Abdelmadjid Tebboune qui prêtera serment aujourd’hui comme huitième président de l’histoire du pays, entamera son ère alors que l’Algérie est plus que jamais en attente de changement. Après une année marquée par une crise politique aigüe toujours en attente de règlement, l’élection d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Etat constituera sans nul doute une évolution marquante dans la vie politique nationale.

L’année pourrait être incontestablement celle d’une mise à jour institutionnelle avec cette évolution notable à la présidence de la République. Le poste de chef de l’Etat, au cœur d’un bras de fer qui a ébranlé le pays poussant l’ex-président à la démission, est aujourd’hui occupé. La fin d’une situation de flottement qui aura duré au-delà des limites constitutionnelles et qui a fait entrer le pays dans l’inconnu. Le Conseil constitutionnel qui a annoncé les résultats définitifs de l’élection présidentielle qui s’est déroulée le 12 décembre 2019 aura finalement finalisé une opération qui s’avérait fort risquée.
Aujourd’hui, le pays se trouve assurément dans une nouvelle configuration. Le président Abdelmadjid Tebboune, qui a remporté cette élection avec un taux de 58,13%, prendra ses fonctions juste après la prestation de serment, conformément à l’article 89 de la Constitution qui stipule que «le Président de la République prête serment devant le peuple et en présence de toutes les hautes instances de la nation, dans la semaine qui suit son élection. Il entre en fonction aussitôt après sa prestation de serment ». Dès lors, il sera attendu notamment sur sa manière de traiter un blocage politique toujours de mise. Une ouverture vers le Hirak pourrait sérieusement faire bouger les lignes dans une atmosphère de méfiance entretenue par un discours de négation qui aura fortement maintenu le clivage.

Imposer de nouvelles règles
Le nouveau président a promis de concrétiser les 54 engagements contenus dans son programme électoral, à commencer par une révision de la Constitution. Cette dernière entreprise devrait accaparer la vie politique en mutation dans les prochaines semaines. Le nouveau président de la République s’est également engagé à amorcer un dialogue en tendant la main au Hirak.
C’est justement sur cette question brulante qu’il sera attendu, sur les modalités de sortie de crise face à une rue particulièrement réfractaire. Après pratiquement une année de contestation du système en place et de ces représentants, le Hirak devrait continuer de maintenir une pression qui pourrait imposer de nouvelles règles du jeu au sommet de l’Etat.
Abdelmadjid Tebboune a signifié que la lutte contre la corruption se poursuivra et que « la grâce présidentielle ne touchera pas les personnes impliquées dans des affaires de corruption». Les problèmes de la jeunesse figurent en pole position dans son programme, puisqu’il s’est engagé à rester à l’écoute de cette frange de la société, annonçant dans ce contexte que le nouveau gouvernement «comptera dans ses rangs des ministres jeunes ». Les pré-annonces du nouveau chef de l’Etat semblent être autant de thèmes dont le traitement sera particulièrement scruté. La problématique question de la présidentielle étant aujourd’hui classée, les éléments de la crise entreprendront nécessairement une mutation dont les contours ne devraient pas tarder à être visibles.n