Par Sihem Bounabi
L’Office national de la météorologie (ONM) annonce dans ces prévisions une saison hivernale «plus chaude que la normale climatique habituellement observée» en soulignant que «les précipitations et les températures seront normales à au-dessus de la normale sur l’ensemble du territoire national durant la saison hivernale allant de décembre 2022 à février 2023». En ajoutant que «l’hiver de cette année pourrait connaître des épisodes de pluie intense» appelant ainsi les Algériens à faire preuve de vigilance lors de Bulletin météo spécial (BMS) annonçant des pluies orageuses.
En effet, Salah Sahabi-Abed, Directeur de l’Exploitation météorologique et de la climatologie à l’ONM, a précisé à l’APS que «les prévisions des températures seront normales à au-dessus de la normale sur toute l’Algérie avec 90% de probabilité et l’on s’attend alors à une saison plus chaude que la normale climatique habituellement observée».
A propos des pluies hivernales attendues avec impatience, notamment par les agriculteurs après des mois de faibles précipitations, où l’Algérie subit un fort stress hydrique frôlant la sécheresse, Salah Sahabi-Abed souligne que les prévisions météorologiques prévoient que «les précipitations durant la saison hivernale seront normales à au-dessus de la normale avec 80% de chance, notamment sur tout le Nord de l’Algérie, du littoral jusqu’à la région des Hauts-Plateaux».
Ajoutant que «pour les autres zones, les précipitations totales au cours de la même période peuvent être normales à inférieures à la normale», estimant que l’«on s’attend alors à une saison hivernale humide au Nord du pays».
Episodes de pluies intenses de courte durée
Salah Sahabi-Abed, qui est aussi expert auprès de l’Organisation mondiale de la météorologie (OMM), ajoute que «l’hiver de cette année pourrait connaître des épisodes de pluies intenses de courte durée avec des quantités de pluies localisées très importantes, susceptibles d’engendrer des inondations». Il appelle «les populations et les autorités locales à accorder plus d’attention aux avertissements et bulletins météorologiques émanant de l’ONM».
Une vigilance qui est de mise car le constat amer est que suite à chaque BMS de fortes précipitations annoncées, de violentes inondations sont enregistrées provoquant des pertes humaines, des dégâts matériels importants, des maisons submergées, des routes coupées et des véhicules emportés par les eaux.
Il est à noter que ces prévisions météorologique sont basées sur les prévisions saisonnières consensuelles pour l’hiver boréal allant de décembre 2022 au mois de février 2023 au-dessus de la région arabe, produites lors de la 10e session du Forum arabe sur les prévisions climatiques (ArabvCOF-10) en coordination avec la 18e session du Forum sur les prévisions climatiques en Afrique du Nord (PRESANORD-18) et la 7e session du Forum sur les prévisions climatiques du Conseil de coopération du Golfe (GCCCOF-7).
Entre 30 et
33 % de taux de remplissage des barrages en décembre
Avec de telles prévisions météorologiques pour cette saison hivernale, le spectre du stress hydrique perdure avec la problématique du remplissage des barrages. Ceci d’autant plus qu’Ibrahim Mohouch, professeur à l’Ecole supérieure d’agriculture, a révélé, hier sur les ondes de la Radio nationale, que pour ce mois de décembre la moyenne du taux de remplissage des barrages en Algérie est de 30 et 33% après les récentes pluies enregistrées au niveau de certaines wilayas. Il estime ainsi que «les pluies qui sont tombées sur plusieurs régions du pays le week-end dernier ne sont toujours pas suffisantes pour remplir les barrages». Le professeur de l’Ecole supérieure d’agriculture a précisé que le taux de remplissage des barrages dans l’est du pays est plus important que dans l’ouest du pays.
Il estime toutefois que la faible quantité de pluie tombée ces dernières heures est suffisante pour approvisionner certaines régions du pays en eau potable et à l’arrosage de certains produits agricoles, soulignant que les précipitations pendant cette période sont particulièrement importantes pour les céréales et les légumineuses.
Salah Sahabi-Abed a, quant à lui, tenu à rappeler que «les phénomènes extrêmes, accentués par le changement climatique marqueront sans doute, à l’avenir, le quotidien des Algériens», relevant que «les études menées dans ce sens montrent que les scénarios futurs du climat mettent en évidence tantôt des pluies intenses de courte durée et parfois des périodes de sécheresse prolongée».
Il est à noter, que face à ces nouveaux phénomènes météorologiques, l’Algérie connaît depuis plusieurs années un stress hydrique qui a poussé les pouvoirs publics à lancer un programme d’urgence pour la prise en charge des wilayas les plus touchées par la pénurie d’eau. L’enveloppe financière prévue pour la période 2020-2024 est évaluée à 390 milliards de dinars dont 218 milliards de DA sur le court terme.
Toutefois, face au changement climatiques qui accentue la situation de stress hydrique de nombreux experts ont à maintes reprises lancé des appels aux pouvoirs publics pour l’élaboration d’une nouvelle stratégie adaptée notamment à travers le renforcement des infrastructures existantes tels que les barrages, les stations de dessalement pour optimiser la collecte et la préservation des ressources hydriques ainsi que la mise en place de campagnes de sensibilisation des citoyens, des entreprises et des agriculteurs sur l’urgence d’une politique pour la rationalisation de l’utilisation de l’eau. <