Mener une grande campagne nationale de vaccination durant une semaine ou deux n’est finalement pas suffisant. Après avoir été prolongée d’une semaine, cette campagne a été prolongée jusqu’à la fin de l’année, selon la décision annoncée par le ministère de la Santé.

PAR INES DALI
«La campagne nationale de vaccination contre la Covid-19 a été prolongée à la fin de l’année en cours, afin d’arriver à un taux de vaccination de 70% de la population permettant, ainsi, d’atteindre l’immunité collective contre ce virus et un retour à une vie normale», a précisé le ministère dans un communiqué, ajoutant que «plus d’un million de personnes ont été vaccinées durant la période allant du 4 au 9 septembre».
Ainsi, s’imposer un délai court après avoir déployé de grands moyens humains et matériels pour mener une campagne de vaccination d’envergure s’est révélé comme un obstacle que s’est imposée l’autorité sanitaire avant de rectifier cette donne. D’autant que bon nombre de personnes qui ont attrapé et souffert de la Covid durant cet été veulent bien se faire vacciner, mais ne peuvent le faire qu’après trois mois après leur rétablissement. Cette prolongation permet un accès facile à la vaccination dans toutes les régions du pays.
Mais avant que la fin de l’année n’arrive avec le défi d’atteindre les 70%, l’enjeu, actuellement, est de réussir une rentrée sociale sans risque d’une recrudescence de la pandémie qui ferait retomber le pays dans la situation d’avant l’accalmie, avec tous les problèmes dont ont souffert des milliers de malades cet été, notamment le manque d’oxygène et de places d’hospitalisation. L’enjeu est également d’être prémuni et préparé dans le cas où une quatrième vague venait à apparaître dans le pays, une hypothèse que les professionnels de la santé n’écartent pas et appréhendent au plus haut point.

La difficile rentrée sociale en temps de Covid
Réussir la rentrée sociale passe par la vaccination d’un maximum de personnes possibles, en élargissant l’acte aux enfants de plus de 12 ans ainsi qu’aux femmes enceintes et allaitantes, selon les spécialistes. Cette possibilité devient de plus en plus probable et la réflexion est engagée au sein du Comité scientifique de suivi de l’évolution de la pandémie de coronavirus. Les études mondiales faites sur ces catégories de personnes montrant l’intérêt de leur vaccination sont en train d’être examinées par ledit Comité, selon son porte-parole, le Dr Djamel Fourar, qui a indiqué que la décision sera bientôt tranchée.
L’enjeu de réussir la rentrée scolaire, prévue le 21 septembre, et éviter que les établissements ne deviennent des foyers de contaminations est un véritable défi sachant que le variant Delta, qui s’est fortement propagé durant l’été, n’a pas épargné les enfants dont certains y ont laissé la vie. Les femmes enceintes aussi.
Un autre membre du même Comité, Dr Lyès Akhamokh, a laissé entendre que la vaccination des enfants de moins de 12 ans pourrait avoir lieu le mois prochain. Dans une déclaration à la Radio nationale, il n’a pas laissé beaucoup de place au doute, mais s’est montré quasiment certain de cette opération, confirmant que le Comité scientifique y songe sérieusement après une longue étude et consultation avec des spécialistes. Selon lui, il reste, toutefois, à «déterminer le type de vaccin qui sera offert à la tranche d’âge des plus jeunes», soit les 12-17 ans, expliquant que le processus de vaccination se déroulera selon un plan établi par le Comité scientifique.
Il est utile de noter que le ministère de la Santé a indiqué, dans un communiqué, que ce soit à propos de enfants ou des femmes enceintes, qu’il a été décidé «d’examiner les propositions à la lumière des études analytiques de terrain et des données factuelles sur la pandémie de la Covid-19 pour chaque tranche d’âge et chaque catégorie de personnes», soulignant que le Comité scientifique élargi prendra ses décisions sur les sujets étudiés «au moment opportun, dans le respect de la santé des citoyens». A noter, également, que si les premières études sur les vaccins n’avaient pas inclus les enfants et les femmes enceintes, actuellement, elles ont démontré qu’il suffit de «choisir le vaccin adapté» et ce, «en s’informant auprès de son fabricant», a affirmé le président de la Société algérienne d’infectiologie, Dr Mohamed Yousfi, dans une récente déclaration à Reporters.
Associer les spécialistes face au risque d’une 4e vague
Les professionnels de la santé sont de plus en plus nombreux à appeler à la vaccination, notamment des enfants qui ont démontré une vulnérabilité certaine au variant Delta, contrairement à la souche-mère de Covid-19 qui les avait épargnés. Ils continuent de plaider pour une vaccination massive, en profitant de cette période propice qu’est l’accalmie de la pandémie. Une situation qui est perceptible dans tous les hôpitaux du pays, de l’aveu même des spécialistes en charge des malades Covid. L’exemple d’un hôpital de la capitale Nafissa-Hammoud (ex-Parnet), où le chef de service réanimation apporte son témoignage, déclarant qu’il y a nettement moins d’hospitalisation et de malades en réanimation. «On est passé d’un pic de 450 consultants par jour à pratiquement moins d’une dizaine par jour. Pour les réanimations, il y a quelques jours, c’était complet, on avait 8 à 10 malades, actuellement, on en a 2 ou 3. Il y nettement moins de pression sur nos équipes après un mois d’août laborieux», a indiqué le Pr Toufik Yaïche, tout en mettant en garde qu’«il ne faut pas retomber dans la même erreur pour le personnel de santé administratif, à savoir qu’il y a eu «un relâchement total de l’activité après la première et deuxième vagues et on a été surpris par la troisième». Ainsi, il préconise de rester sur le même niveau de vigilance aussi bien pour la population que pour le personnel. Son message à l’adresse de la population, c’est de veiller au respect des gestes barrières, dit-il, citant «le port du masque, la distanciation physique et sociale, le lavage des mains et surtout la vaccination, qui est le seul moyen à notre portée face à ce virus qui est extrêmement virulent». Pour le moment, insiste-t-il, «la vaccination est le seul moyen qui permet d’éviter d’arriver en réanimation et la mortalité».
Il préconise aussi d’anticiper sur une éventuelle quatrième vague, en y associant les spécialistes autour d’une table pour une évaluation de ce qui a été fait durant les trois précédentes vagues de la Covid-19 et faire en sorte de bien se préparer à l’éventuelle quatrième, en termes d’oxygène, de médicaments, de lits de réanimation et autres. Mais, parallèlement, il est, surtout, préconisé de vacciner le maximum de personnes, «y compris les enfants, comme au Canada, sans oublier que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) préconise aussi la vaccination de la femme enceinte», a souligné le professeur.

Réception de 3 millions de doses de vaccins
Les doses de l’anticoronavirus continuent d’arriver en Algérie et le pays a reçu, vendredi soir, un nouveau lot de 3 millions de doses, selon le ministère de la Santé. Celui-ci a ajouté, dans un communiqué, que le nombre total de doses acquises entre le 5 et le 10 septembre s’élève à 7,5 millions de doses.
«Le ministère poursuivra l’acquisition des quotas programmés du vaccin anti Covid-19 dans les prochains jours, parallèlement au lancement de la campagne de vaccination», est-il noté de même source, assurant que toutes les doses acquises seront distribuées à l’ensemble des wilayas du pays. A cette occasion, le ministère de la Santé n’a pas manqué d’appeler, encore une fois, tous les citoyens à adhérer à la campagne nationale de vaccination qui se poursuivra jusqu’à la fin 2021.