembre, les martyrs de la Libération nationale qui font de l’Algérie Nouvelle la citadelle des valeurs et des principes de son Histoire éternelle. Leur assassinat ne restera pas impuni», affirme la même source.
La semaine passée, Alger, par la voix de son chef de la diplomatie, est restée dans la logique de la divergence diplomatique en estimant que le Maroc est allé loin dans son complot pour déstabiliser le front interne de l’Algérie, en recourant à des groupes classés «terroristes» par l’Algérie et en se faisant assister par Israël.

«Leur assassinat ne restera pas impuni»
Le ministre des Affaires étrangères et de la Communauté nationale à l’étranger, Ramtane Lamamra, a déclaré à un média russe que «Rabat est allé très loin dans son attaque contre l’Algérie, en recourant à des individus et des groupes classés terroristes par l’Algérie». Il a également reproché au Maroc d’avoir employé des méthodes «de guerre dite de quatrième génération pour déstabiliser le front interne de l’Algérie, recourant même à l’assistance et l’aide d’Israël». Ramtane Lamamra a indiqué, par la même occasion, que l’Algérie «ne critique aucun pays lorsqu’il exerce sa souveraineté. Or, face à cet acte dirigé contre la sécurité et la stabilité de l’Algérie, nous avions appelé l’attention de tous sur la dangerosité et le caractère inadmissible de l’action entreprise par Rabat». Et de souligner que «lorsqu’on explique au Maroc par la voix de ministres, aux invités, notamment israéliens, que l’Algérie est source d’inquiétude dans la région et qu’elle s’est alliée à un autre pays (…), l’Algérie s’est trouvée dans l’obligation de riposter vigoureusement».
Sur sa lancée, M. Lamamra a mis en avant les «mensonges» des responsables marocains, estime qu’au moment où «l’Algérie a été de tout temps un facteur de stabilité et de paix dans la région, comme tout le monde le sait, la partie marocaine fait ressortir délibérément des déclarations fallacieuses sur la politique de l’Algérie et ses actions dans la région».
Le chef de la diplomatie algérienne a affirmé, par ailleurs, que le Maroc est «responsable» de l’instabilité dans la région, désormais ouverte sur l’inconnu, du fait de son occupation du Sahara occidental, son «refus» du plan de paix des Nations unies, et ses «entraves» à la solution au conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario.
«Toutes les démarches entreprises jusqu’à présent par le gouvernement marocain visent à imposer un fait accompli incompatible avec le droit international et ne remplissant pas les conditions minimales d’une coexistence pacifique entre les pays de la région, entendre par là, le peuple sahraoui frère qui a des droits inaliénables», a ajouté M. Lamamra. Dimanche 31 octobre, le chef de l’Etat a signé l’acte officiel mettant fin à l’accord liant Sonatrach à l’Office marocain de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) sur le passage par le Maroc du gazoduc Maghreb-Europe (GME) destiné à l’approvisionnement de l’Espagne en gaz algérien.
La non-reconduction de cet accord marque la fermeture de cette méga canalisation servant à l’alimentation d’une partie importante du réseau électrique marocain, une décision prise «au regard des pratiques à caractère hostile du Royaume marocain à l’égard de l’Algérie, des pratiques qui portent atteinte à l’unité nationale».

Jil Jadid condamne
La formation politique de Jil Jadid a réagi, hier, à l’assassinat de trois Algériens sur la ligne Nouakchott-Ouargla, considérant qu’il s’agit d’un «acte d’une extrême gravité».
Jil Jadid «condamne l’assassinat des trois compatriotes, qui convoyaient des marchandises pour la Mauritanie», a indiqué le parti dans un communiqué rendu public et signé de son président Soufiane Djilali. «Cette attaque qui s’assimile à un acte de guerre est d’une extrême gravité, manifestant une agressivité irréfléchie de la part d’un voisin entraîné par sa volonté expansionniste», a ajouté le parti. «Au lieu de s’investir dans le développement de son pays et pour la coopération maghrébine, le Makhzen est en train de déstabiliser toute la région en y introduisant tous les facteurs géopolitiques d’un conflit qui risque de dégénérer au détriment des peuples du Maghreb», a relevé Jil Jadid.