L’appel à l’administration d’une 3e dose de vaccin anti-Covid-19 est lancé à la population ayant reçu deux doses avec la mention que la 3e «n’est pas obligatoire mais facultative».

PAR INES DALI
Même si l’Algérie dispose de 13 millions de doses de vaccins, d’aucuns se posent la question de l’opportunité d’aller à une 3e dose au moment où le rythme vaccinal bat de l’aile et des difficultés sont palpables pour l’inoculation de la première.
Le président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP), Dr Lyès Merabet, a souligné qu’«il reste effectivement des efforts pour une plus grande adhésion de la population à la vaccination puisqu’on peine à assurer le rythme qui sied à la campagne», mais ne semble pas voir d’inconvénient à une 3e dose. Il a, toutefois, relevé, dans une déclaration à Reporters, que «l’opportunité n’est pas suffisamment expliquée» et que «la 3e dose suscite des interrogations concernant notamment les populations cibles».
«Même dans des pays où l’objectif de la vaccination a été atteint, avec des taux assez élevés, lorsqu’ils ont décidé de mettre en place la 3e dose, les populations cibles ont été précisées, notamment les personnes âgées, étant déjà immunodéprimés de par leur âge et qui ont généralement des soucis de santé, ou même les personnes jeunes ayant des maladies qui diminuent leur capacité immunitaire. La 3e dose est indiquée pour renforcer leur immunité et les protéger», a-t-il expliqué, affirmant que «dans les pays avec un taux élevé de vaccination, la décision d’une 3e dose a été faite de manière orientée et ciblée, contrairement à chez nous où c’est généralisé».
Pour le président du SNPSP, même le personnel du secteur de la santé peut être concerné par une 3e dose, étant donné sa forte exposition au virus. «Cette dose de rappel a été mise en place sans précisions et je pense qu’il y a matière à discuter, la concertation a toujours été dans un espace très circonscrit et pas seulement par rapport à la vaccination», a-t-il dit.
La direction de la prévention au ministère de la Santé a fait part de l’approbation de la 3e dose par le Comité scientifique et validée par le Comité des experts en chargés de la vaccination sur la base de données scientifiques mondiales. «Des études récentes montrent une réduction de l’efficacité des vaccins dans le temps à partir du 6e mois après la vaccination complète, en particulier contre le variant Delta», selon la note de la direction de la prévention, qui ajoute qu’après le 6e mois, les études ont également démontré «une baisse de l’efficacité pour toutes les populations, les personnes âgées et les populations à risque de formes graves étant les plus affectées», tout en soulignant que «la 3e dose n’est pas obligatoire mais facultative». En outre, «selon l’Agence européenne du médicament, l’administration d’une dose de rappel d’un vaccin autre que celui des deux premières injections «suscite une réponse immunitaire plus forte qu’un rappel avec le même vaccin», est-il indiqué. En résumé, la 3e dose est recommandée «quelle que soit la nature du vaccin pour toutes les personnes complètement vaccinées depuis au moins 6 mois» car elle «augmente fortement la capacité neutralisante du sérum, y compris contre les variants les plus récents», selon la note signée par le directeur de la prévention, Dr Djamel Fourar. Il est indiqué, dans cette même note datée du 27 octobre, que l’Algérie a vacciné plus de 11 millions de personnes éligibles à la vaccination à partir de l’âge de 18 ans, avec près de 5 millions de personnes complètement vaccinées (2 doses) et 6 millions de personnes ayant reçu une seule. «La situation épidémiologique actuelle en Algérie, même si elle a permis un retour à la vie normale, doit nous inciter à rester vigilants en renforçant notamment la campagne de vaccination pour prévenir les cas graves et les décès en cas d’apparition d’une éventuelle 4e vague», est-il écrit.
Situation épidémique : Appréhension d’un bis repetita
En tout état de cause, l’Algérie est «encore loin de l’objectif de l’immunité collective de 70% à atteindre d’ici la fin de l’année», a commenté le Dr Lyès Merabet, selon lequel il est important de revenir au respect des gestes barrières protocoles sanitaires et d’observer la plus grande vigilance.
L’argument qu’il présente, comme tous ses autres confrères, est la situation dramatique qu’a vécue l’Algérie durant l’été dernier. Une période durant laquelle il y a eu record des contaminations qui ont avoisiné de très près les 2.000 cas confirmés par jour, avec les difficultés d’approvisionnement en oxygène, de trouver une place en hospitalisation ou encore en réanimation. Cela n’a pas été sans conséquence sur le nombre de décès durant cette période, et ce, alors que le pays avait connu une situation d’accalmie qui avait duré plusieurs mois. «Nous ne devons pas oublier ce que nous avons vécu il y a deux mois. Il est primordial d’adopter à nouveau le bon comportement en respectant les mesures de protection basiques et en augmentant le rythme de la vaccination qui nous épargne les complications d’une nouvelle vague qui risque de nous atteindre rapidement», a-t-il écrit sur sa page facebook.
Il a également mis en exergue que l’ouverture des frontière aériennes et maritimes devrait inciter à plus de vigilance afin d’éviter une recrudescence des contaminations, surtout que certains pays de l’Europe de l’Est vivent une reprise inquiétante du Covid-19 accentuée par le faible taux de vaccination. «On risque rapidement de connaître la situation que vivent ces pays», a-t-il averti, alertant encore que «cela risque, peut-être, d’être plus compliqué chez nous, malheureusement, car on ne respecte pas les mesures barrières. Nous constatons un relâchement total. C’est inexplicable et surtout irresponsable. Les autorités quant à elles donnent l’impression d’avoir baissé les bras et d’être dépassées par tels évènements», a-t-il regretté. Pour lui, «ce comportement négatif, nous risquons de le payer très cher», surtout qu’il y a constat d’une «légère hausse des cas suspects ou confirmés atteints par le Covid ces derniers jours». A ce sujet, le bilan de vendredi a fait état d’un nombre de contaminations qui a dépassé la centaine et d’un nombre de décès largement supérieur à celui des jours précédents, avec 110 cas confirmés et 6 décès en 24 heures. D’autres spécialistes ont émis les mêmes mises en garde. Epidémiologistes, immunologistes et autres s’accordent à mettre en avant l’impératif d’élaborer «une nouvelle stratégie de communication afin d’inciter les citoyens à se faire vacciner contre la Covid-19» et d’éviter de vivre une situation dramatique qui pourrait accompagner l’éventuelle quatrième vague que tous appréhendent. Dans ce sens, le Pr Kamel Djenouhat, président de la Société algérienne d’immunologie, a été catégorique. Pour lui, «l’hésitation constatée chez de nombreux citoyens face à la vaccination est un comportement irresponsable qui exposerait la société à d’autres vagues encore plus dangereuses».