Après un suspense qui aura duré plusieurs semaines et toute la journée d’hier, le Front des forces socialistes (FFS) a pris sa décision quant aux élections législatives anticipées du 12 juin prochain, une délibération qui devait s’opérer aux forceps au vu des avis partagés parmi les membres du Conseil national qui a connu des débats intenses. Au final, le parti a décidé de ne pas aller aux législatives.

PAR NAZIM BRAHIMI
A telle enseigne que si l’option de rejet s’est dégagée lors des débats des membres du Conseil national, il y avait de la difficulté à passer à la délibération finale pour acter le rejet du rendez-vous électoral.
Une situation qui était du reste prévisible dans la mesure où la décision devrait être prise au terme d’une session extraordinaire du Conseil national du parti qui s’est tenue sous forte pression sur la direction au vu des voix manifestement opposées au scénario de la participation qui comptait pourtant des partisans au sein de l’organe de délibérations.
Signe de cette pression, des militants ont tenu un rassemblement devant le siège national du parti pour faire entendre leur voix opposée à l’idée que le FFS participe au scrutin du 12 juin.
Cette décision de ne pas participer à la consultation électorale de juin prochain élargit le front du rejet parmi le courant démocratique après les positions du RCD, PT, des partis qui étaient dans l’assemblée dissoute au moment où toutes les formations politiques du courant islamiste sont de la bataille.
Il faut noter que les semaines ayant précédé l’annonce de la position du parti ont été marquées par l’insistance de la direction à clamer qu’elle décidera en toute autonomie et souveraineté.
Hier, à l’ouverture du CN, Hakim Belahcel, membre de l’Instance présidentielle s’est appuyé sur un message du fondateur du parti, adressé le 6 mars 2010 au même organe, à savoir le CN, et dans lequel, il a préconisé «la nécessité impérieuse, d’évaluer en profondeur l’action de notre parti et mesurer objectivement nos stratégies et nos moyens, dans un contexte national miné par toutes les impasses et cerné par un environnement régional et international géniteur de toutes les incertitudes et de tous les périls».
Belahcel avait alors invité les membres du CN «à considérer tous ces questionnements adaptés à la situation politique actuelle et à plus forte raison, à la réalité de notre parti», dans ce qui peut s’apparenter à une défense de l’option de la participation.
«L’irruption pacifique du peuple le 22 février 2019 a non seulement mis fin à un surréaliste cinquième mandat mais a ouvert une brèche démocratique et permis d’entrevoir de nouvelles perspectives politiques pour le pays», a-t-il introduit.
Avant de dire, au nom de l’IP que «cette situation nouvelle dans le pays nous impose en tant que parti démocratique d’opposition de saisir cette opportunité historique pour favoriser une dynamique politique qui rende irréversible le processus de changement politique démocratique».
Et d’ajouter que si l’engagement en faveur d’un changement radical et pacifique remonte à la fondation du parti en 1963, il ne relèvera pas moins qu’il a été «toujours guidé par les trois devoirs : Vérité, pédagogie, lucidité» et de soutenir que «la décision que nous sommes amenés à prendre aujourd’hui doit être dictée par le souci non seulement de préserver le parti mais surtout le pays».
Clamant que «c’est aux plus hautes autorités du pays de donner la preuve que la «nouvelle Algérie» sera une Algérie libre, démocratique et heureuse», M. Belahcel a déclaré, à cette occasion, que le FFS et sa base militante «ne serviront pas d’escabeau à tous ceux qui ont été à l’origine de la tragédie nationale».
En fin de journée, la décision de ne pas participer aux législatives a été actée sous la pression de la base militante.
Responsabilité de l’élite politique
La veille de la réunion du Conseil national du parti, ce sont les travaux de la pré-convention nationale qui ont eu lieu et durant laquelle le premier secrétaire, Youcef Aouchiche, a mis en avant la responsabilité de l’élite politique dans la quête d’une solution à la situation du pays.
«Plus que jamais, il appartient aux partis politiques, aux personnalités, organisations de la société civile et à toutes les forces nationalistes et patriotiques de trouver les voies et moyens qui permettront l’avènement d’une Algérie souveraine, démocratique et sociale», a-t-il déclaré dans son allocution. Il a noté, dans ce sens, que «les élections législatives prévues en juin 2021 ne doivent pas constituer un frein à la recherche d’une solution politique globale et démocratique», relevant cependant que les dirigeants politiques du pays «doivent se prévaloir, surtout dans ce contexte, de fragilité politique et institutionnelle, d’un sens élevé des responsabilités. Le sens de l’Etat exige de rompre avec les vieux schémas autoritaires et de renoncer aux méthodes de gestion bureaucratiques et policières des affaires publiques et de la société».
Pour le responsable du FFS, l’Algérie «a besoin plus que jamais d’apaisement pour créer les conditions de la construction d’un front intérieur solide pour faire face à toutes les manœuvre internes et externes qui visent à attenter à son unité nationale, à affaiblir l’Etat et à saper sa souveraineté», estimant qu’il n’est pas trop tard pour «tirer les leçons des expériences désastreuses qui ont nourri le désespoir, la défiance et la révolte»
Rappelant que le FFS a toujours refusé de s’inscrire dans les «schémas d’inspiration néolibérale dictées par les puissances occidentales», M. Aouchiche a indiqué que son parti ne cessera pas de réclamer «l’instauration d’un vrai dialogue inclusif pour bâtir un consensus national autour d’un programme politique, économique et social qui propulsera notre pays au rang des nations développées et prospères».
Il a réitéré dans ce sens «la priorité» du FFS qui, pour «la survie de l’Etat national», il est disposé à «explorer avec des partenaires politiques, syndicaux et associatifs toutes les possibilités de sortie de crise qui préservent l’Algérie comme Etat et comme nation».
M. Aouchiche a tiré, à cet égard, sur «des positions populistes, nihilistes et d’exclusion des différentes composantes nationales impliquées dans la recherche d’une solution politique qui préserve l’Etat national, relance le développement au profit de tous et assure une politique sociale d’équité et de justice, en rappelant que le respect sincère et total des libertés et droits démocratiques est la seule voie raisonnable qui concrétisera ces objectifs».
Pour l’intervenant, la résolution de la crise politique est «la mère des solutions à toutes les autres crises», estimant que les Algériens «ont besoin de leur redonner confiance et espoir et cela ne peut se réaliser qu’à travers un projet politique national consensuel».
Relevant que «l’affirmation centrale pour cette crise politique est qu’elle ne peut être résolue sans l’existence d’un Etat algérien réellement souverain», il a soutenu que «l’évolution de la situation dans le monde nous montre au quotidien que la souveraineté réelle n’est pas celle qui concerne le seul territoire».