La liste des boulangeries qui ont baissé rideaux n’a cessé de s’allonger ces dernières années. Pour preuve, selon les dernières estimations, entre 7 000 et 8 000 sont encore en activité contre 25 000 auparavant.

«Un déclin qui risque de se poursuivre si rien n’est fait pour le stopper», attestent de concert la Fédération nationale des artisans-boulangers (FNAB) et le Syndicat des patrons de boulangerie. Mais toujours est-il que ces deux organisations ont, cette fois, pris les devants pour se faire entendre. Elles ont, en effet, pu rencontrer le ministre du Commerce Kamel Rezig, dimanche dernier en son siège, accompagné à l’occasion de ses proches collaborateurs bien au fait de la problématique de la corporation des boulangers.
Selon Youcef Kalafat, président de la FNAB affiliée à l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), contacté par Reporters hier, rapporte : «Nous avons pu exposer de façon exhaustive les problèmes que nous rencontrons et formuler nos revendications, mais sans pour autant aboutir à des résolutions ou du moins à un accord préliminaire. C’est pourquoi il a été décidé conjointement d’une seconde rencontre (aujourd’hui). Et donc que cette fois, on en saura un peu plus sur ce que va décider ou pas le ministre». Ce dernier nous donne rendez-vous aujourd’hui pour révéler les conclusions de la rencontre.
De son côté, Omar Ameur, du syndicat affilié à l’Union nationale des commerçants et artisans algériens (UNCA), également approché par Reporters, s’est dit satisfait de la rencontre avec le ministre, non sans préciser : «Nous nous sommes mis d’accord pour une série de rencontres afin que le ministère puisse étudier en profondeur nos revendications à même de prendre les mesures appropriées.»
Cela dit, il importe de savoir qu’à cette rencontre entre les représentants de la dite corporation et le ministère de tutelle beaucoup d’autres ont précédé sans aboutir à des résolutions. Dans ce sillage, il y a lieu de rappeler que tous les ministres qui se sont succédé avaient promis qu’ils allaient prendre en compte de manière concrète leurs revendications. En clair, rien n’a été fait dans ce sens, du moins de donner de l’espoir à cette catégorie professionnelle. Et pourtant, elle n’a eu de cesse de porter à la connaissance de la tutelle qu’il lui est de plus en plus difficile de travailler dans les conditions actuelles. Ce dont souligne à Reporters Omar Ameur. Et de confier : «La priorité de nos revendications réside dans la révision de notre marge bénéficiaire, de plus en plus réduite à sa portion congrue rendant ainsi de plus en plus difficile l’exercice de notre métier.» Ce syndicaliste en veut pour preuve : «Nos charges ne cessent d’augmenter, les prix de la matière première et des intrants indispensables ont eux aussi grimpé, alors que le prix du pain dans son large éventail est resté statique. Ce qui n’est guère encourageant pour se maintenir en activité. Il est donc devenu urgent et impératif de mettre une formule qui puisse hisser notre marge bénéficiaire sans procéder à une augmentation du prix de la baguette de pain. C’est la solution idoine.» Omar Ameur a également évoqué la nécessité de mettre fin à l’anarchie qui règne dans le circuit de la production et de commercialisation du pain. Ce dernier révèle dans ce sens des paradoxes. «Des quartiers entiers sont dépourvus de boulangerie, laissant libre cours au commerce informel du pain sur la chaussée, alors que dans d’autres quartiers les boulangeries se côtoient.» Un désordre sur lequel le syndicaliste se dit outré. «Il faut bien qu’un jour ou l’autre que les pouvoirs publics se décident à instaurer de nouvelles règles afin que les artisans-boulangers puissent sortir une fois pour toute du pétrin dans lequel ils se sont retrouvés car il y va de l’avenir de notre métier», a-t-il enfin lâché.