La démission de l’émissaire des Nations unies en Libye, Ghassan Salamé, de son poste semble le résultat de la complexité d’un dossier devenu de plus en plus difficile à gérer.

Après près de trois ans à son poste, Salamé a annoncé sur son compte Twitter sa démission pour des « raisons de santé ». Nommé en juin 2017 par Antonio Guterres, Ghassan Salamé menait difficilement les négociations pour instaurer un cessez-le-feu durable en Libye. Cette démission intervient alors que la situation dans ce pays semble faire du surplace. Ghassan Salamé avait réussi à réunir en Suisse des représentants du GNA et de l’ALN, mais les deux camps ont suspendu leur participation. Récemment l’émissaire de l’ONU est apparu en colère contre les parties en présence qui « ne respectent pas leurs engagements ». Il a accusé les deux parties en conflit de répandre des mensonges concernant les pourparlers de Genève portant sur le choix des représentants censés prendre part à ce dialogue. « Durant presque trois ans, j’ai tenté de rassembler les Libyens, de restreindre les interventions étrangères et de sauvegarder l’unité du pays », a-t-il dit. Aujourd’hui, Ghassan Salamé, estimant avoir accompli une partie de la mission (le sommet de Berlin, la résolution 2 510 des Nations unies et le lancement des trois volets des pourparlers de paix de Genève), a déclaré vouloir exercer son droit de retrait, car « ma santé est éprouvée par le stress permanent ». Cette annonce de retrait du désormais ex-envoyé spécial de l’ONU en Libye a pris l’ONU un peu de court à New York. Ghassan Salamé a en effet informé le secrétaire général de sa démission par e-mail, et Antonio Guterres a pris connaissance de la nouvelle quasiment en même temps que les internautes. Ce qui en dit long sur les circonstances du départ de Salamé.
Le diplomate libanais a visiblement été très déçu de trois années d’efforts sans effets d’abord, avec l’annulation de la conférence annoncée en avril 2019, puis de l’après conférence de Berlin dès janvier dernier. Il faut dire que le degré d’implication de l’Union africaine a pu aussi être une source de discorde croissante entre Antonio Guterres qui lui aurait demandé de se rapprocher davantage de l’UA, alors que lui restait à distance. Si la date précise de la fin de ses fonctions officielle n’est pas encore précisée, Ghassan Salamé devrait tout de même briefer le Conseil de sécurité sur la situation en Libye la semaine prochaine. Ghassan Salamé était le sixième envoyé spécial pour la Libye.  

Impasse politico-militaire
Le départ de Salamé risque de compliquer davantage le dossier libyen. Ces deux derniers jours, Salamé a essuyé de violentes critiques de plusieurs responsables libyens, chacun l’accusant de se ranger aux côtés des adversaires. Trop de pressions, d’impuissance et de cynisme dans cette crise libyenne sans issue. La démission de Salamé est symptomatique de la complexité du dossier libyen et des laborieuses possibilités pour sa résorption.
L’impasse politico-militaire est totale avec cette fracture béante entre la Tripolitaine de Fayez Sarraj et la Cyrénaïque (Est) du maréchal Khalifa Haftar. Avant sa démission Salamé avait annoncé une nouvelle Constitution, des élections et, surtout, la réconciliation. Il démissionne alors que l’impasse reste toujours de mise. En réaction à cette démission le gouvernement libyen d’union nationale a appelé à poursuivre les efforts pour la paix en Libye.
Depuis 2015, deux autorités rivales s’y disputent le pouvoir. Entrée en principe en vigueur le 12 janvier dernier, une trêve est régulièrement violée aux portes de la capitale libyenne entre les pro-GNA et les pro-Haftar qui ont lancé en avril 2019 une offensive pour s’emparer de Tripoli.
De multiples efforts internationaux ont été entrepris, en vain jusque-là, afin de rapprocher les deux belligérants en vue de rétablir la paix dans ce pays riche en pétrole.n