Dans une déclaration à la presse, dimanche dernier, en marge d’une rencontre organisée par la Commission de régulation de l’électricité et du gaz (Creg) avec les opérateurs, le ministre de l’Energie Mohamed Arkab a justifié sa décision d’autoriser Sonatrach à exercer son droit de préemption sur les parts de la compagnie américaine Anadarko dans les champs de pétrole exploités en association HBNS et satellites, Ourhoud et El Merk, situés dans le bassin de Berkine au sud-est du pays.

Principal argument en faveur de cette prise de contrôle de Sonatrach sur les actifs d’Anadarko (24% dans ces gisements), la rentabilité de ces champs du bassin de Berkine. « Nos services ont étudié l’offre d’Anadarko (la cession de ses parts à Occidental) sur plusieurs aspects, y compris sur les plans économique et technique, sachant que le périmètre de Hassi Berkine est assez rentable (ndlr allusion à HBNS et ses satellites) et continuera à pomper du pétrole jusqu’en 2036, voire jusqu’en 2040, selon une étude. C’est pourquoi nous avons demandé à Sonatrach d’exercer son droit de préemption pour obtenir les actions d’Anadarko, ce qui est en fait une opération ordinaire. L’exercice du droit de préemption est une opération purement économique dans le cadre du contrat conclu entre Sonatrach et ses partenaires. Cette opération s’inscrit dans le cadre de l’application de la loi sur les hydrocarbures en vigueur ». En fait, les contrats signés avec Anadarko ont été conclus dans le cadre de la loi 86-14. Ses décrets d’application ou amendements confèrent au ministre de l’Energie le pouvoir de donner son feu vert à l’exercice du droit de préemption par Sonatrach. En ce sens, le ministre de l’Energie a rappelé l’étape qui a précédé cette prise de décision. « Anadarko partenaire de Sonatrach a sollicité l’approbation du ministre de l’Energie pour le changement de contrôle sur ses intérêts dans le périmètre de Hassi Berkine suite à une opération de fusion-acquisition entre les compagnies pétrolières américaine Anadarko et Occidental (ndlr : Occidental a absorbé Anadarko et donc devenu détentrice de tous les actifs d’Anadarko dans le monde y compris en Algérie). Précisément, le ministre de l’Energie a été destinataire début août d’une demande d’Anadarko sollicitant l’approbation du changement de contrôle sur la compagnie Anadarko Algérie au profit de la compagnie américaine Occidental Petroleum après le contrat conclu entre les deux compagnies ». A rappeler que dans le cadre de ce processus de fusion-acquisition Occidental devrait céder l’ensemble de ses nouveaux intérêts nouvellement acquis en Afrique à Total (Algérie inclus).
A une question sur le risque de recours à l’arbitrage international par ces compagnies, Mohamed Arkab a répondu : « La compagnie Anadarko est un partenaire avec qui nous avons établi un partenariat qualitatif et important et je ne crois pas que les rapports s’arrêteront à ce contrat. Nous avons besoin d’Anardarko comme futur partenaire. » Le ministre a ajouté qu’il a demandé à Sonatrach de s’asseoir autour d’une table avec Anadarko pour examiner professionnellement tous les moyens techniques disponibles. Le premier responsable du secteur laisse entendre que la coopération entre Sonatrach et Anadarko pourrait se poursuivre à l’avenir avec la signature d’autres contrats. Ce qui permettrait d’éviter un contentieux dans ce dossier. Mais il prévient les parties tierces de façon implicite si elles venaient à recourir à l’arbitrage international. « Nous disposons à Sonatrach d’experts compétents », avant d’exprimer le souhait de ne pas en venir à un nouveau litige. « Nous espérons que cette affaire ne parvienne pas à l’arbitrage international », at-il ajouté. Mohamed Arkab a indiqué qu’il a demandé à Sonatrach d’exercer son droit de préemption quant aux actions de la compagnie italienne Edison. Cette dernière aurait exprimé son désir de se retirer des champs du Sud est Illizi, un projet de développement de gisements de gaz en partenariat entre Sonatrach, Repsol et Edison.
Le ministre de l’Energie n’a pas évoqué la seconde étape de ce processus de changement de contrôle concernant les parts d’Anadarko, l’ouverture de négociations entre Sonatrach et Anadarko concernant le prix du rachat par Sonatrach des actifs d’Anadarko dans les trois champs précités estimés à 2,3 milliards de dollars. Le ministre de l’Energie a conclu sa réponse en affirmant que les décisions prises par le gouvernement (allusion à cette opération) sont incontestablement dans l’intérêt du citoyen et de la patrie. Le premier responsable du secteur invoque donc le retour au patriotisme avec ces mesures en vue de rétablir la confiance perdue après une décennie au moins de dérives dans la gestion du pays.