La sortie hasardeuse et provocatrice du Président français à l’égard de l’Algérie continue de provoquer la même colère et la même indignation parmi les Algériens. Plus d’un mois après les déclarations hostiles qu’il s’est autorisées contre, entre autres, l’histoire de notre pays, Emmanuel Macron est toujours la cible d’une vague de critiques et de dénonciations que les Algériens multiplient sur fond de crise que les relations entre les deux pays n’avaient plus connue depuis au moins une quinzaine d’années.

Par Feriel Nourine
Pour sa part, le président de la République Abdelmadjid Tebboune est revenu à la charge pour mettre en évidence le mal causé par les propos tenus par le chef de l’Etat français, le 30 septembre dernier. Après avoir riposté une première fois à Macron en exigeant «le respect total de l’Etat algérien» par la France officielle, pour une éventuelle normalisation entre les deux pays, et affirmé que «l’Histoire ne peut être falsifiée» et que «les relations avec la France relèvent de la responsabilité du peuple et de l’Histoire», tout en appelant la France à «oublier que l’Algérie était une colonie», le chef de l’Etat s’est de nouveau exprimé sur ce dossier dans une interview accordée à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel.
A l’occasion, Abdelmadjid Tebboune n’est pas allé par quatre chemins diplomatiques pour dénoncer le dérapage dangereux du locataire de l’Elysée. «Je n’ai pas de regrets. Macron a rouvert un vieux conflit de manière totalement inutile», a-t-il déclaré, non sans prévenir qu’il ne fera pas «le premier pas» pour tenter d’apaiser les tensions. Lesquelles ont été actionnées, de surcroît, quelques petits jours avant la commémoration des massacres du 17 octobre 1961, perpétrés contre des Algériens à Paris, et quatre semaines avant la célébration du 67e anniversaire du déclenchement de la Révolution algérienne contre l’occupant français.
Deux dates repères dans la lutte de libération nationale, valeur de sacrifice mais aussi de fierté pour les Algériens. Autrement dit, la période choisie par Macron pour remettre en cause l’existence d’une nation algérienne et estimer que cette nation ne s’est constituée qu’à partir de la conquête française, c’est faire preuve d’une offense caractérisée qui s’est vite transformée en insulte à l’histoire d’un pays que le provocateur semble ignorer, ou fait semblant d’ignorer, dans ses calculs pour un second mandat à la présidence française.
C’est pourquoi, le président de la République rejette aujourd’hui tout apaisement qui sera actionné par l’Algérie. En effet, je ne serai pas celui qui fera le premier pas», a-t-il prévenu. «Sinon je vais perdre tous les Algériens, il ne s’agit pas de moi, mais d’un problème national», a-t-il expliqué en guise de ce qui pourrait être interprété comme une réponse à la tentative de Macron de tempérer ses propos, trois jours après les avoir tenus. Le Président a exprimé la carte de l’apaisement en louant ses «bonnes relations» avec Abdelmadjid Tebboune. «Mon souhait, c’est qu’il y ait un apaisement parce que je pense que c’est mieux de se parler, d’avancer», avait déclaré Macron dans un entretien à France Inter, appelant à «reconnaître toutes ces mémoires» et leur «permettre de cohabiter». Il sera relayé dans le même objectif d’apaisement par son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. Interrogé à l’Assemblée nationale française, Le Drian a dit regretter le rappel de l’ambassadeur d’Algérie dans son pays. «Nous le regrettons, parce que cela ne correspond pas à l’importance que nous attachons aux relations entre nos deux nations. Ces relations sont anciennes, profondes… Elles sont marquées par des liens humains uniques… La France y est profondément attachée et souhaite les préserver et les développer», dans une tentative de corriger ce qu’a déclaré Macron.
Mais le coup est parti et a fortement heurté l’opinion algérienne. Du coup «aucun Algérien n’accepterait que je contacte ceux qui nous ont insultés», a insisté le premier responsable du pays, notant que son homologue français est allé chasser sur le terrain du haineux polémiste Eric Zemmour et le Front national.

«C’est peut-être terminé maintenant»
«C’est le même discours que le journaliste d’extrême droite Eric Zemmour utilise depuis longtemps : l’Algérie n’était pas une nation, c’est la France qui en a fait une nation», souligne-t-il. Sauf que «si Zemmour dit quelque chose comme ça, qu’importe, personne ne fait attention. Mais quand un chef d’Etat déclare que l’Algérie n’était pas une nation distincte, c’est très grave», fustige Tebboune pour appuyer davantage sa ferme détermination à ne pas faire le premier pas.Et d’ajouter : «On ne touche pas à l’histoire d’un peuple, et on n’insulte pas les Algériens», déplore-il, avant de lier les déclarations de Macron à des raisons électorales stratégiques». Interrogé par Der Spiegel sur une perspective de dénouement avec la France, il répond par la négative. «Non, si les Français veulent aller au Mali ou au Niger maintenant, ils devront juste faire neuf heures de vol au lieu de quatre», rétorque M. Tebboune, en référence à la décision d’Alger d’interdire l’espace aérien du pays à l’aviation militaire française. Il assurera toutefois qu’une «exception» serait faite pour «le sauvetage de personnes blessées». Mais pour tout le reste, nous ne sommes plus obligés de coopérer les uns avec les autres, c’est peut-être terminé maintenant», prévient-il, accusant une nouvelle fois Macron d’avoir «porté atteinte à la dignité des Algériens».
Le chef de l’Etat se dit prêt à venir en aide au Mali si le pays, en proie à l’extension de groupes terroristes, «demande de l’aide». «L’ONU peut se tourner vers nous ou même vers l’Union Africaine. Si les Maliens sont confrontés à une attaque demain, nous interviendrons à leur demande», assure-t-il. Mais nos soldats sont des Algériens qui ont des familles, je ne les enverrai pas mourir pour les intérêts des autres. Assez d’Algériens sont morts dans le passé», tempère M. Tebboune. Contrairement aux critiques et condamnations portées au président français, Tebboune mettra en évidence «le respect» dont fait preuve l’Allemagne dans ses relations avec l’Algérie sous l’ère de la chancelière Angela Merkel. «Les Allemands nous ont toujours traités avec respect, ils ne nous ont jamais traités avec arrogance, il n’y a jamais eu de désaccords en matière de politique étrangère», salue-t-il, disant «admirer» la «persévérance et la modestie d’Angela Merkel».