La filière portuaire algérienne fait à nouveau parler d’elle, relançant le vieux débat sur la difficulté de gestion de ses infrastructures et services et la gêne que ces problèmes posent aux opérations de commerce extérieur. Au constat de la situation actuelle liée à la décision de fermer tous les ports secs et à l’effet d’engorgement produit sur les ports humides, celui d’Alger en particulier, où le flux des marchandises reste le plus important, s’ajoutent également les questions sérieuses sur la pertinence des réformes et investissements engagés dans le secteur au tournant des années 2000.

Par Halim Midouni
Selon un opérateur, tout semble avoir été fait suite à « une mauvaise interprétation » de la décision du chef de l’Etat d’ordonner, en juin 2020, la fermeture des ports secs non autorisés. « A moins de n’avoir pas du tout compris la donne, M. Tebboune n’a pas demandé la fermeture totale et brutale de tous ces ports, il a demandé d’opérer de manière sélective et de façon à ce que les aires de stockage et d’emmagasinage hors-la-loi soient fermés », dit-il.
« Il semble bien que la situation qui prévalait dans de nombreux ports secs a incité les pouvoirs publics à précipiter leur fermeture. Dans ces enceintes, il n’y avait ni gestion normalisée ni respect des critères. C’est ce qui a sans doute poussé les Douanes à agir de la sorte », estime le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal). Ali-Bey Nasri, dont l’association s’est montrée durant ces dernières années très critique de la gestion des ports secs, explique que « dans certaines de ces aires, la spéculation était reine. La tarification qui y était pratiquée ne respectait pas celle fixée par le ministère des Transports et des opérateurs étaient obligés de payer au prix fort la journée de séjour de leurs marchandises ».
Pour le président de l’Anexal, c’est « ce contexte, qui a longtemps perduré, qui est à l’origine d’une décision de fermeture qui fait débat aujourd’hui et complique la gestion de la filière portuaire » dans notre pays. Selon M. Nasri, qui précise que son association n’a pas demandé la fermeture, mais l’assainissement de la gestion des ports secs, l’opportunité a peut-être été ratée, en 2011, lorsque son association et d’autres acteurs du commerce extérieur ont fait aux pouvoirs publics de l’époque la proposition de créer un conseil national des chargeurs pour régler « comme partout dans le monde » les problèmes liés aux transports, de les rationaliser et de maîtriser leurs coûts. « Ce projet, qui aurait été le lieu de concertation et d’anticipation des gestionnaires des ports, des opérateurs, des compagnies maritimes, des opérateurs en douane, des transitaires et des services de sécurité, a été oublié. On se retrouve aujourd’hui dans une situation de quasi saturation des ports humides. »
Pour Djelloul Aouidette de l’Union nationale des transitaires et commissionnaires en douane agréés algériens, « la fermeture des ports secs s’est manifestement faite sans étude d’impact ni anticipation des conséquences que cette décision allait engendrer sur les opérations de réception, de traitement et de dédouanement. On constate qu’au port d’Alger, par exemple, les Douanes ont renforcé leur personnel et travaillent même le samedi. Mais cela semble insuffisant face à la pression accrue du flux des marchandises. Les transitaires voient leur temps de visite et de traitement des marchandises plus étalé que d’habitude. Leurs programmations sont retardées durant plusieurs jours pour des opérations ne devant pas dépasser les 24 heures. Mais ce sont les gestionnaires des ports qui voient leurs sites saturés à 100% et qui se retrouvent en plus grande difficulté à éviter l’engorgement des produits et l’attente pour les faire sortir », souligne-t-il. « La fermeture des ports secs est venue d’un coup. Les ports humides ne suffisent pas à absorber en temps voulu toutes les marchandises qui arrivent et les problèmes se sont accumulés rapidement, pénalisant les opérateurs confrontés à des charges supplémentaires et qui payent les surestaries », ajoute-t-il.
Quid des dépôts temporaires annoncés pour soulager les gestionnaires des ports humides ? « Je n’en vois pas pour l’instant », répond M. Aouidette. « Au port, il existe deux types de marchandises, celles d’un seul client ou d’un seul propriétaire et qui doivent être obligatoirement dédouanées sur place », celles dites des « marchandises groupées ou de groupage », qui appartiennent à plusieurs opérateurs mais qui arrivent dans un seul container. Ce container, ou plusieurs, est dédouané dans des entrepôts publics. « Il en existe plusieurs dans l’Algérois », souligne-t-il. Y en aura-t-il ? « Je ne sais pas, mais je crois savoir que des décisions seront prises de concertation entre les Douanes et les gestionnaires des ports ».