Le monde de l’industrie nationale a été marqué, cette semaine, par la première opération d’exportation de ciment gris.

Lafarge Holcim Algérie a, en effet, organisé mardi dernier une cérémonie au port d’Arzew, où la presse ainsi que plusieurs responsables locaux et nationaux ont été conviés à bord du « MV Glory Tellus », le navire qui doit transporter 16 600 tonnes de ciment vers Benjul, la capitale de la Gambie. Une première, qui suscite l’enthousiasme sur les perspectives d’export hors hydrocarbures de l’Algérie, mais qui révèle par ailleurs une problématique liée aux spécificités de commercialisation du ciment, le rapport entre le volume et le prix du produit, ce qui occasionne des frais de transport importants. Pour le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal) Ali Bey Nasri, il s’agit d’un « jour historique » dans l’histoire de l’économie nationale. « Cette première opération présage d’une importante niche d’exportations », soutient-il. En effet, les opérateurs économiques publics et privés, appuyés par les autorités publiques ainsi que les ministères concernés doivent décrocher de nouveaux marchés pour pouvoir écouler les 15 à 20 millions de tonnes d’excédent de production de ciment en Algérie prévus d’ici 2020, soit 60 à 80% de la production locale prévue à cet horizon. « Certes, il y a des insuffisances à corriger, le ministère du Commerce et celui de l’Industrie font des efforts dans le bon sens », estime Ali Bey Nasri. Affirmant que le ciment gris peut rapporter à terme à l’Algérie des recettes en devises par l’exportation de ce produit de 1 à 1,5 milliard de dollars par an. Des perspectives qui augurent, également, selon M. Nasri, de la réalisation d’un « bond qualitatif » dans l’exportation du ciment vers l’Afrique de l’Ouest et d’épargner au pays l’importation d’une valeur de 500 millions de dollars de ce produit. Pour ce faire, selon le premier responsable d’Anexal, l’ensemble des acteurs de l’industrie du ciment doivent faire face à la problématique du coût de transport du produit. « C’est une industrie particulière qui souffre du coût de transport. J’appelle dans ce cadre à ce que le ministère du Commerce module les paramètres de financements accordés par le Fonds spécial pour la promotion des exportations », indique le représentant des exportateurs algériens à propos du FSPE, fonds créé pour promouvoir les exportations hors hydrocarbures à travers la prise en charge d’une partie des frais liés au transport des marchandises et la participation des entreprises aux foires et salons à l’étranger. En effet, lors de la cérémonie organisée par le Groupe Lafarge Holcim mardi dernier à Arzew, à l’occasion de la première opération d’exportation de ciment gris vers la Gambie, plusieurs acteurs de la filière présents ont rappelé l’une des particularités du produit. « Il s’agit de l’un des produits les moins onéreux par rapport à son volume. Il est moins cher que l’eau par exemple », plaisantait l’un des participants à l’événement. Une donne qui nécessite de réduire le coût de transport du ciment de l’usine jusqu’à l’embarquement, expliquait également Jean-Jacques Gauthier, le PDG de Lafarge Holcim Algérie.

Un marché mondial concurrentiel
La nécessité d’optimiser le coût de transport du ciment gris trouve notamment son origine dans le fait que le marché mondial soit fortement concurrentiel. C’est d’ailleurs la raison qui a conduit le groupe français Lafarge à celui Suisse Holcim à fusionner en 2015 avec comme objectif de conserver des parts de marchés importantes en Europe et en Afrique face à la montée des géants chinois Anhui Conch, deuxième producteur mondial, et CNBM, troisième producteur mondial. Côté marché, l’Europe et l’Amérique du Nord ne sont pas des localisations avec les perspectives de croissance de la consommation les plus alléchantes. En effet, aux Etats-Unis la consommation par habitant stagne depuis 2009 aux alentours de 230kg/ciment/an. En Europe, l’on assiste même à une légère régression, même si l’Europe du Sud a connu un effondrement brutal de sa consommation en raison de la crise financière de 2008. La Grèce et l’Espagne, par exemple, ont divisé par trois leur consommation entre 2009 et 2012.
Les perspectives de croissance sont situées dans les pays émergents et tout particulièrement l’Afrique.
Les marchés émergents consomment aujourd’hui 90 % de la production de ciment, contre 65 % au début des années 1990. La consommation mondiale de ciment devrait croître régulièrement jusqu’en 2030-2050, pour culminer autour de 5 milliards de tonnes.