Par Fayçal Djoudi
Les droits de trafic entre la France et l’Algérie attisent les convoitises des compagnies aériennes. Transavia, filiale low-cost d’Air France, ambitionne de récupérer le réseau algérien d’Aigle Azur. Le malheur des uns fait le bonheur des autres. Alors que le tribunal de commerce a prononcé la liquidation définitive d’Aigle Azur, plusieurs compagnies aériennes sont déjà tournées vers la prochaine étape du démantèlement du transporteur : la redistribution de ses slots, ou autorisations d’atterrissage ou de décollage, à l’aéroport français d’Orly, explique le JDD. Les créneaux horaires sont en effet très disputés sur les grandes plateformes aéroportuaires et rares sont ceux qui se libèrent. Outre les précieux créneaux horaires de décollage à Orly, une autre pépite de la compagnie française liquidée suscite les convoitises : les droits de trafic (autorisations de vols) entre la France et l’Algérie, un marché juteux sur lequel Aigle Azur était le principal intervenant français avec plus de 30% de parts de marché, contre 8% par exemple pour Air France. D’ailleurs, la présidente et directrice générale de la filiale à bas coûts du groupe aéronautique Air France, Nathalie Stubler, a affiché, hier, au micro d’Europe 1 ses ambitions de développement de sa compagnie. Elle a fait part de son projet de récupérer les destinations des compagnies françaises qui ont disparu du paysage du transport aérien, notamment celles d’Aigle Azur. «Nous avons déjà des routes au départ de Nantes et Lyon vers l’Algérie, donc Transavia se positionnera pour obtenir ces droits de trafic des autorités», a-t-elle indiqué, ajoutant être «davantage intéressés par le réseau d’Aigle Azur, car XL Airways est une compagnie long-courrier». La compagnie a fait voyager 6 millions de passagers de janvier à septembre 2019, soit une évolution de 10%. Pour rappel, cette annonce intervient à peine une semaine après que Transavia a obtenu l’abandon du quota de 40 avions qui l’empêchait de se développer. Cette limitation avait été établie dans un accord de 2014 afin de limiter le transfert d’activité d’Air France-KLM vers la compagnie low-cost, à la suite d’une très longue grève.
XL Airways à terre
Le tribunal de commerce de Bobigny a prononcé la liquidation judiciaire de la compagnie aérienne française XL Airways, une semaine après la liquidation d’Aigle Azur (1 150 salariés). Ses 570 salariés vont recevoir dans les prochains jours leurs lettres de licenciement. Dans un communiqué, le P-DG de l’entreprise a exprimé sa «rage» et appelé l’Etat à agir pour éviter de voir les fermetures se multiplier. La compagnie, connue pour ses billets bon marché pour les États-Unis et les Antilles, n’a pas trouvé de sauveur crédible. Étrangement, le repreneur fantôme d’Aigle Azur au tribunal d’Évry, Gérard Houa, avait tenté sa chance avec une offre de dernière minute sur XL Airways à Bobigny. Mais «l’actionnaire putschiste» d’Aigle Azur n’a pas apporté au tribunal de commerce les preuves du financement promis, estimé à 30 millions d’euros.
L’homme d’affaires franco-chinois qui a, pendant des années, représenté en France le conglomérat chinois HNA – le principal actionnaire d’Aigle Azur – proposait de garder deux des quatre avions de XL et la moitié du personnel, et de prolonger des liaisons vers la Chine. Il aurait alors nommé aux commandes Philippe Bohn, son coéquipier de l’aventure Aigle Azur. Ce dernier n’a pourtant qu’une expérience limitée – et malheureuse – à la tête d’Air Sénégal.<