PAR NAZIM BRAHIMI
Le collectif de défense de l’ancienne ministre de la Culture Khalida Toumi, condamnée jeudi dernier à une peine de six années de prison ferme, va introduire aujourd’hui un recours auprès du tribunal de Sidi M’hamed (Alger) pour programmer prochainement un procès en appel.
C’est ce que nous avons appris de Maître Boudjemaâ Ghechir, membre du collectif, qui souligne que le procès en appel sera programmé « dans un délai ne dépassant pas deux mois », selon la procédure en vigueur. Estimant que le jugement prononcé par le tribunal est « sévère », Me Ghechir a expliqué que la défense reprendra le même plan de défense, selon lequel l’ancienne ministre de la Culture n’a « jamais été ordonnateur » dans la gestion des événements culturels qui se sont déroulés durant son règne. Il s’agit des évènements « Tlemcen, capitale de la culture islamique » en 2011, le Festival panafricain en 2009, et la manifestation « Alger, capitale de la culture arabe » en 2007.
En plus d’avoir réitéré l’argument que Khalida Toumi « n’a jamais été ordonnateur » dans la gestion des questions financières inhérentes aux trois évènements culturels, l’avocat Ghechir a critiqué les rapports de l’IGF emboîtant ainsi le pas à sa cliente. Les rapports de l’IGF «ont considéré à tort certaines de mes actions comme non conformes à la loi et à la réglementation parce qu’ils se sont référés à l’article 43, paragraphe 4 du code des marchés publics, et parce qu’ils ont ignoré les décisions gouvernementales ainsi que les décisions interministérielles entre le ministère des Finances (tutelle de l’IGF) et le ministère de la Culture, autorisant des dérogations et des exceptions», avait déclaré l’ex-ministre lors de son audition. Elle avait ajouté, dans ce sens, que «les comptes d’affectation spéciale de ces manifestations ont été clôturés dans le cadre des lois de finances et tout le monde sait qu’aucun compte ne peut être clôturé sans passer par le contrôle de l’IGF, de la Cour des comptes et des deux Chambres du Parlement».
A l’adresse du juge, exprimant sa « conviction » qu’elle est « une détenue politique », l’ancienne ministre de la Culture a reproché à « l’ancien pouvoir » de l’avoir mise en détention pour la punir pour ses convictions. « Je suis une détenue politique. La preuve est que la décision de mon incarcération avait été prise avant l’instruction et qu’elle n’avait aucune relation avec la gestion du secteur de la culture à l’époque où j’étais ministre, mais que les manifestations internationales et le film sur l’émir Abdelkader ont été utilisés pour masquer le caractère politique de mon arrestation », a-t-elle lancé. Sous mandat de dépôt depuis novembre 2019, Khalida Toumi est poursuivie pour « abus de fonction, dilapidation de deniers publics et octroi d’indus avantages à des tiers ». Poursuivi dans la même affaire, Hamid Benblidia, ex-Secrétaire général du ministre de la Culture, a écopé d’une peine de quatre ans de prison ferme et 220 000 dinars d’amende, et Miloud Hakim, ancien directeur de la culture de Tlemcen, a été condamné à 2 ans de prison ferme et 200 000 dinars d’amende. Le tribunal a ordonné la levée de la saisie des biens immobiliers gelés et condamné les accusés à verser au Trésor public la somme de 100 000 DA à titre de réparation des dommages qu’il a subis.