Les cours du pétrole ont atteint, hier, en cours d’échanges européens leur plus haut niveau depuis trois ans et demi après le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien qui fait craindre une perturbation de l’offre mondiale.

Le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet valait 76,91 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 2,06 dollars par rapport à la clôture de mercredi.
Cette hausse intervient au moment où le président des Etats-Unis Donald Trump a annoncé qu’il retirait son pays de l’accord signé à Vienne en juillet 2015, par lequel l’Iran a accepté de brider son programme nucléaire en s’engageant à ne jamais chercher à obtenir la bombe atomique en échange de la levée d’une partie des sanctions internationales visant la République islamique. Washington a choisi l’option la plus radicale en rétablissant l’intégralité des sanctions levées, mais aussi en annonçant des sanctions encore plus sévères et en forçant les entreprises étrangères à choisir rapidement entre faire des affaires en Iran ou aux États-Unis. «Les investisseurs ont vu venir cette décision de loin, mais le plan américain pour exclure le troisième plus grand exportateur de l’Opep ont profité aux prix», a commenté Russ Mould, analyste chez AJ Bell cité par l’AFP.
Cependant, certains des autres signataires n’ont pas abandonné l’idée de sauver l’accord. «Nous allons respecter l’accord et nous ferons tout pour que l’Iran s’en tienne à ses obligations», a martelé la chancelière allemande Angela Merkel au lendemain du retrait américain.
Pour rassurer les marchés, l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, a déclaré qu’elle prendrait toutes les mesures nécessaires pour empêcher des pénuries d’approvisionnement en pétrole. En d’autres termes, les Saoudiens veulent accentuer les pressions sur son rival régional.
Dans une déclaration à Reporters, l’expert en énergie, Tewfik Hasni a minimisé l’impact de la décision du président américain sur les marchés. «Il ne faut pas s’attendre à une hausse vertigineuse après l’annonce du président américain», a-t-il déclaré. Il explique : «L’impact de l’annonce du président américain sur les marchés n’a pas dépassé les deux dollars pour la simple raison que la Chine, d’autres pays asiatiques et même européens vont continuer à importer le pétrole iranien en dépit des sanctions américaines. L’Iran continuera à produire et à vendre du pétrole malgré les pressions et les sanctions américaines». Pour l’expert, au stade actuel, il ne faut pas s’attendre à de nouveaux pics des cours.
Interrogé sur la sortie de l’Arabie saoudite pour  rassurer les marchés, il dira que ce pays a agi en fonction des intérêts des Etats-Unis. «Le président américain a clairement demandé à l’Arabie saoudite d’agir pour empêcher les prix du baril de monter davantage. Une demande appliquée à la lettre par les Saoudiens», a-t-il affirmé avant d’ajouter : «Les USA ne veulent pas un baril supérieur à 70 dollars, car une nouvelle hausse profitera à la Russie et pourrait ralentir la croissance économique. A 70 dollars, les USA rentabilisent suffisamment leur pétrole de schiste  et maintiennent la croissance de leur économie.».
Poursuivant son analyse, il estime que l’offre actuelle sur le marché international et les capacités élevées de production du pétrole par beaucoup de pays dont l’Arabie et la Russie laissent croire que les prix du baril ne vont pas s’afficher, à proche terme, au-dessus de 70 dollars. «L’Arabie saoudite est en mesure d’injecter des quantités de plus en plus importantes de pétrole sur le marché international pour stabiliser les prix. Du coup, il est insensé d’espérer une nouvelle hausse des prix», estime-t-il.
A une question sur le rôle de l’Opep dans la conjoncture actuelle, M. Hasni appelle à ne pas accorder «trop» d’importance à cette organisation. «Il faut arrêter de croire que l’Opep pèse sur le marché mondial de l’énergie. A l’exception de l’Arabie saoudite qui obéit plus aux USA, les autres membres de cette organisation n’ont pas les capacités de production nécessaires pour devenir influents sur les marchés», souligne-t-il. «L’Opep n’a plus le même poids qu’avant. Il perd sans cesse son influence sur les marchés», a-t-il estimé.