Par Hakim Ould Mohamed
Le président de la République Abdelmadjid Tebboune a tranché dans le vif au sujet du gazoduc reliant l’Espagne via le Maroc : l’Algérie n’approvisionnera plus l’Espagne en gaz naturel via le gazoduc transitant par le Maroc. «Nous avons convenu avec les amis espagnols de les approvisionner en gaz naturel via le gazoduc Medgaz», a indiqué le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, lors de sa rencontre périodique avec les représentants de médias nationaux. Il a ainsi coupé court à toutes les discussions au sujet du devenir du gazoduc reliant l’Algérie à l’Espagne via le Maroc au lendemain de la suspension des relations diplomatiques entre les deux pays. «En cas d’éventuelles pannes, l’approvisionnement se fera à bord de navires algériens», a ajouté le Président Tebboune. Alors que le contrat reliant l’Algérie au Maroc expirera à la fin du mois en cours, les rumeurs vont bon train sur une éventuelle rupture définitive de l’accord permettant à l’Algérie de faire transiter son gaz acheminé à destination du royaume ibérique par le Maroc. A ce propos, le Président de la République était plutôt clair, soulignant qu’«aucune décisions n’a encore été prise à cet effet», précisant que l’Algérie continuera à pomper le gaz via ce gazoduc jusqu’à la fin du contrat en vigueur, prévue pour le 31 octobre. Dit autrement, le gazoduc transitant par le Maroc continuera à remplir les termes du contrat jusqu’à la date de l’expiration de l’accord, soit au 31 octobre courant. Passé ce délai, c’est à l’Algérie que reviendra la décision de renouveler le contrat au non et c’est au Medgaz, gazoduc sous-marin reliant l’Algérie directement à l’Espagne que reviendra la mission d’approvisionner le royaume ibérique en gaz naturel. «L’Espagne ne sera plus approvisionnée en gaz via le GME. Nous n’avons plus besoin de ce gazoduc», a précisé Abdelmadjid Tebboune. Selon lui, toutes les livraisons de gaz algérien à l’Espagne se feront désormais via le gazoduc sous-marin Medgaz, qui opère déjà au maximum de sa capacité de 8 milliards de mètres cubes par an, soit la moitié des exportations algériennes annuelles vers ce pays et le Portugal. «Nous nous sommes entendus avec l’Espagne pour que s’il y a un quelconque dysfonctionnement, tous nos bateaux vont se diriger vers l’Espagne pour lui livrer du gaz naturel liquéfié», a assuré le président Tebboune. L’Algérie, qui expédie vers l’Espagne et le Portugal environ 10 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an, ne perd pas grand-chose au change, puisque le Medgaz, dont la capacité est de 8 milliards de mètres cubes par an, pourrait être renforcé par des approvisionnements au moyen de la flotte de méthaniers dont dispose le groupe Sonatrach. En revanche, les pertes s’annoncent colossales pour le royaume chérifien étant donné que Rabat reçoit annuellement près d’un milliard de mètres cubes de gaz naturel en contrepartie du passage de l’ancien gazoduc Afrique-Europe par ses terres, ce qui représente 97% de ses besoins en gaz. La moitié sont des droits de passage payés en nature, soit l’équivalent de 500.000 dollars-an, l’autre du gaz acheté à un prix avantageux. Pour ainsi dire, la décision de fermer le pipeline transitant par le Maroc, si décision il y a, est loin de compromettre les engagements de l’Algérie envers ses clients de la péninsule Ibérique, mais devra infliger d’importantes pertes au Maroc, pays avec lequel l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques depuis fin août dernier. Face à la hausse des prix du gaz sur le marché européen et la décision d’Alger de rompre ses relations diplomatiques avec le Maroc, l’Espagne a dépêché, voici quelques jours, son ministre des Affaires étrangères pour tenter de sécuriser ses approvisionnements en gaz algérien. Le chef de la diplomatie espagnole est reparti d’Alger rassuré quant à l’engagement de l’Algérie à honorer ses contrats conclus par Sonatrach avec ses clients espagnols à l’issue de ses entretiens avec les autorités algériennes. <