La hausse des cas de coronavirus ces derniers jours est due au relâchement de la population en matière de respect des gestes barrières et si reconfinement il devait y avoir, celui-ci sera ciblé et ne devrait concerner que les régions dans lesquelles il y aurait eu éclosion de nouveaux foyers de contamination. C’est en substance ce qu’a déclaré, hier, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Pr Abderrahmane Benbouzid.

«C’est le relâchement qui est à l’origine de la hausse cas et le relâchement est dans la nature humaine lorsqu’on croit que l’ennemi a baissé la garde. Tant que le virus est là, il peut se développer de temps à autre des foyers qui vont éclore», a-t-il dit, citant les cas des wilayas de «Sétif qui a été ravagée, Biskra, Batna et Alger», estimant que «dans la capitale c’est normal qu’on assiste à un nombre de cas élevé car c’est une grande ville où il y a beaucoup de promiscuité, d’échanges…». Cette situation de hausse qui pourrait faire en sorte que «des mesures appliquées précédemment soient réimposées» comme annoncé par le ministère de l’Intérieur avant-hier, soit un retour au confinement, le ministre de la Santé l’explique afin de lever tout amalgame.
Ainsi, à propos d’un éventuel reconfinement s’il y a poursuite de la hausse des cas, le Pr Benbouzid considère que «rien n’est écarté, mais il ne faut pas susciter de nouveau la panique. On ne va pas dire que nous allons reconfiner, mais si ça reprend, on reprend». En d’autres termes, des mesures seront prises si la courbe reprend une tendance haussière, sauf que les mesures ne seront pas généralisées. «Nous ne sommes pas encore dans une situation de dangerosité, mais il est clair – et ça c’est le bon sens – que si un foyer éclot quelque part et s’il y a un risque de diffusion des cas, la région sera confinée», a-t-il expliqué sur les ondes de la Radio nationale, mettant ainsi en évidence que les mesures cibleront les régions où il y aura une augmentation des cas de Covid-19. Il soulignera, toutefois, que ce qui est privilégié avant de passer au reconfinement, c’est d’«avertir les citoyens en leur disant attention si le relâchement continue, car on adoptera les mesures qu’il faut dans ce cas».
«Pour le moment rien n’est encore entrepris, car nous sommes toujours dans une phase plateau. Avec plus de 200 cas par jour, un peu plus ou un peu moins, nous sommes toujours dans une situation tout à fait admissible pour les épidémiologistes. Nous ne sommes pas à des milliers de cas par jour. Nous ne sommes pas à des foyers très denses et très graves», a estimé le Pr Benbouzid, tout en avertissant : «Il est clair que si la situation entraine une effervescence des cas ou une reprise, les mesures sont là».

«Ni rebond ni deuxième vague»
Le Pr Benbouzid se montre ainsi rassurant tout en n’écartant pas que des mesures adéquates seraient prises si la situation l’exige. Il tempérera en affirmant que pour le moment, la situation n’a pas atteint un stade de «dangerosité» et que cette hausse de cas «ne veut pas dire qu’il y a un rebond ou une deuxième vague. La courbe est en dents de scie et si on reste dans une situation de 200 cas, je pense que c’est une situation admissible parce qu’il s’agit d’une pandémie (…)». Il insistera en soutenant qu’il est «trop tôt» pour dire qu’il s’agit d’une deuxième vague. «Vendredi on a eu 221 cas et c’est redescendu lendemain à 205 cas. C’est en dents de scie. Mais si la hausse se poursuit encore et durablement, là on pourra parler d’une deuxième vague. Maintenant, la courbe monte un peu, redescend… c’est cela une courbe épidémiologique», a-t-il indiqué, ajoutant que cela n’empêche pas d’attirer encore davantage l’attention des citoyens sur la nécessité de respecter les mesures barrières. «Il faut absolument maintenir les mesures barrières. Il y a un péril avec des dizaines de milliers de morts dans certains pays, chez nous on est à près de 2000 morts ! C’est un virus qui tue, dont on ne sait rien encore à ce jour… donc prudence !», a réitéré le Pr Benbouzid.

L’impérieuse nécessité du respect des gestes barrières
Le respect de ces mesures devient une nécessité plus qu’impérieuse si on considère que l’augmentation des cas intervient à quelques jours à peine de la rentrée scolaire qui aura lieu à partir de mercredi et qui se poursuivra progressivement pour près de 10 millions d’élèves. Cela sans compter que d’autres regroupements auront lieu également après la reprise universitaire, après l’ouverture des mosquées de plus de 1000 places pour la prière du vendredi…
Interpellé justement sur les conséquences de la reprise prochaine des bancs de l’école par des millions d’élèves, il a estimé qu’«il faut bien reprendre et cohabiter avec ce virus, tout en maintenant la garde», notant que la longue période de confinement a «affecté psychologiquement les enfants qui ont même perdu les réflexes d’écoliers» et insistant en même temps sur «le respect du protocole sanitaire dans les établissements scolaires». Pour les mosquées, «un planning a été engagé avec tous les secteurs concernés comme l’Intérieur et les Affaires religieuses, qui vont contribuer, pour le respect des mesures sanitaires» de même que «nous allons engager très sévèrement des mesures de mises en garde surtout pour encadrer la prière du vendredi», a indiqué le ministre, avant de reconnaitre : «Nous étions désarmés au début de l’épidémie, mais nous avons acquis une certaine expérience par la suite en développant des réflexes». Dans ce sens, il a rassuré quant à la disponibilité des stocks de traitements et de tests, tout en précisant qu’«aucun pays au monde ne procède au dépistage de la totalité de sa population». «En Algérie, nous dépistons suffisamment et, contrairement au début de la pandémie, ne viennent généralement aux hôpitaux que les malades présentant une symptomatologie et n’y sont hospitalisés que ceux présentant des risques d’aggravation», a-t-il précisé.

Réouverture de l’espace aérien écartée pour le moment
A la question de savoir qu’en est-il de la réouverture des frontières, notamment de l’espace aérien, le ministre de la Santé a répondu : «D’abord cela ne m’appartient pas. Nous donnons l’aspect santé». Il relèvera par la suite que «le secteur de la santé établit le protocole sanitaire», avant de noter qu’il est «évident que l’ouverture de l’espace aérien dépendra de l’évolution de l’épidémie en intra et extra-muros et c’est surtout en dehors». Il explique ensuite que les pays qui nous environnent ont des nombres très élevés de cas. «Comment imagineriez-vous (notre situation) si on ouvre demain alors que les pays qui sont appelés à nous envoyer des ressortissants ou des étrangers ont des difficultés chez eux et que certains d’entre eux referment leurs frontières ?», s’est-il demandé, avant de trancher : «C’est une décision qui sera discutée si la situation s’améliore chez nous et chez eux.» <