Si l’expiration du contrat du gazoduc Maghreb-Europe ne s’est pas opérée sans préoccuper certains pays européens, qui se disent dépendants eux aussi de ce canal d’alimentation en GN, les autorités algériennes ne ménagent, de leur côté, aucun effort de communication pour rassurer sur les capacités de l’Algérie à poursuivre l’approvisionnement de ses clients dans le strict respect de ses engagements.

Synthèse de Feriel Nourine
En ce sens, le Medgaz fait parler de lui ces derniers jours, notamment depuis le 31 août, date d’expiration officielle du contrat du GME, qui alimentait l’Espagne en passant par le Maroc. Mais les assurances d’Alger, notamment celles émanant des hauts responsables du secteur énergétique, ne semblent pas suffire pour empêcher le Parlement européen de trouver à redire, alors que le principal client concerné, en l’occurrence l’Espagne, se dit convaincu par le potentiel de Medgaz qui relie directement les deux pays par une canalisation sous-marine allant de Beni Saf à Almeria.
Il a d’ailleurs fallu que l’ambassadeur d’Algérie à Bruxelles et chef de mission auprès de l’Union européenne (UE), Mohammed Hanèche, intervienne, mercredi dernier, pour rassurer de nouveau les pays européens dans une mise au point à l’adresse du président de la délégation du Parlement européen pour les relations avec les pays du Maghreb (DMAG), Andrea Cozzolino. Ce dernier s’est dit «préoccupé» par le non-renouvellement, entre Sonatrach et l’Office marocain de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) de l’accord d’approvisionnement en gaz via le GME. Dans la même logique, les responsables du secteur sont revenus à la charge, hier, pour des nouvelles garanties à travers une collecte de chiffres sur le Medgaz publiés par l’APS. Rappelant que ce gazoduc, entré en activité en 2011, assure actuellement l’ensemble du volume des exportations algériennes de gaz naturel (GN) vers l’Espagne, fixé dans le cadre des contrats à long terme, l’article en question note qu’avec l’entrée en service du 4e turbocompresseur d’ici la fin de l’année, la capacité de Medgaz sera sécurisée pour assurer 10,7 mds m3/an.
La capacité de cet ouvrage pourra même être augmentée à 16 mds m3 en cas de besoin, moyennant la réalisation d’investissements supplémentaires. Les études relatives à une telle augmentation (16 mds m3) ont été déjà réalisées, mais la décision finale d’investissement d’un tel ouvrage ne peut être prise qu’en cas de conclusion de contrats à long terme de gaz naturel entre Sonatrach et les clients européens pour des volumes plus ou moins équivalents à la capacité de l’extension du Medgaz et sur une durée suffisante pour la récupération des investissements dans l’amont et dans le transport par gazoduc.
Sonatrach et Naturgy avaient renforcé leur position sur le Medgaz en acquérant, en 2020, les parts de Cepsa. Sonatrach est devenue de ce fait actionnaire à 51% dans la société Medgaz, alors que 49% des actions sont détenues par le partenaire espagnol. Cette canalisation sous-marine a transporté, à ce jour, 64 mds m3 de GN algérien vers l’Espagne. Il semble donc évident, selon des observateurs, que Sonatrach et son partenaire Naturgy privilégient le Medgaz pour l’acheminement du gaz naturel vers l’Espagne afin de rentabiliser leur investissement dans cet ouvrage stratégique. Mis en service en 1996, le GME a acheminé, depuis sa mise en exploitation, 238 mds m3 (en 25 ans) dont 6 mds m3 (en 10 ans) au Maroc.
Une continuité de l’exploitation du GME, au-delà de l’échéance du 31 octobre 2021, dépendait de l’existence de contrats gaziers sur cette ligne entre Sonatrach et ses clients. «Mais, lesdits clients n’ont pas renouvelé leurs contrats sur ce gazoduc», explique l’expert énergétique Mahmah Bouziane. «C’est ainsi que Sonatrach a convenu avec ses clients, dans le cadre du projet d’expansion de la capacité du Medgaz, de transférer une partie de leurs volumes qui devaient transiter sur le GME vers le Medgaz» soutient-il.
GME : l’Algérie ne payait pas de droits de passage au Maroc
Pour ce qui est du tronçon de GME qui traverse le territoire marocain, d’une longueur de 540 kilomètres et d’un diamètre de 48 pouces, en plus de la partie sous-marine de 47 kilomètres, le même a tenu à expliquer que «ce tronçon est la propriété de la société Maghreb Pipeline Limited (EMPL), détenue par Naturgy (Espagne) à 77,2% et Galp Energie (Portugal) à 22,8%». Il ajoutera que la réalisation et l’exploitation de ce tronçon ont été confiées à la société Metragaz, détenue par Naturgy à 76,68%, Galp Energia à 22,64% et l’Office national des hydrocarbures et des mines marocain (ONHYM) à 0,68%. Ainsi, «l’Algérie n’était impliquée ni dans la propriété ni dans l’exploitation du tronçon GME transitant par le Maroc», a-t-il souligné, en expliquant que les contrats entre Sonatrach et ses clients pour la vente de GN vers l’Espagne, le Portugal et le Maroc exigeaient de Sonatrach d’acheminer le gaz jusqu’à El Aricha. Au-delà de ce point frontalier, l’Algérie n’était pas concernée par la gestion du deuxième tronçon du GME.
De ce fait, l’Algérie ne payait aucun droit de passage de son gaz via le GME, ni en espèce ni en nature, du moment qu’il s’agissait d’une infrastructure dont la concession ne la concernait pas, a encore clarifié l’expert. Ce sont par contre les parties espagnole (Naturgy) et portugaise (Galp Energie) qui payaient ces droits au Maroc, étant la partie bénéficiaire de la concession à travers la société EMPL. <