Les médecins résidents ne jurent que par la radicalisation de leur mouvement. Et il ne leur reste pas beaucoup d’options en la matière après des actions de protestation d’envergure et l’arrêt de l’activité des soins et de la pédagogie.

L’option, jusque-là laissée en dernier recours, est sérieusement posée sur la table et sera discutée aujourd’hui à l’occasion d’assemblées générales qui seront organisées à travers les wilayas.
L’on parle de l’éventualité de signer une démission collective et la remettre à tous les directeurs d’hôpitaux prochainement, dans le cas où les autorités ne donneraient aucun délai pour la prise en charge des revendications défendues depuis le début du mouvement.
C’est du moins ce que nous a affirmé, hier, le Dr Mohamed Taïleb au sortir d’une réunion de délégués tenue à Tizi Ouzou. «À l’unanimité, la base réclame le durcissement du mouvement à travers des actions nationales ou une démission collective. Pour cette dernière, il est prévu de préparer un seul écrit avec les signatures de tous les médecins résidents et fixer un préavis», a confié le délégué national du Camra (Collectif autonome des médecins résidents algériens). Selon lui, «il reste que les AG sont souveraines et devront d’abord voter pour ce choix».

Déception et dernière carte à jouer
Mais, il faut dire que le sentiment de colère et de déception laissés après la réunion de lundi dernier entre le ministre de la Santé et les représentants du Camra peut amener les blouses blanches à jouer ce qui semble être la dernière carte pour «pousser les autorités à assumer leur responsabilité, une fois que les hôpitaux seront désertés». En effet, la rencontre Camra-Hasbellaoui a viré à l’échec, les deux parties étant restées attachées à leurs positions opposées concernant des questions sensibles comme le service civil et le service militaire. «Il n’y a eu aucune nouvelle proposition et les collaborateurs du ministre (Hasbellaoui s’étant retiré après 15 mn) se sont tenus au dernier PV signé le 10 avril», explique le Dr Taïleb qui s’interroge de l’utilité de programmer des rencontres sans avoir quelque chose à proposer ? Ce qui l’amène à soupçonner une volonté des autorités, du ministère de tutelle en particulier, à gagner du temps. «Le ministre est venu nous parler quelques minutes du projet de loi sanitaire avant de se retirer pour une réunion au 4e étage. Ce qui nous laisse penser que ce projet est une priorité. Il ne veut que gagner plus de temps jusqu’à l’adoption de projet de nouvelle loi sur la santé qui sera débattu en plénière dimanche prochain à l’APN», assène le délégué du Camra.

Rejet du projet de loi sur la santé
Cet avant-projet, les médecins résidents le rejettent d’ailleurs puisqu’«il réaffirme le caractère obligatoire du service civil dans son article 205 qui se réfère toujours à une loi vieille de 34 ans (84-10) ayant prouvé son échec en ce qui concerne la prise en charge des patients dans les zones enclavées». C’est dire que les propos tenus officiellement par le représentant du ministère de la Santé semblent insignifiants au vu de la situation de pourrissement qu’a atteint ce mouvement.
Omar Berdjouane, inspecteur général du département du Pr Mokhtar Hasbellaoui, a en effet, déclaré, lundi, que «les portes du dialogue restent ouvertes pour poursuivre les négociations avec les représentants des médecins résidents». Mais, que proposer, en fin de compte ? Sans concret, les délégués du Camra, ne retourneront plus à la table des négociations, puisqu’il faut signaler que ce sont eux qui ont demandé à mettre fin à la dernière réunion estimant qu’«il n’y a avait aucune avancée».
Après plus de 5 mois de grève, des actions nationales entre marches et rassemblements, le boycott des activités pédagogiques, l’arrêt de l’activité d’astreinte de 8h à 16h dans les hôpitaux, peu de choix se présentent désormais devant les blouses blanches, appelés aujourd’hui à décider des suites à donner à leur mouvement. Raison pour laquelle, le risque de la démission collective et de ses répercussions sur la prise en charge des malades dans les hôpitaux devraient inciter les pouvoirs publics à négocier à nouveau avant qu’il ne soit trop tard.