L’Assemblée populaire nationale (APN) n’a finalement pas survécu aux critiques ni à un bilan duquel s’est manifestée l’idée très admise au sein de l’opinion que l’arc parlementaire, dans notre pays, est tendu pour faire de la figuration et qu’il ne dispose d’aucune politique réelle, même pas celle de prévenir la révolte populaire et le Hirak dont on fêtera le deuxième anniversaire ce lundi 22 février.
Ainsi, la décision du président de la République de dissoudre cette Assemblée clôt une séquence parlementaire inédite, commencée en 2017, sur fond d’allégations de fraude et durant laquelle on aura assisté à la chute du président Bouteflika et l’éclatement en miettes d’une majorité qui a vu ses ténors défiler devant les juges et devenir des pensionnaires «première classe» du pénitentiaire, pour des affaires d’abus de pouvoir et de malversations. Certaines, d’ailleurs, n’ont pas encore connu d’épilogue.
Accusée d’être issue de la tricherie électorale, l’Assemblée populaire nationale a aggravé son image par l’affairisme déclaré ou supposé de certains députés, de ce qui était appelé jadis «l’alliance présidentielle», et par des batailles d’arrière-garde pour le perchoir avant que tout ne finisse en décorum hallucinant lors de la pré-campagne interrompue pour le néanmoins projet avorté du 5e mandat du chef de l’Etat déchu. On ne passe pas sans rappeler les «happening» par portrait interposé de M. Bouteflika et de «cadres» à son effigie auxquels on promettait fidélité et loyauté, sous la coupe de l’ancien président du parti FLN Mouad Bouchareb, on n’oublie pas non plus l’absentéisme des députés. Ces désertions collectives se produisaient même lors de l’examen des textes législatifs fondamentaux à l’instar des lois de finances ou de plénières aux ordres du jour importants. S’inscrivant en nombre pour intervenir lors des textes de loi d’importance ou même lors des programmes des gouvernements successifs, les députés présents ont rarement critiqué l’Exécutif ni même présenté des examens sérieux des dossiers entre leurs mains, offrant un contraste saisissant par rapport à l’avis de l’opinion et du vécu de la majorité des Algériens.
Attachés aux avantages et privilèges que leur confèrent certains postes (vice-président, président de commission et président de groupes parlementaires), ils se battaient comme des chiffonniers au vu et au su de tout le monde lors des renouvellements des structures de l’APN.
Si la majorité d’entre eux avait déserté leurs wilayas respectives en omettant de créer des permanences parlementaires, d’autres sont même restés inactifs tout au long de leur mandat sans aucune intervention en plénière ni même de questions orales à l’exécutif. Entre l’absentéisme, le soutien inconditionnel à l’exécutif et l’incapacité de constituer des commissions d’enquêtes sur les évènements d’importance, l’APN a pourtant tenté de faire sa mue. Notamment lors de la tentative de révision de son règlement intérieur en 2018. En effet, l’amendement de ce texte au temps de la présidence de Saïd Bouhadja (mort en novembre 2020 à l’âge de 82 ans) devait constituer un maillon important devant aboutir au renforcement de l’action et du rôle de l’opposition parlementaire. Mais cette révision a été finalement reportée et enterrée comme beaucoup de projets. Une image surtout, celle d’une Institution dont la rénovation et la réhabilitation s’avèrent ardues.