Le ministère cubain des Relations extérieures a condamné «dans les termes les plus forts et les plus absolus la qualification frauduleuse de Cuba comme Etat soutenant le terrorisme». Dans une déclaration rendue publique le 11 janvier dernier, la diplomatie cubaine indique que cette qualification par le Département d’Etat américain a pour «véritable motivation d’imposer des obstacles supplémentaires à toute perspective de rétablissement des relations bilatérales» entre La Havane et Washington, la capitale fédérale américaine, qui s’apprête à voir le président sortant Donald Trump quitter le pouvoir et accueillir la nouvelle administration du président démocrate élu Joe Biden.

Selon la diplomatie cubaine, «Cuba n’est pas un Etat qui soutient le terrorisme, une vérité reconnue par tous. La politique officielle et bien connue et la conduite irréprochable de notre pays est de rejeter le terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, en particulier le terrorisme d’Etat, peu importe de qui il émane, contre qui il s’applique et où il a lieu», lit-on dans sa déclaration. C’est un «Etat victime du terrorisme et notre population l’a subi dans sa propre chair, au prix de 3 478 morts et 2 099 personnes handicapées à vie, du fait d’actes commis par le gouvernement des Etats-Unis ou perpétrés et parrainés depuis le territoire étasunien avec la tolérance des autorités officielles». «Au comble du cynisme, les terroristes et immoraux de l’administration Trump nous accusent de soutenir le terrorisme», a réagi mardi 12 janvier, sur Twitter, le président Miguel Diaz-Canel. Pour le gouvernement cubain, il s’agit d’ «opportunisme politique», une opinion partagée par le think-tank américain Washington Office on Latin America (Wola)
Lundi, 11 janvier, le Secrétaire d’Etat US aux Affaires étrangères Mike Pompeo a annoncé le retour de Cuba sur la liste des trois pays soutenant le terrorisme» aux côtés de la Corée du Nord, l’Iran et la Syrie. Pour le président de Wola, Geoff Thale, c’est «clairement une décision politique, une récompense aux alliés politiques internes de l’administration Trump, ces dernières semaines, plus qu’un acte de politique extérieure». Selon lui, «c’est un acte de vengeance qui affecte le peuple cubain et ne fera rien pour faire véritablement avancer les droits de l’homme ou les intérêts des Etats-Unis». La mesure, explique-t-il, compliquera la relation avec Cuba du nouveau gouvernement de Joe Biden et aggravera les difficultés économiques des Cubains.

Sanction cynique et hypocrite
Pour rappel, l’ancien président démocrate Barack Obama, dont Joe Biden était le vice-président, avait retiré La Havane de la «liste noire» en 2015, lors du rapprochement spectaculaire entre les deux pays ennemis, qui avaient alors rétabli leurs relations diplomatiques pour tenter de tourner la page de la Guerre froide. Cette parenthèse enchantée avait dopé le tourisme américain sur l’île, stimulé la création de restaurants et le secteur privé, en général, apportant à nombre d’habitants un flux d’argent frais et des emplois mieux rémunérés. Mais depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les Cubains ont vu avec angoisse pleuvoir les sanctions, plus de 190 en quatre ans : l’interdiction des croisières américaines et les obstacles à l’envoi d’argent de leurs proches vers l’île, notamment. L’administration Trump a restreint le commerce extérieur avec elle et expose les investisseurs étrangers à des poursuites aux Etats-Unis. Pour le professeur et ex-diplomate cubain Carlos Alzugaray, interrogé par l’AFP, avec Obama, les mesures contenues dans l’embargo, en vigueur depuis 1962, n’étaient plus appliquées qu’«à 90%, il n’avait pas pu descendre plus, et Trump, lui, les a fait remonter à 99%». Cette dernière sanction est «très cynique et hypocrite, car ils savent très bien qu’il n’y a aucun élément» de preuve contre l’île. Pour cet ancien ambassadeur, Joe Biden devrait faire marche arrière et carrément demander la levée inconditionnelle de l’embargo par le Congrès américain.
«Les Etats-Unis ont été tellement implacables envers Cuba qu’il n’y a plus rien à faire (…), à une époque ils nous reprochaient nos troupes en Angola, à une autre le soutien de Cuba aux mouvements guérilleros en Amérique latine», dit-il, à propos d’éventuelles conditions que le gouvernement américain voudrait imposer avant d’alléger sa pression. «Que va faire Cuba ? Changer son fonctionnement interne ? Non, ça ne va pas arriver, aucun pays ne change sa façon de faire sous la pression», assure Carlos Alzugaray, le gouvernement cubain n’ayant accepté aucune concession en près de 60 ans d’embargo. Dans la déclaration des Affaires étrangères cubaines, il est affirmé : «Nous, les Cubains, rejetons avec mépris toute manœuvre visant à manipuler une question aussi sensible, à des fins grossières d’opportunisme politique.» «L’annonce faite par le Secrétaire d’Etat Michael Pompeo constitue un acte arrogant de la part d’un gouvernement discrédité, malhonnête et en faillite morale».