Les pics des contaminations qui continuent de rythmer cette troisième vague de la pandémie de Covid-19 accentuent chaque jour un peu plus la pression dans les hôpitaux, à telle enseigne que le gouvernement a décidé de réquisitionner des structures hôtelières dans les grandes villes du pays pour leur venir en renfort.

PAR INES DALI
La première illustration de cette opération a été dans la capitale qui reste en tête des wilayas impactées par une forte hausse des infections au nouveau coronavirus, et notamment son variant Delta qui fait rage et n’épargne aucune tranche d’âge ni aucune catégorie de la population, ce qui n’a pas manqué de provoquer une ruée sur la vaccination.
A cet effet, le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, a supervisé, avant-hier lundi, la première opération du genre qui permettra «d’atténuer la pression enregistrée au niveau des hôpitaux et sur les personnels médicaux en raison de la hausse du nombre des cas, et permettra de faciliter la prise en charge des patients». L’affectation de structures hôtelières aura également lieu dans les autres grandes villes du pays qui connaissent une forte affluence des personnes atteintes, a-t-il annoncé.
C’est l’hôtel Mazafran qui a été choisi pour cette première opération. Il permettra de soulager pas moins de cinq hôpitaux d’Alger, à savoir Nafissa-Hamoud (ex-Parnet), Lamine Debaghine (Ex-Maillot), ainsi que les hôpitaux de Béni Messous et de Douéra et, bien sûr, le Centre hospitalo-universitaire Mustapha-Bacha. L’hôtel Mazafran est doté de «712 lits répartis sur 446 chambres qui ont été affectés aux patients Covid-19 ayant achevé la première phase de soin au niveau des hôpitaux de la capitale et ayant besoin d’appareils de respiration pour terminer leur hospitalisation. Les chambres ont été dotées de tous les équipements médicaux, appareils de respiration et concentrateurs d’oxygène, en sus de l’aménagement d’un pavillon pour le personnel médical.
Cette opération de transformer les structures hôtelières en structures d’accueil des malades Covid s’inscrit dans le cadre de «l’application des instructions fermes du président de la République, notamment celles données dimanche dernier, lors de la réunion périodique du Conseil des ministres», a souligné M. Benabderrahmane, tout en rappelant qu’elle cette intervient, également, dans le cadre des efforts consentis par l’Etat en vue de soutenir et d’équiper les hôpitaux, parallèlement aux différentes autres mesures de riposte à la Covid-19.

Plus de 10.000 concentrateurs d’oxygène acquis
S’exprimant sur les équipements nécessaires pour l’oxygénothérapie, en sus de l’oxygène dont la consommation a connu un véritable boom, le Premier ministre a indiqué que «l’Etat a mobilisé tous les équipements médicaux nécessaires et acquis des milliers de concentrateurs d’oxygène mis à la disposition du ministère de la Santé», ajoutant que «le premier lot de concentrateurs est arrivé dimanche soir à Alger, en attendant la réception, dans les prochains jours, d’autres lots». Au total, ce sont plus de 10.000 concentrateurs qui ont été acquis. Le premier lot réceptionné dimanche est composé de 1.050 unités. La réception de 9.000 autres se fera de façon graduelle durant les deux prochaines semaines.
Si l’Algérie a un besoin pressant d’aménager les hôtels en hôpitaux, d’acquérir autant de concentrateurs, d’augmenter la production d’oxygène et d’accélérer son acheminement vers les hôpitaux, c’est que la situation épidémique est bien plus grave que celle vécue lors des deux premières vagues. Elle est «gravissime», «dramatique», c’est une «véritable tempête», comme l’ont qualifiée les professionnels de la santé qui, malgré les restrictions annoncées lors du Conseil des ministres, continuent de réclamer un confinement avec des mesures encore «plus strictes», au vu de l’ampleur du nombre des cas confirmés, des décès et des malades ayant besoin, au quotidien, de grandes quantités d’oxygène pour survivre.

«Les chiffres quotidiens sont à multiplier par…30» !
Les chiffres annoncés par le ministère de la Santé sont loin de la réalité du terrain. Cela se confirme tous les jours au vu de l’affluence dans les hôpitaux et des hospitalisations qu’ils ne peuvent plus assurer, ce qui a conduit bon nombre de malades à se soigner chez eux. Le variant Delta y est pour beaucoup, car se caractérisant par une très rapide propagation et une forte contagiosité. Il représente désormais bien plus que les 71% de l’ensemble des cas de transmission, ce taux ayant été arrêté au 15 juillet.
Le Pr Réda Djidjik, chef de service immunologie au CHU de Béni Messous est revenu, encore une fois, sur les chiffres quotidiens. Il confirme, si besoin est, que ce ne sont que les cas des tests RT/PCR positifs déclarés au ministère de la Santé.
Il va plus loin en estimant qu’en l’état actuel de la situation épidémiologique, ces chiffres sont à multiplier par… 30 ! «Vu la hausse actuelle et la hausse des cas, je pense qu’il faut maintenant multiplier les chiffres officiels par 30 pour avoir une idée réelle des contaminations quotidiennes», a-t-il déclaré. «Probablement, nous sommes aujourd’hui à 25.000 ou 30.000 cas par jour, ce qui explique un peu la saturation des hôpitaux.
Et sur les 25.000/30.000 cas, probablement 1 à 3% nécessitent une hospitalisation, une réanimation ou un besoin d’oxygène», a-t-il alerté.
Selon lui, pour stopper «le pic qui est très aigu, il faudrait arrêter toutes les activités et regroupements, faire un confinement strict pour pouvoir stabiliser cette vague, désengorger les hôpitaux et les laisser travailler sereinement». Et au Pr Djidjik de conclure : «Je pense qu’aucun système de santé, aucun pays au monde ne peut faire face à une vague telle que nous sommes en train de subir. Il faut un confinement strict pour casser la chaine de transmission du virus, en plus de la vaccination massive».
Ces appels à la vaccination massive, auxquels s’est joint le Premier ministre en invitant de la population à aller en masse recevoir l’antidote, ont finalement été entendus par une bonne partie les citoyens.
Après une certaine hésitation, ils se présentent ces derniers jours très tôt le matin au niveau des vaccinodromes. Le hic, c’est qu’ils sont si nombreux qu’ils risquent de se faire contaminer sur place s’ils ne prennent pas toutes les précautions nécessaires, surtout en cette période de pic et de grande circulation du variant Delta à propos duquel le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, a mis en garde, affirmant qu’il n’épargne personne. «On a eu des décès parmi des jeunes et même des athlètes en pleine forme et qui ne souffraient d’aucune maladie», a-t-il révélé.

Levée du confinement obligatoire pour les voyageurs arrivant de l’étranger
Parmi tout ce fatras de nouvelles anxiogènes, il y en a une qui est de nature à mettre du baume au cœur des voyageurs venus de l’étranger. Il s’agit de la levée du confinement obligatoire de 5 jours pour les personnes arrivant en Algérie en provenance de l’étranger, a annoncé le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales. Les personnes accédant au territoire national devront se soumettre à deux conditions. La première est la «présentation d’un test RT/PCR négatif de 36 heures» et la deuxième est la «réalisation d’un test antigénique à l’arrivée». La mise en œuvre de la mesure relative à la levée du confinement obligatoire de 5 jours est immédiate, a précisé le ministre de l’Intérieur dans un communiqué. Une mesure bien sûr qui intervient également pour libérer les hôtels destinés aux malades Covid.
Par ailleurs, concernant l’approvisionnement des 35 wilayas touchées par le confinement partiel, le ministre du Commerce a tenu une réunion par visioconférence avec les cadres du secteur pour leur annoncer la reconduction des mesures prises pendant le confinement de 2020. Il les a instruits de l’obligation d’assurer l’approvisionnement du marché en produits de première nécessité et de large consommation au niveau des wilayas concernées.