Le Président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a confirmé, samedi, à l’ouverture de la réunion gouvernement-walis un arbitrage en faveur de l’appréciation du dinar face aux deux principales devises d’échange, le dollar en particulier. Depuis juillet, le dinar connait une nette appréciation face au dollar et à l’euro, dans un contexte national marqué par la hausse des fondamentaux de l’économie et un rebond spectaculaire de l’inflation.

Par Hakim Ould Mohamed
Au plan international, les prix et l’offre des produits de base connaissent une forte tension, entrainant une forte inflation dans plusieurs pays à travers le monde, alors que le conflit s’exacerbe en Ukraine. Ces facteurs à la fois endogènes et exogènes ont contribué à ce changement de politique du taux de change de la banque centrale qui, depuis juillet, réajuste la valeur du dinar en fonction de l’évolution des fondamentaux de l’économie et du mouvement de change à l’international. Le chef de l’Etat a confirmé, samedi, lors d’un discours d’ouverture de la rencontre gouvernement-walis, ce réajustement de la valeur de la monnaie nationale.
Le Président Tebboune a indiqué que «plusieurs mesures ont été prises ayant permis une amélioration de la situation de l’Algérie aux plans régional, continental et international, en témoignent des institutions internationales rigoureuses à l’instar de la Banque mondiale et de la FAO», précisant que les décisions prises en matière de lutte contre l’inflation et d’appréciation du dinar ont porté leurs fruits.
Tout en se félicitant de «la reconnaissance par la Banque mondiale de la bataille d’appréciation du dinar menée par l’Algérie» et laquelle reflète son engagement à revaloriser la monnaie nationale, le Président Tebboune a reconnu que «le chemin est bien long pour remédier à la catastrophe économique vécue par le passé et accentuée par la planche à billet qui a exacerbé l’inflation».
C’est la première fois que l’Exécutif reconnait ouvertement une opération en faveur de l’appréciation de la monnaie nationale. Il s’agit d’une opération de désinflation au moyen d’outils monétaires, dont le taux de change du dinar qui est, faut-il le souligner, un des outils de la politique monétaire de la banque centrale. Cette institution a décidé ainsi de tirer le frein à main de la dépréciation à répétition du dinar qui a marqué les années post-contrechoc pétrolier de 2014.
Preuve en est que la cotation du dinar sur le marché officiel des changes est passée de 78 dinars/dollar en moyenne en juin 2014 à près de 150 dinars/dollar au premier semestre de 2022 et de 106 dinars/euro en juin 2014 à plus de 165 dinars/euro au premier semestre de l’année en cours. Ces variations témoignent d’une longue agonie du dinar face aux deux principales devises qui aura duré huit années entières.
Dit autrement, la dévaluation du dinar, puisque c’est de cela dont il s’agit, servait à renchérir les importations et à accroitre la part des revenus de la fiscalité pétrolière libellée en dinar. L’appréciation du dinar de ces dernières semaines est rendue possible par la hausse des fondamentaux de l’économie et un rebond spectaculaire de l’inflation, se nourrissant essentiellement de la flambée des cours des produits de base sur les marchés mondiaux, mais aussi de la hausse de l’inflation dans les pays partenaires de l’Algérie, dont l’Europe particulièrement. Il est vrai que ce mouvement haussier du cours de change du dinar traduit la variation des taux de change des principales monnaies sur les marchés internationaux, mais cette appréciation sert aussi de bouclier contre la forte inflation de ces derniers mois, dont le taux a atteint 9,4% en juillet dernier, en glissement annuel. Cette appréciation intervient, faut-il le rappeler, après que la monnaie nationale ait connu des ajustements importants ces dernières années, en contexte de choc externe.
Il représentait quasiment l’unique levier d’ajustement macroéconomique, alors que les positions financières internes et externes du pays allaient en s’affaiblissant. D’ailleurs, la Banque centrale était sortie de ses gonds à la mi-2018 pour souligner que l’ajustement du taux de change «ne doit pas constituer le principal, voire l’unique levier d’ajustement macroéconomique».
La Banque d’Algérie avait appelé alors, et elle n’était pas à sa première alerte, à mettre en œuvre d’autres mesures et politiques d’ajustement macroéconomique, notamment budgétaire, aux fins de rétablir durablement les équilibres macroéconomiques, et de réformes structurelles aux fins d’asseoir une diversification effective de l’économie et in fine une hausse de l’offre domestique de biens et services. n