Qu’il s’agisse de l’insuffisant management des projets d’investissement publics ou des fonds perdus au titre de l’assainissement des entreprises publiques, c’est le contribuable ou le simple travailleur qui paie les frais de la mauvaise gestion des deniers publics.
La Cour des comptes, dans son rapport d’appréciation sur l’avant-projet de loi portant règlement budgétaire pour l’exercice 2018, présenté lundi dernier au Parlement, pointe du doigt le manque de maturation des projets d’investissements publics à l’origine de réévaluations des coûts des projets qui absorbent une partie non négligeable des dépenses d’investissement. Ce grand gaspillage de l’argent public correspond à plusieurs centaines de milliards de dinars annuellement. Une manne qui aurait pu être réservée à la création de dizaines de milliers de logements et d’emplois annuellement. La Caisse nationale d’équipement pour le développement (Cned) est déjà montée au créneau pour dénoncer cette gabegie lors de la rencontre sur le plan de relance organisée en août dernier. Elle avait fait état de lancements de projets avant que les études ne soient finalisées, de déficiences dans la qualité des études occasionnant par la suite des rallonges budgétaires. Elle avait notamment relevé des insuffisances dans les études de sol, les changements récurrents dans la consistance des travaux, en particulier, les changements de tracés des autoroutes ou voies à grande circulation occasionnant des surcoûts. Le ministre des Finances, Aymène Benabderahmane, a également reconnu dans sa réponse aux députés, à l’issue de l’examen de l’avant-projet portant règlement budgétaire, cette insuffisance dans la maîtrise des projets. Il a souligné la nécessité pour les projets nationaux de bénéficier d’une plus grande période d’étude comme cela se fait dans les pays développés. «La plus courte période de maturation doit être de 36 mois avant d’engager un projet». En ce sens, il a annoncé qu’un texte exécutif de la loi de finances 18-15 énonçant la nécessité de la maturation des projets sera présenté au gouvernement mercredi.
L’autre grand gaspillage de l’argent public est celui injecté dans l’assainissement des entreprises publiques. Le ministre des Finances, cité par l’APS sur ce point, a noté que, depuis 2004, l’Etat a soutenu les entreprises publiques pour un montant dépassant les 1 500 milliards de dinars destinés à leur assainissement. «Il s’agissait de crédits à fonds perdus. Des fonds ont été attribués pour des situations conjoncturelles. Mais le déficit structurel de l’entreprise est toujours là, il s’est même accumulé», a-t-il révélé. Pour solutionner cette problématique, le grand argentier du pays a indiqué que le gouvernement allait entreprendre des mesures pour accompagner les grandes entreprises du pays pour préserver l’emploi et l’outil national de production public et privé. Le ministre par cette annonce laisse-t-il entendre que des mesures complémentaires de sauvegarde de l’emploi et des entreprises seront prochainement à l’ordre du jour ? Il a ajouté en réponse aux députés que l’aide de l’Etat aux entreprises sera désormais conditionnée. «Le soutien apporté par l’Etat répond à des conditions dont celui de la révision du mode de gouvernance pour assurer la pérennité de ces entreprises et préserver l’outil de production nationale.» Ainsi toutes ces révélations démontrent la mauvaise utilisation de l’argent du contribuable ou des dépenses publiques depuis plusieurs années, voire des décennies. Ces phénomènes ne sont pas nouveaux. Il est temps de revenir à la rationalité économique et aux fondamentaux économiques pour en finir avec ce grand gaspillage de l’argent public qui s’est effectué au détriment de l’amélioration des conditions de vie d’une frange importante de la population. Cette situation de mauvaise gestion des deniers publics reste donc, loin s’en faut, insoutenable. <