Du nouveau pour les retraités. Après une attente qui aura duré près d’une année, la revalorisation de la pension de retraite au titre de l’année 2021 aura enfin lieu. Elle sera accompagnée également par une revalorisation au titre de l’année en cours, selon le communiqué du Conseil des ministres.

PAR INES DALI
«Le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a présidé, dimanche, une réunion du Conseil des ministres au cours de laquelle il a donné des instructions au gouvernement pour augmenter les pensions de retraite au titre des années 2021 et 2022», peut-on lire dans le communiqué sanctionnant ladite réunion. Concernant les revalorisations, il est précisé qu’il s’agit d’opérer une augmentation de 10% pour les pensions de retraite inférieures ou équivalant à 15.000 DA, de 5% pour les pensions comprises entre 15.000 DA et 20.000 DA, de 3% pour celles comprises entre 20.000 DA et 43.000 DA et, enfin, une hausse de 2% est prévue pour les pensions de plus de 43.000 DA, selon le même communiqué.
Cette annonce était certainement très attendue, car venant rectifier une omission envers les retraités qui représentent une catégorie vulnérable de la société, notamment devant le pouvoir d’achat qui n’a cessé de se dégrader. Cela d’autant que la revalorisation à laquelle ils ont généralement et normalement droit chaque année n’a pas été honorée durant l’année dernière. Une situation que n’a pas cessé de dénoncer l’Organisation syndicale des retraités algériens (OSRA) – pas encore enregistrée – à travers de nombreux communiqués dans lesquels elle faisait montre de son indignation devant le traitement réservé aux retraités qui restaient dans «l’attente vaine du versement de la revalorisation pour l’année 2021 et du rappel y afférant».
Les choses semblent aller maintenant de l’avant, mais l’Organisation syndicale dit qu’elle s’attendait à un meilleur résultat après une si longue attente et dans la conjoncture actuelle. Contacté à propos de la nouvelle annonce, le chargé de l’organique de l’OSRA, Bachir Hakem, affirme que le constat auprès des retraités est que «c’est une déception totale». La raison est que les retraités s’attendaient à «une révision conséquente de la revalorisation annoncée en mai 2021 par le ministre vu qu’elle ne répondait pas à la chute vertigineuse de leurs pouvoirs d’achat et à l’inflation galopante». Il poursuit que les retraités et OSRA qui ont pris leur mal en patience se voient annoncer «des miettes pour cette revalorisation».
Conseil national d’Osra en mai prochain
«Après une patience de plus de onze mois, voilà que le gouvernement annonce une révision des pensions qui ne répond nullement ni aux attentes des retraités ni à celle de leur pouvoir d’achat. L’inflation est à plus de 30% et on nous distribue des miettes pour chaque pension. Nous avons remarqué que le gouvernement reconnait qu’il existe des pensions de moins de 15.000 DA et ces pauvres retraités verront leur pension révisée pour atteindre au maximum 16.500 DA pour ceux qui touchent 15.000 DA», a expliqué M. Hakem, tout en soulignant que plus de 2 millions de retraités touchent moins de 30.000 DA. «Pour ceux qui touchent 8.000 DA, l’augmentation maximale est de 800 DA, alors que ceux qui touchent une pension de plus de 400.000 DA, l’augmentation est de plus de 8.000 DA. Donc les 2/3 des retraités auront une augmentation mensuelle de moins de 1.290 DA qui ne correspond même pas à 1 kg de viande ovine», a encore détaillé M. Hakem, annonçant qu’OSRA discutera toutes ces questions lors de son conseil national après le ramadan.
Après avoir fait ce comparatif, il affirme espérer que «le gouvernement revoit sérieusement la revalorisation de l’année 2021 (mai 2021-avril 2022) et annonce une revalorisation plus respectable et conséquente pour l’année 2022 (mai 2022 – avril 2023) qui reflète la chute du pouvoir d’achat du retraité et de l’inflation galopante en Algérie».
A la question de savoir pourquoi la revalorisation prévue à partir de mai 2021 n’a pas été versée, le responsable de l’organique de l’OSRA répond dans le sens que la seule explication est que celle-ci comprise entre 2 et 7% n’était pas adéquate, mettant en cause le conseil d’administration de la Caisse national de retraite (CNR) «Il est inadmissible que 2/3 des retraités touchent encore moins de 30.000 DA et la commission propose des revalorisations comprises entre 2 et 7%. Donc notre avis est que le gouvernement n’a pas osé appliquer cette revalorisation», a-t-il noté. «Mais la nouvelle application entre 2 et 10% ne correspond pas aux attentes alors que le pétrole est à plus de 100 dollars. Partout dans le monde, les revalorisations sont calculées selon le pouvoir d’achat et l’inflation, donc si le conseil d’administration tient compte de cela, alors nous tenons l’opinion publique pour témoin : est-ce que l’inflation n’est comprise qu’entre 2 et 10% ?».
Concernant l’abattement de l’IRG, beaucoup avaient attesté ne pas avoir été touchés par cette mesure. M. Hakem rectifie en expliquant que «les retraités ont eu droit à l’abattement de l’IRG, mais ceux qui en ont bénéficié sont ceux qui touchent plus de 30.000 DA et comme les 2/3 des retraités (2 millions sur 3 millions) ont une pension inférieure, alors beaucoup pensent que le nouveau barème de l’IRG n’a pas été appliqué. Donc là aussi, il y a une grande injustice, car plus la pension est grande plus l’abattement est grand».
En tout état de cause, les retraités lancent un appel à la plus haute autorité du pays. Ils «demandent au président de la République d’abolir l’IRG pour les retraités et d’intervenir pour que les retraités, surtout les moins de 30.000 DA, bénéficient d’une augmentation de leurs pensions», selon le responsable d’OSRA. Il a rappelé que la plupart des retraités de la CNR ne touchent que 80% de leur salaire avant d’estimer qu’ils sont doublement pénalisés, car «d’un côté, ils perçoivent 80% de leur salaire et, de l’autre, ils obéissent au barème de l’IRG», ce qui l’amène à conclure que «pour les retraités, la seule solution pour corriger ces injustices est l’intervention du président de la République». OSRA a contenu le mécontentement des retraités depuis sa naissance en juillet 2021 jusqu’à aujourd’hui sans que leurs revendications ne soient exaucées, a tenu à rappeler son responsable. n