Le marché de la distribution du lait et de ses produits dérivés risque de connaitre dans les prochaines semaines une sérieuse perturbation, alertent les professionnels de la filière. Certains avancent même le scénario d’une pénurie qui découlerait, selon eux, d’une instruction «verbale» du département de l’Agriculture adressée aux opérateurs d’annuler leurs commandes en poudre de lait auprès des fournisseurs internationaux, une consigne comprise comme une décision de geler l’importation de cette matière première.

Par Sihem Bounabi
Dans un contexte marqué par l’enchaînement des tensions sur les produits alimentaires de base, dont le dernier en date est ce que l’on a appelé «la crise de la pomme de terre», plusieurs opérateurs économiques spécialisés dans la filière lait tirent la sonnette d’alarme sur les risques d’«une pénurie de lait sans précédent dans les commerces dans les mois, voire dans les semaines, à venir», nous a affirmé, hier, un opérateur du secteur.
En effet, selon notre interlocuteur, il y a une semaine le ministère de l’Agriculture, via la direction des services vétérinaires, a donné des «instructions verbales» «à tous les opérateurs économiques de geler les importations et d’annuler leur commande à l’international et d’instruire leur fournisseur de ne rien charger après la date du 5 novembre sous peine de leur refouler les marchandises».
L’opérateur économique tient à mettre en exergue l’incompréhension des opérateurs face à cette décision, d’autant plus qu’aucune explication «valide» ne leur a été donnée. Il tient à préciser que «ce qui nous a surpris, c’est que l’on a tous été contactés le même jour, mais lorsqu’on a réclamé un écrit officiel de la part du ministère, on nous a répondu que cette instruction ne nécessite pas d’écrit et que tous ceux qui la transgressent seront sanctionnés par le blocage de leurs marchandises au port, même s’ils disposent des fameuses dérogations sanitaires d’importation (DSI)».
Pour le moment, ils se concertent pour voir les actions à mener pour dénoncer cette situation et si certains veulent passer outre cette décision, car il n’y a aucun écrit officiel, alors que d’autres craignent que les sanctions ne soient appliquées et, qu’au final, ils se retrouvent à payer des surtaxes d’emmagasinage à cause des risques du blocage des marchandises au port.
L’opérateur spécialisé dans la filière lait tient à souligner que «la direction des services vétérinaires, chargée de transmettre verbalement cette instruction, ne réalise pas les lourdes conséquences de ce genre de décisions sur la chaîne logistique de la filière lait, ainsi que des considérations logistiques de la supply chain, à l’approche de Ramadan». Il souligne encore plus son incompréhension de ce type de décision «au moment où le monde entier se bat pour avoir un container et un booking dans un navire et charger leurs marchandises. Et au moment où toute la planète connaît une forte demande sur les matières premières qui ont connu une flambée de prix, surtout après la reprise de la demande mondiale».
L’opérateur économique dans la filière lait nous assure que si le climat de menace qui pèse sur l’importation de la poudre de lait se confirme, pour «beaucoup d’industriels cela signifie un arrêt brutal de leur approvisionnement, ainsi qu’une rupture de stock dans les prochaines semaines sur les étals des produits de première nécessité, comme le lait en poudre en étui et la raréfaction chez les commerçants des yaourts et des fromages».
Il ajoute qu’en plus des risques de l’indisponibilité du lait chez la plupart des groupes laitiers spécialisés dans la filière, cela risque inévitablement de toucher des milliers d’emplois qui travaillent dans le secteur de manière directe ou indirecte et, par conséquent, accentuer encore plus la crise sociale actuelle.