Après l’abandon des pourparlers, qui a duré deux semaines, les pays de l’Opep+ pourraient se retrouver dans les plus proches délais pour dégager la démarche à adopter en matière de production pour le mois d’août.

Par Feriel Nourine
C’est en tous les cas ce que laissaient comprendre, hier, des informations de presse, faisant état d’un compromis entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. Ce sont les agences Bloomberg et Reuters qui ont annoncé la fin du différend, inédit entre les deux voisins du Golf, citant des sources proches de l’alliance regroupant les 23 pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leurs dix alliés non-membres.
Début juillet, Riyad et Abu Dhabi s’étaient séparés dans une atmosphère marquée par un profond désaccord entre les deux pays, rendant impossible l’application du consensus dégagé par l’Opep+ et portant sur l’injection à son offre de 2 millions de barils par jour entre août et décembre, à raison de 400 000 barils par jour chaque mois. La réunion finale de l’alliance, qui devait se tenir le 2 juillet, avait donc été décalée au 5 juillet, une première fois, avant d’être carrément reportée «sine dine», témoignant des difficultés d’avancer dans les pourparlers.
Les deux pays avaient, certes, tous deux approuvé l’accord portant sur l’augmentation de la production globale de l’alliance, mais les Emirats arabes unis s’étaient opposés à la prolongation de l’accord existant jusqu’en décembre 2022 à partir d’avril 2022, à moins qu’un quota de production plus élevé ne leur soit accordé. Les Emirats, dont le PIB dépend à 30% des hydrocarbures, ont estimé que l’accord était «injuste» et leur ministre de l’Energie avait réclamé «justice» pour l’après-2022. «Il est déraisonnable d’accepter de nouvelles injustices et sacrifices. Nous avons déjà été patients», avait déclaré Souheil al-Mazrouei.
Au cœur du différend se trouve la question du volume de production de référence, à partir duquel est calculé le quota de chaque pays. Pour le ministre émirati, le volume de son pays –fixé à 3,17 millions de barils par jour– devrait être revu à la hausse (3,8 millions de barils par jour) en cas de prolongation de l’accord.
Cette demande a été rejetée par le ministre saoudien. «J’assiste aux réunions de l’Opep depuis 34 ans et je n’ai jamais vu de telles demandes», a déclaré le prince Abdelaziz à Al-Arabiya. Le ministre saoudien a refusé de céder aux demandes d’Abou Dhabi en arguant notamment que la prolongation de l’accord en l’état, jusqu’à fin 2022, était nécessaire pour la stabilité du marché.
Le désaccord entre les deux pays a poussé l’alliance dans une impasse, alors que le regain de demande mondiale de Brut est en train de se consolider. Mais la tension serait en train de tomber grâce à un compromis entre Saoudiens et Emiratis qui donnerait à ces derniers, détenteurs de la sixième plus grande réserve de pétrole au monde, un niveau de production de référence plus élevé et ouvrirait la voie à la prolongation d’un pacte sur les restrictions d’approvisionnement restantes jusqu’à la fin 2022, a expliqué la source, citée par les deux agences de presse britannique et américaine, ajoutant que l’Opep+ décidera prochainement d’une nouvelle date de réunion.
Sur le marché, l’annonce du compromis dans l’après-midi a provoqué un retour à la hausse des prix de l’or noir. Evoluant en baisse durant la matinée, les cours ont renoué avec la tendance haussière. Vers 15H, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre valait 76,52 dollars à Londres, en petite hausse de 0,04% par rapport à la clôture de la veille. A New York, le baril de West Texas Intermediate (WTI) pour août perdait 0,13%, à 75,15 dollars.