Fin de la trêve et reprise des hostilités entre le Club des magistrats et le ministère de la Justice, dont la relation conflictuelle a gagné en intensité ces dernières heures. La convocation du président du Club des magistrats, Saad Eddine Merzoug, à comparaitre, début juin, devant le conseil de discipline du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), a ravivé la tension entre les deux parties.
Devant cette convocation, le Club des magistrats a publié, hier, un communiqué au vitriol ciblant le garde des Sceaux et le Conseil supérieur de la magistrature. «Nous avons appris avec consternation la décision de traduire notre collègue devant le Conseil supérieur de la magistrature, non pas pour avoir commis une infraction au code de déontologie et d’éthique professionnelle, ou pour un délit de corruption financière, mais pour avoir défendu avec acharnement les droits des magistrats et pour être l’un des premiers défenseurs de l’indépendance des juges du ministère de la Justice», peut-on lire dans le communiqué rendu public.
Pour le Club des magistrats, organisation en cours de constitution, les positions de Merzoug, ses écrits et communiqués rédigés au nom du club sur le mouvement populaire sont, en particulier, «honorables», notamment dans «un contexte où des professionnels du secteur ont préféré le mutisme et de se plier devant le pouvoir exécutif». Le Club des magistrats dit défendre «vigoureusement» son président qu’il qualifie «de compétent, d’intègre et d’impartial durant toute sa carrière», regrettant qu’après une«suspension provisoire», Merzoug est convoqué par le CSM, accusant le ministre de la Justice de tenter de «museler la seule voix qui défend l’indépendance du juge». D’où le recours, accuse le Club des magistrats, «aux fausses allégations et de dossiers vides pour justifier l’arbitraire devant l’opinion publique», estimant que Merzoug représente «le profil type du juge indépendant». «La sanction d’un magistrat exemplaire signifie la sanction de tous les magistrats honnêtes et défenseurs des valeurs de la justice», soutient le Club des magistrats. L’alerte de la convocation du président du Club à comparaitre devant le conseil de discipline du CSM a été lancée par le concerné lui-même dans la soirée de mardi. «J’ai été informé par d’honorables collègues que nous allons être traduits, le 1er juin prochain, devant le Conseil supérieur de la magistrature», a écrit Saad Eddine Merzoug dans un post sur Facebook, ce qui a déclenché une vague de réactions au sein de la corporation. Dans le milieu des magistrats, il est de notoriété que Merzoug fait partie des voix critiques à l’égard de la tutelle, comme il est connu pour être partisan du mouvement populaire, notamment en ce qui concerne la revendication de l’indépendance de l’appareil judiciaire. A ce titre, il a exprimé récemment des réserves et critiques concernant l’amendement du code pénal et la mouture de l’avant-projet de révision de la Constitution.
Début mai, le Club des magistrats a annoncé son boycott des élections de renouvellement partiel des membres du CSM, jugeant que le résultat «est connu d’avance» et que ce sont les personnes préalablement désignées par le ministre de la Justice qui passeront, et accusant le garde des Sceaux d’avoir installé, avec des décisions unilatérales, «un climat de crispation dans le secteur». n