La libération inattendue de la militante de RAJ, Sabrina Malek, aura suscité une grande joie et une raison d’espérer le même sort pour les autres détenus. Mais les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette relaxe laisse interrogateurs sur les tenants et aboutissants de telles arrestations. La procédure de présentation de la militante devant la justice n’a tout simplement pas eu lieu. Interpellée lors du vingt-huitième vendredi, à Alger, en possession du drapeau amazigh, la militante de RAJ a été convoquée pour être présentée devant le procureur de la République de Sidi M’hamed. Ce dernier a classé l’affaire sans poursuite ni procédure.
Cette manière de procéder aura ainsi décontenancé les avocats, qui n’avaient pas d’explications à donner concernant une relaxe qui sort du cadre des procédures. Mais ce fait s’explique probablement par la prépondérance du politique sur les aspects purement judiciaires dans ces affaires de détenus pour port de drapeau amazigh.
Il est évident que des instructions ont été données quelque part afin de libérer la détenue dans un but évident de détente. Le contexte politique particulièrement sensible pouvant bien évoluer, notamment à l’occasion d’une rentrée sociale de toutes les interrogations. Les poursuites engagées à l’encontre des manifestants ayant brandi l’étendard amazigh auront, en effet, compliqué une crise politique qui se serait bien passé de cette «évolution». La revendication de la relaxe des manifestants n’a jamais été prise en considération par le pouvoir. Le ministre de la Justice avait déclaré, lors de son discours du 29 août à la Cour de Ouargla, que les jugements et les décisions judiciaires sont du ressort du juge en son âme et conscience. Une juge d’Annaba avait acquitté un détenu poursuivi pour les mêmes accusations, soit le port du drapeau amazigh et l’atteinte à l’unité nationale. Nadir Fetissi, contre lequel le Procureur près le tribunal d’Annaba avait requis une peine de dix ans de prison ferme pour port du drapeau amazigh, a été acquitté le 8 août. Une décision qui ne fera pas jurisprudence. La justice algérienne, qui se distingue depuis l’éclatement de la crise algérienne par un activisme remarqué, notamment concernant de hautes personnalités politiques et des hommes d’affaires, semble quelque peu embarrassée sur cette question des internés du Hirak que certains n’hésitent pas à qualifier de détenus d’opinion. Il reste particulièrement étonnant que les porteurs du même drapeau ne sont pas incriminés dans certaines villes du pays alors que la loi est censée s’appliquer de la même manière sur tout le territoire national. Quelques dizaines d’autres détenus, poursuivis pour le même chef d’accusation, demeurent toujours incarcérés, principalement dans la prison d’El Harrach depuis fin juin. Leur relaxe mainte fois évoquée par l’Instance de médiation et de dialogue de Karim Younès, notamment au début de son action, n’a jamais été concédée. <