C’est le branle-bas de combat au sein de la Direction des services vétérinaires (DSV) auprès du ministère de l’Agriculture et du Développement rural après la découverte, le mardi 9 février, d’un foyer de grippe aviaire de souche H5N8 dans des batteries d’élevage de poules pondeuses dans la commune de Aïn Fekroun (wilaya d’Oum El Bouaghi). Aussitôt, la DSV, selon des sources concordantes, s’est fixée comme objectif prioritaire «enrayer la diffusion du H5N8» car le virus est hautement pathogène (infectieux) et a déjà entraîné la mort de 50 000 volailles de 29 semaines. Il a été procédé à l’abattage des 12 000 volailles restantes dans les batteries d’élevage.

Il importe de savoir que les éleveurs de cette région, et ils sont nombreux, sont des plus inquiets quant au sort de leurs élevages bien que le foyer découvert concerne des poules pondeuses qui vivent immobiles. Ce qui, vraisemblablement, laisse le virus circonscrit dans les batteries. «Mais toujours est-il que les éleveurs de cette localité craignent que le H5N8 vienne affecter leur espace d’élevage et ainsi dire adieu à leurs bandes d’élevage. Mais pas seulement. C’est tout leur capital financier qu’il risque de perdre», explique Kamel Djouad, un des vétérinaires exerçant dans cette localité, approché hier par Reporters. Dans ce même ordre d’idées, il rapporte que rares sont les éleveurs qui ont souscrit une police d’assurance à même de réduire conséquemment leurs pertes financières. «Leur souhait, c’est que les vétérinaires relevant de la DSV arrivent sans délai à circonscrire le foyer de contamination. C’est leur seul espoir de ne pas se retrouver contraints d’abattre toute leur bande d’élevage à leur grand désarroi.»
Du côté de la filière avicole et à l’annonce de la découverte d’un foyer grippe aviaire, «on reste toute ouïe» sur l’évolution de la situation. C’est ce que nous a indiqué le président de cette filière Moumen Kali, contacté par Reporters sans pour autant en dire plus. Un membre du bureau de cette filière, qui a voulu garder l’anonymat, avance : «Pour l’heure, il s’agira de savoir s’il n’existe pas d’autres foyers de grippe, car c’est là toute l’inquiétude chez tous les éleveurs avicoles.» Ajoutant : «Sans tomber dans la sinistrose, imaginons que d’autres foyers soient découverts, cela va carrément plomber la filière en amont, car les éleveurs par prudence vont laisser leur batterie d’élevage vide le temps qu’il faudra. Autrement dit, jusqu’à ce que la grippe aviaire soit annihilée à travers tout le territoire national.» Un autre aviculteur contacté également confie : «En aval, la filière sera grandement impactée dans le cas où d’autres foyers venaient à décimer des batteries d’élevage, entraînant une régression de l’offre en poulet de chair dans le circuit de la commercialisation. Et par voie de conséquence directe, une flambée des prix inimaginable de la viande blanche. Mais nous n’en sommes pas là, car les services vétérinaires sont mobilisés afin d’enrayer la diffusion du H5N8.»
Cela dit, il y a lieu de préciser que l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) a été alertée le mardi 2 février 2021 par le directeur de la DSV au ministère de l’Agriculture, Ahmed Chawki Karim Boughalem, comme le stipule le règlement de l’OIE. En effet, chacun des pays membres de l’OIE se doit d’alerter ladite organisation dans les délais prescrits dès la découverte d’épizootie sur leur sol. C’est d’autant plus d’un grand intérêt car le H5N8 présente un risque élevé pour les élevages puisqu’il est particulièrement pathogène pour tous les oiseaux, des canards aux oies en passant par les poules, qu’ils soient sauvages ou non.
Pis encore. En cas d’infection, les volailles peuvent mourir en seulement quelques jours. En revanche, cette forme de grippe aviaire, issue de sous-type h5n8 de virus «influenza», n’est pas transmissible à l’homme. Et il peut donc continuer à consommer les produits carnés blancs.
Pour rappel, l’apparition de foyers H5N8 a été constatée dès l’été dernier en Russie et au Kazakhstan. L’épizootie a ensuite progressé vers l’Ouest, atteignant récemment les Pays-Bas, l’Allemagne puis, le Royaume-Uni. Depuis, une dynamique d’infection s’est emballée puisque 13 cas en faune sauvage et un foyer en élevage de poulets de chair aux Pays-Bas et 13 cas chez les oiseaux sauvages en Allemagne ont été décelés. Comme il faut savoir enfin que le 3 novembre dernier, il y a eu la découverte d’un premier foyer dans le nord-ouest de l’Angleterre». n