Par Bouzid Chalabi
Comme annoncé dans notre édition du 9 mars dernier, la Fédération nationale des boulangers, par la voie de son président Youcef Kelfat, avait décidé d’augmenter le prix de la baguette de pain ordinaire subventionné à 15 DA au lieu de 10 DA à partir du jeudi 10 mars. Une intention qui a été très vite recadrée par l’Union générale des commerçants et artisans algérien (UGCAA). C’était, samedi dernier, au tour du ministère du Commerce et de la Promotion des exportations de mettre en garde tous les boulangers qui seraient tentés de hausser le prix du pain.
Ce faisant, il nous a paru utile de connaître le son de cloche de la Fédération nationale des boulangers, après avoir clairement été averti par le ministère de tutelle contre la hausse du prix de la baguette si elle venait à être effective sur le terrain. Or, aucun interlocuteur tangible ne nous a été accessible et, en dépit de plusieurs tentatives, Youcef Kelfat est resté injoignable hier. Toujours est-il des boulangers, approchés par nos soins sur les lieux de leur activité, reconnaissent qu’«augmenter le prix de la baguette de pain sans accord de la tutelle reste un acte irréfléchi quand même cette intention est légitime compte tenu de la faible marge de bénéfice que nous tirons de notre activité et qui de surcroît a encore décliné par l’effet de la montée des prix de certains intrants indispensables pour faire du pain, notamment la levure, passant récemment de 300 DA à 600 DA le kilo. Ajoutez la prestation de service des ouvriers boulangers de plus en plus chère». Toujours dans ce même sillage, un de nos locuteurs, artisan boulanger depuis plus de 25 ans, installé dans la commune de Bachdjarah, à l’est d’Alger, semble plutôt dubitatif, arguant que «les deux nouvelles dispositions, soit de nous soumettre à un impôt unique de 5% sur le bénéfice et non pas sur le chiffre d’affaires et une réduction des charges de consommation d’électricité, sont certes des acquis, mais qui restent grandement insuffisantes par le fait que notre doléance prioritaire est la revue à la hausse de notre marge bénéficiaire qui jusqu’ici semble mise au second plan. Ce que certains d’entre nous n’arrivent pas à admettre, les poussant à prendre l’initiative d’augmenter le prix de la baguette de pain ordinaire subventionné à l’insu de toute décision officielle». Un autre boulanger nous a avoué : «J’ai été tenté d’augmenter le prix à partir de ce jeudi, comme décidé par notre fédération, mais je me suis rétracté préférant encore patienter.» On apprendra qu’ils sont nombreux à ne pas être passés à l’acte, confortant de la sorte la tenue dans les prochains jours d’une réunion au niveau du ministère du Commerce pour examiner la question de la réduction de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et des droits de douanes sur certains intrants (levure et améliorants). Si cela venait à être décidé, ce serait deux autres acquis pour les boulangers. Du coup, la grogne dans cette profession pourrait baisser d’un cran dans l’attente que leur problématique cruciale, à savoir la revue à la hausse de leur marge bénéficiaire, puisse trouver enfin une solution à même d’éclairer leur horizon professionnel.
En résumé, une prise en charge sérieuse de la doléance principale des boulangers pour, enfin, les faire sortir du pétrin dans lequel ils sont depuis des années.