L’Europe devrait se tourner vers l’Afrique pour un axe énergétique «Sud-Nord» qui lui permettrait de s’alimenter en gaz en provenance de l’Afrique, en particulier de l’Algérie, à l’heure où le Vieux continent se démène encore pour trouver des substituts au gaz.

Par Hakim Ould Mohamed
«Nous n’avons pas d’énergie, ils ont de l’énergie. Nous avons une grande industrie, ils doivent développer la leur… Il y a une forte complémentarité», a déclaré Claudio Descalzi, Directeur général du géant italien de l’énergie ENI, dans une interview accordée au Financial Times. Dans son nouveau plaidoyer en faveur de l’Afrique, il appelle les Européens à mettre à profit cette complémentarité pour en faire un axe de partenariat stratégique «Sud-Nord». L’italien ENI est un acteur majeur dans de nombreux pays africains et a signé plusieurs accords pour stimuler l’approvisionnement de l’Europe en gaz à travers d’importants investissements dans plusieurs pays africains à fort potentiel en gaz naturel, dont l’Algérie à laquelle il n’hésite pas de faire référence pour plaider la disponibilité d’importantes ressources gazières. Preuve en est, qu’en avril 2022, alors que les marchés pétrolier et gazier subissaient de plein fouet les tensions géopolitiques en Europe, ENI poursuivait en Algérie ses efforts aux côtés de Sonatrach afin de développer de nouveaux projets dans l’amont gazier ; Claudio Descalzi et Toufik Hakkar, PDG du groupe Sonatrach, signant un accord qui permettra à la compagnie italienne d’augmenter les quantités de gaz importées via le gazoduc TransMed/Enrico-Mattei dans le cadre d’un contrat de fourniture de gaz à long terme.
Pour plaider en faveur des avantages comparatifs que peut offrir l’Algérie à l’Europe, le patron du groupe ENI a indiqué que l’accord conclu par sa compagnie avec Sonatrach «permettra d’exploiter les capacités de transport disponibles du gazoduc pour assurer une plus grande flexibilité d’approvisionnement, en fournissant progressivement des volumes croissants de gaz». Ce n’est pas la première fois que le patron d’ENI plaide en faveur d’un partenariat plus stratégique Europe-Algérie, soulignant au crayon-feutre le potentiel du pays en réserves gazières.
D’ailleurs, en octobre dernier, ENI a annoncé en grande pompe le démarrage de la production de deux champs gaziers dans le cadre du nouveau contrat Berkine Sud en Algérie, avec des volumes destinés au marché européen. Claudio Descalzi n’a pas manqué de souligner dans son interview au Financial Times la stratégie gagnante de son groupe en Afrique et plus particulièrement en Algérie, croyant dur comme fer qu’il s’agit là d’une carte gagnante pouvant contribuer de manière significative à la sécurité énergétique de l’Europe, tout en plaidant en faveur de la diversification croissante des approvisionnements et d’une transition juste où le gaz sera au cœur des stratégies et des mix énergétiques.
Cet axe stratégique «Sud-Nord» auquel Claudio Descalzi n’a cessé d’appeler de tous ses vœux, l’Algérie n’en fait pas moins, plaidant en faveur d’un partenariat gagnant-gagnant à travers lequel elle s’engage à fournir l’Europe en volumes supplémentaires en contrepartie d’un investissement conséquent dans l’amont gazier algérien, à l’image de ce que fait actuellement le groupe ENI. D’autant plus que l’Algérie est reliée au Vieux continent au moyen de gazoducs, facilitant l’approvisionnement et la réduction des coûts liés au transport.

Toufik Hakkar : «l’industrie du gaz est très capitalistique»
Etant son marché traditionnel, Sonatrach a livré d’importants volumes de gaz naturel à l’Europe en 2022 aussi bien dans le cadre des contrats de long terme, conclus avec ses principaux clients que dans le cadre des contrats spot (marché libre). Le patron du groupe Sonatrach, Toufik Hakkar, a indiqué, à juste titre, dans son interview accordée à MEES, que les engagements de Sonatrach envers ses clients européens ont été pleinement honorés et que des quantités supplémentaires de 4 milliards de m3 de gaz naturel leur ont été livrées dans le cadre d’un contrat spot. «Chaque année, Sonatrach investit des sommes importantes dans l’exploration, dans le développement des champs et dans les installations de transport et de traitement du gaz. Plusieurs projets ont été mis en service au cours des trois dernières années, tels que les nouveaux gisements de gaz à Tinhert, Gassi Touil et Berkine Sud, les projets de gaz à Hassi R’Mel, Hamra et In Amenas, le nouveau gazoduc GR7 pour le transport du gaz du Sud-champs de l’Ouest, ainsi que l’extension du gazoduc Medgaz reliant l’Algérie à l’Espagne», a souligné Toufik Hakkar, comme pour dire les efforts que consent Sonatrach annuellement pour honorer ses engagements envers ses partenaires européens.
Le PDG de Sonatrach soutient que son groupe entend continuer à développer son potentiel gazier afin de fournir des volumes supplémentaires aux marchés nationaux et internationaux, notamment le marché européen. Plusieurs projets sont en cours et seront mis en service au cours des deux prochaines années, tels que les champs de Hassi Mouina et Hassi Ba Hamou dans le Sud-Ouest, et Isarène et TFT Sud dans le Sud-Est, soutient Toufik Hakkar, précisant, dans la foulée, que d’autres projets sont attendus en 2023 et 2024, dont Hassi R’Mel, Hamra, Ohanet et Touat. Ainsi, davantage de volumes de gaz sont attendus et seront destinés à la fois pour «répondre à la demande intérieure supplémentaire ainsi qu’à la demande de nos partenaires européens en fonction des conditions opérationnelles et commerciales», précise le patron de la compagnie publique des hydrocarbures. «En outre, je tiens à souligner que si Sonatrach comprend que la sécurité d’approvisionnement et la diversification de l’approvisionnement sont des enjeux clés pour les pays européens, ils doivent également s’engager dans des accords d’achat à long terme afin de garantir la sécurité de la demande pour leurs principaux fournisseurs», souligne Toufik Hakkar. Ce à quoi l’Algérie n’a cessé d’appeler, à savoir la garantie d’une demande pérenne pour pouvoir engager d’importants projets et financements afin de développer son potentiel gazier. Dit autrement, l’Algérie réclame une visibilité sur le long terme et une participation des majors européennes dans les efforts de recherche, d’exploration et de développement des projets gaziers en Algérie. «Comme tous les pays producteurs de gaz, l’Algérie, à travers un important programme d’investissement, s’engage à assurer à ses partenaires un approvisionnement stable, durable et fiable en gaz naturel tant que la demande en gaz restera forte. Comme vous le savez, l’industrie du gaz est très capitalistique», conclut le patron de Sonatrach. <