C’est une révolte que l’action intentée par les pharmacies constantinoises, où de la région de Constantine. Une rébellion pour dire non au chantage, à la vente concomitante, à l’anarchie qui règne dans le domaine de la distribution des médicaments, et à la pénurie, souvent fictive, qui affecte bon nombre de médicaments vitaux.
Contre toute cette pagaille organisée, un appel au boycott des distributeurs a été effectif le dimanche 14 février 2021. Ce n’est pas une action syndicale initiée par le Snapo de la région de Constantine, mais un appel proposé sur des forums du bureau de wilaya. Un appel largement répertorié et suivi en masse par près de 70 % des adhérents au Snapo local, et qui risque de faire tâche d’huile ailleurs puisque ce mouvement a enregistré les éloges et l’enflamme de nombreux pharmaciens d’autres wilayas.
Nous avons voulu connaitre l’avis de M. Bouherid Abdelkrim, président du Snapo de la région de Constantine, mais il nous a été impossible de le joindre. Comme cela a été le cas pour des déclarations «officielles» des pharmaciens à qui l’on a rendu visite. «Toute déclaration doit avoir l’aval du bureau», s’étant entendu dire à chaque fois. Mais sous le sceau de l’anonymat, trois pharmaciens ont bien voulu converser du mouvement lancé dimanche dernier.
«Trop, c’est trop, nous dira Mourad, un pharmacien au centre-ville. On subit les pires vexations de la part de certains grossistes et distributeurs dès qu’on passe commande. Le métier n’est plus pratiqué par des professionnels du secteur, mais par des opportunistes qui tiennent maintenant tout le marché en mains. Des maquignons du domaine du médicament.»
Salima, à Sidi Mabrouk, nous racontera ses nombreuses déconvenues avec les distributeurs. «Lors du pic de la contamination au Covid, nous avons passé commande pour de la Zythromicine et du Lovenox, entre autres. Nous savions que pour le premier, il y avait une surproduction, car en plus de la molécule mère de Pfizer, il y avait plusieurs génériques fabriqués localement. Eh bien, une pénurie a été créée de toutes pièces, et pour le second, produit aussi localement, il a même été en rupture au niveau des hôpitaux. Mais si vous acceptez d’acheter des compléments alimentaires à des prix inimaginables, ou des médicaments en surstock, la zythromicine et le Lovenox réapparaissaient comme par magie.»
Moncef, qui active à Ali Mendjeli, que nous avons joint par téléphone, abondera dans le même sens. «On parle d’une pénurie de plus de 300 médicaments. C’est vrai, mais une grande partie a été créée par les distributeurs et les grossistes. Le chantage qu’on a subi pour avoir l’antigrippal cette année a été révélateur. En plus du Paracétamol que l’on rend à nos clients comme monnaie, du fait de la quantité astronomique que l’on nous propose à chaque commande, il y a aussi des préparations, comme l’alcool ou du sérum, que l’on nous vend concomitamment avec les médicaments nécessaires pour certaines maladies chroniques, comme le collyre travatan, pour la tension oculaire, où le levothyrox, régulateur de la fonction de la thyroïde.»
Les exemples sont légion, et chaque pharmacien aura une histoire à vous raconter concernant un ou plusieurs médicaments. Le bureau national du Snapo souligne d’ailleurs, et en appoint à l’action constantinoise, que les pharmaciens d’officine vivent une situation intolérable, et que le marché du médicament n’arrête pas de se détériorer.
Il rappellera aussi que le décret portant organisation et fonctionnement des établissements pharmaceutiques a été présenté au gouvernement sans accord des pharmaciens d’officine, alors que ce texte était très espéré depuis des années.