Le conseil national de concertation pour le développement de la PME (CNCD-PME) a « réprouvé » hier la vision d’une Algérie « réduite à un simple marché accessible et réservé aux seuls Etats membres de l’Union européenne ».

Cette réaction a été exprimée hier par le CNCD-PME  à la clôture d’une journée d’information dédiée à l’impact de la concertation sur l’évolution positive du climat des affaires qu’il a organisée à Alger. Elle intervient en réplique à la Commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmströme qui avait, la semaine dernière, remis en cause les mesures prises par le gouvernement algérien pour réduire ses importations en les jugeant  « non conformes à l’accord de libre-échange », signé  en 2005 entre l’Algérie et l’UE.
Considérant que ce sont la conjoncture économique « tendue », « l’importance » de la dette publique des Etats membres de la zone Euro, son taux de chômage chez les jeunes qui « semblent être à l’origine des déclarations de Mme Malmström, les membres du CNCD-PME ne manquent pas pour autant de s’«étonner » de la réaction de cette dernière qu’ils jugent  « disproportionnée »  au moment où, notent-ils « nous assistons à la montée du protectionnisme dans les pays  qui se réclament des plus libéraux ».
Face à cette situation, ils « soutiennent les mesures prises par les pouvoirs publics qui impulsent une réindustrialisassion du pays forte et diversifiée », tiennent-ils à déclarer.
La riposte du CNCD-PME à la Commissaire européenne au Commerce intervient, faut-il  le rappeler, après les sorties dans le même sillage de l’Union générale des travailleurs (UGTA), le Forum des chefs d’entreprise  (FCE) et le vice-président du Conseil national économique et social (CNES), Mustapha Mekidèche, qui n’avaient pas tardé, la semaine dernière, à faire une mise au point publique à Mme Malmström.
Concernant l’événement  organisé hier par le CNCD-PME, il faut dire qu’il a été riche par l’apport des intervenants institutionnels et économiques,  a permis de faire le point sur les avancées et les lacunes du climat des affaires en Algérie, mais aussi de remettre en question le classement Doing Business qu’établit la Banque Mondiale et qui a vu l’Algérie perdre 69 places sur les deux derniers classements de  l’institution de Bretton Woods.
«L’amélioration du climat des affaires est un défi majeur. Notre ambition est d’en faire le fer de lance de l’économie nationale par une levée des contraintes sur le triple plan des délais, des procédures et des coûts », indique Salah Eddine Abdessemed, vice- président du FCE, et président du Conseil national de concertation pour le développement de la PME, qui tient à rappeler l’article 43 de la Constitution qui promeut l’amélioration du climat des affaires. Une orientation d’ores et déjà entamée à travers la récente réforme bancaire et financière, le développement numérique qui se poursuit et « contribuera à la levée des contraintes bureaucratiques », selon M. Abdessemed, ainsi que la poursuite de la diversification de l’économie nationale et sa réorientation vers les investissements sur lesquels l’Algérie possède le plus d’avantages comparatifs.
Pour sa part, Kamel Moula, président du Club des industriels de la Mitidja, est revenu les rapports doing business émis par la Banque mondiale,
« Malgré le crédit que j’accorde aux experts internationaux, nous ne voyons pas la même chose s’agissant du contexte économique national », a-t-il asséné. « Ils veulent vendre à tout prix, nous voulons produire malgré tout », a poursuivi l’intervenant, qualifiant de « frénésie mercantile à spéculer sur notre échec », les différentes observations alarmistes venues d’institutions étrangères. Kamel Moula, a cependant concédé qu’être opérateur économique en Algérie n’est pas particulièrement aisé. « Mais dans quelle partie du monde le chef d’entreprise ne fait pas face à des difficultés analogues? », a-t-il interrogé se disant conscient des faiblesses de l’Algérie, de ses atouts et « des efforts fournis et à fournir ».
« N’en déplaise aux détracteurs de notre pays, la concertation se développe. J’en veux pour preuve le dénouement du cas de la liste de retraits de certains produits à l’importation », a ainsi estimé le représentant des industriels de la Mitidja.

Vers des groupements d’intérêt économique
Par ailleurs, les opérateurs économiques présents ont pu témoigner à leur tour des avancées et des aspects qui restent à améliorer. Pour Ali Hamani, président de l’Association des producteurs algériens de boissons (APAB), former des groupements ou associations professionnels permet de renforcer l’ensemble des activités de la filière et à constituer un réel partenaire du dialogue avec les pouvoirs publics.
« C’est grâce au travail, à la mobilisation et à la concertation que nous avons pu bénéficier d’un certain nombre d’acquis et régler des problèmes qui touchent notre filière », a indiqué M. Hamani qui a appelé les institutions publiques à encore plus de dialogue avec leurs partenaires économiques, « Nous leur disons que la construction de notre économie ne peut se faire sans concertation pour réduire les incompréhensions que nous constatons», a-t-il poursuivi, prenant comme exemple la levée récente des restrictions à l’importation d’intrants destinés à la production de boissons, notamment grâce au dialogue avec les élus des deux chambres parlementaires.
« Grace au dialogue avec les parlementaires, nous avons pu éviter la déperdition de notre économie », a-t-il affirmé.
A noter que le Conseil national de concertation pour le développement de la PME est affilié au ministère de l’Industrie.
Installé en 2017,  il est chargé de développer le partenariat public/privé en matière d’élaboration et d’évaluation des politiques d’appui aux TPE/PME et sensibiliser les associations et les organisations professionnelles à la politique de développement de la PME.