Au premier jour de l’arrêt, par les médecins résidents, de toute garde, tous les services des hôpitaux de l’Algérois sont dans le marasme. Chirurgie générale, pédiatrie, gastro-entérologie, gynéco-obstétrique, neurologie ou encore ophtalmologie… tous ont en commun d’être « gardés » par un seul maître assistant, quelquefois deux.

Ils sont là pour éviter un dysfonctionnement dans les structures sanitaires, alors que le ministre de la Santé et de la Réforme hospitalière, Mokhtar Hasbellaoui, a instruit, jeudi dernier, les directeurs de santé et les directeurs généraux des CHU et EHU de procéder à la réquisition des médecins résidents faisant partie des équipes de garde. Ce que le Collectif autonome des médecins résidents algériens (Camra) a refusé, au motif que « la réquisition concerne les travailleurs ». Or, « les résidents sont des étudiants », ont-ils tenu à préciser. En attendant la fin de ce bras de fer qui oppose les médecins résidents à la tutelle, les maîtres-assistants sont appelés à assurer le fonctionnement des hôpitaux. « Les structures de santé fonctionnent à 80% grâce aux résidents», témoigne à Reporters un aide-soignant rencontré au CHU Mustapha-Pacha. « L’enjeu, poursuit ce professionnel de santé, est de savoir si les maîtres-assistants sont en mesure d’assurer à eux seuls le bon fonctionnement des différents services ». « La charge de travail est retombée sur les maîtres assistants, qui, au premier jour de l’arrêt du service minimum par les résidents, menacent déjà de jeter l’éponge et de se mettre, à leur tour, en grève », nous dit l’aide-soignant. Selon lui, même les professeurs pensent à boycotter toute activité de soins devant leur incapacité à pallier le vide laissé par les médecins résidents qui assuraient les gardes habituellement de 16h à 8h le lendemain. « Il y a trop de pression dans les hôpitaux. On reçoit des centaines de patients par jour et les professeurs et maîtres-assistants n’assuraient jamais les gardes jusque-là. Aujourd’hui, ils se retrouvent contraints de le faire », témoigne encore notre interlocuteur. « Ils n’en sont qu’au premier jour et songent déjà à jeter l’éponge », a-t-il insisté. « D’ailleurs, ils ont menacé ce matin [hier, ndlr] la direction du CHU de boycotter les gardes ». « La donne risque de changer, car il s’est avéré qu’ils sont incapables de gérer l’afflux des patients », poursuit ce professionnel de santé. « Ils ont même déposé une demande auprès du ministère pour bénéficier du calendrier des vacances universitaires vu leur statut d’enseignant aussi, ce qui n’est jamais arrivé dans l’histoire du pays », ironise-t-il, rappelant que pour ceux qui sont fédérés dans le syndicat des enseignants hospitalo-universitaires, ils sont déjà en grève « pédagogique ». Pour l’instant, le gouvernement ne trouve toujours pas de solutions qui puissent satisfaire la corporation des résidents, qui revendiquent, entre autres, « un minimum de moyens pour exercer dignement l’activité de soins ». Pour l’aide-soignant rencontré au CHU Mustapha-Pacha, « la tutelle a provoqué ce bras de fer avec les résidents et elle n’a qu’à trouver une issue du moment que les résidents comme les professeurs ont raison sur les points soulevés ».
Le calvaire des patients continue
Il faut dire que les conditions de soins dans les structures publiques se compliquent et les patients sont les victimes d’un « système de santé pourri », dénoncent des patients rencontrés hier au CHU Issad-Hassani de Beni Messous. « Mon médecin traitant m’a rédigé une lettre pour mon hospitalisation au service d’ophtalmologie au CHU de Beni Messous. Je suis ici depuis 6h00 et on a refusé de me prendre en charge », nous raconte cette septuagénaire, visiblement éreintée. Cette vieille dame qui vient des Aurès dit ne plus savoir à quel saint se vouer. « Je ne sais pas si je dois attendre dans l’espoir que les médecins reprennent le travail ou si je dois rentrer chez moi », a-t-elle déploré. C’est également le cas dans le service gynéco-obstétrique. Les femmes rencontrées en état de grossesse étaient nombreuses dans la salle d’attente lorsqu’à la réception, on leur annonce que les médecins sont en grève. « En cas d’urgence, il y a un chirurgien, les consultations ordinaires ne sont pas prises en charge », clame la dame à la réception. Une annonce qui a inspiré un débat entre parturientes. « Non seulement le système est pourri, mais ces résidents nous pénalisent en nous obligeant d’aller chez le privé qui n’est pas accessible aux petites bourses car pour une simple consultation, les malades paient la consultation entre 1 500 et 2000 DA», s’accordent-elles à dire. Certaines d’entre elles tirent à boulets rouges sur la corporation médicale, en remettant en cause leur professionnalisme.
« Lorsqu’ils sont en fonction, ils font dans la précipitation. Vous n’avez qu’à constater les erreurs médicales commises notamment lors des opérations chirurgicales. Raison pour laquelle l’avant-projet de loi sur la santé instaure une quarantaine d’articles pénalisant les médecins », affirme-t-on. « Il est injuste de généraliser, mais c’est une réalité, il faut que la situation soit réglée […] Par cette grève, certains résidents prétendent défendre également le droit des patients, mais ce n’est qu’un leurre », lâche une autre. « Les dépenses publiques dans le secteur de la santé sont énormes, les lacunes le sont encore plus ; les manques sont largement visibles dans les établissements de santé notamment en ce qui concerne l’équipement et le matériel desdits établissements », s’insurge-t-on encore.